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07/05/2014

AUBE, la Saga de l'EUROPE : ma campagne européenne II

Je continue mes aventures au pays des éditeurs qui n'aiment pas l'Europe.

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22/01/2011

Poètes d'Europe - Hrafn Andrés Harðarson (Islande)

author_icon_22744hrafn.jpgHrafn Andrés Harðarson est né en 1948 en Islande.

Poète et bibliothécaire à Kopavogur, Islande, il est membre de l'Institut des Bibliothécaires et Professionnels de l'information (Royaume-Uni) Il a publié 6 livres de poésie en islandais, 1 en anglais, et 2 livres avec traduction de poésie Lettonne. Les Compositeurs Gunnar Reynir Sveinsson (Hlér et TonePicturePoems) et Rosalind Page (Ravensongs) ont fait des adaptations musicales pour sa poésie. Il est ambassadeur pour l'Islande de Poetas del Mundo

Skáld og bókavörður í Kópavogi. Hann er Fellow of the Chartered Institute of Library and Information Professionals, UK. Hefur gefið út 6 bækur með ljóðum sínum á Íslensku, eina á ensku og tvær bækur með þýðingum á lettneskum ljóðum. Tónskáldin Gunnar Reynir Sveinsson og Rosalind Page hafa samið sönglagaflokka við ljóð hans. Hann er ambassador á Íslandi fyrir Poetas del Mundo.

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27/02/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-137

– Tu le sais aussi bien que moi, tu m'y as accompagné depuis la première. Treize. Oui, déjà treize, et j'en ai ramené chaque fois abondance de butin et de cheptel. Grâce à elles, ma maison est remplie de richesses, mes enclos et mes pâturages de bétail. Tous les miens y ont accumulé beaux bovins, splendides chevaux, solides serviteurs. Le plus pauvre de notre clan passerait pour le plus riche de bien d’autres. Comment oublierais-je le nombre de campagnes qui m'ont tant apporté ?

– Alors, les dieux te favorisent, oui ou non ?

– Thonros m'a favorisé, mais je ne puis en dire autant des Jumeaux de la fécondité. Ils ne m'ont donné jusqu'à présent que des filles. Pourvu qu'en parlant de ce fils à venir, je ne les ai pas irrités !

– Ne t'inquiète pas, si c'est un garçon qui doit t'échoir, même eux n'y peuvent plus rien changer... Si ça doit te rassurer... As-tu bien accompli tous les sacrifices que je t'ai prescrits ?

– Bien sûr ! Cette année, après chaque assaut, je t'ai donné ma plus belle prise sur ma part de butin, pour que tu l'immoles en oblation aux jumeaux et à Bhagos afin qu'ils m'accordent, enfin, un garçon. J'en ai même négligé notre grand dieu Thonros, et délaissé ses autels.

– Tu as vu. Il ne t'en a pas tenu rigueur. La victoire a toujours et sans discontinuer accompagné tes pas. Tu m'as même dit que c'était ta plus belle campagne. Allons ! Thonros sait l’importance, pour un guerrier, d'avoir un fils. Il sait que tu l'élèveras pour en faire un grand ner ghwen, un tueur de seigneurs. Pourquoi se serait-il offusqué ?

– Tu en es bien certain ?

– Enfin, qui de nous deux est prêtre ? Bhagos est, avec Dyeus Pater, le plus puissant dieu. Comme lui, il régit tous les hommes, de quelque caste qu'ils soient, et même ceux qui ne sont pas de notre race. Il est le peseur et le distributeur. Avec lui à ton côté, ton triomphe est inéluctable. S'il s'éloigne de ton flanc et détourne de toi sa face, Thonros lui-même n'y pourra rien. Le sang se figera dans les vaisseaux de tes guerriers. Leurs coups les plus forts porteront moins que des soufflets d'enfant. Aie confiance ! Tu honores Bhagos et Thonros avec une grande et égale piété. La fortune des armes t'a souri. Le bonheur d'avoir un fils suivra.

J'y compte bien ! Oh oui, je compte bien avoir un fils !

22/02/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-132

C'était, pour chaque vers, le même travail d'affinage, en général à plusieurs. Ils s'appliquaient à polir chaque vers, ébarber chaque maxime. Parfois, certaines trouvailles faisaient tant rire leurs auteurs qu'ils n'arrivaient plus à les dire tant ils se pliaient en quatre. Leur rire était communicatif. Toute la troupe les imitait, jusqu'à ce que les poètes improvisés lui demandent de se taire afin de lancer leurs phrases sonores et définitives. Plus drôle encore, parfois, après la crise de rire qui l'avait secoué, un des fins diseurs avait oublié le mot qui l'avait tant amusé, et ses voisins avec lui. Quand cela survenait, le malheureux déclenchait une nouvelle explosion de rire, deux fois plus forte, à ses dépens. Qui se met dans un tel embarras mérite qu'on le moque.
La matinée entière passa ainsi. De temps à autre, un guerrier allait demander au prêtre le plus proche – censé de par sa fonction mieux s'y connaître que lui dans l'art de faire un texte, agencement et mise en ordre des idées et des mots comme l'art de faire une maison est celui d'ordonner les rondins et les lier de glaise – une précision sur l'orthodoxie de son rythme et de ses rimes. Ces poèmes étaient trop triviaux. Ils ne leur répondaient pas, ou par monosyllabes indistincts. À leur grande satisfaction, ils cessèrent vite d'insister.
Le soleil était au plus haut. On s'arrêta pour laisser souffler chevaux, captifs, bétail et se restaurer. C’était des devoirs indispensables, quoique profanes. En restait un autre, sacré, à accomplir. Il fallait enterrer, avec tous les honneurs, le guerrier gisant sous les peaux. La halte, avec son petit talus, deviendrait son tertre funéraire. Les captifs creusèrent une grotte à flanc de coteau. On l’y installerait, debout et face au levant ou au midi dont venaient les ennemis. Avec une telle sentinelle, dont ils éprouveraient la présence mystique, nul ennemi n'oserait s'avancer plus avant, s'il avait su éviter les autres tombes de héros situées plus loin en direction des steppes où ils aimaient à combattre.

10/02/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-120

Le prêtre les avertit. Si le clan ne respectait pas cette volonté, ou s'il tentait quelque chose contre moi (on peut s'attendre à tout des pleutres), de grands malheurs s'abattraient sur lui. Les patrouilleurs surenchérirent. Témoins des désirs du héros mort, ils reviendraient en vérifier la bonne et scrupuleuse exécution...
... Plus que les objurgations du prêtre, cette dernière perspective les a décidés. Sous la menace d'un retour de ceux qui m'avaient sauvé, ils ont toujours observé avec scrupule le rituel d'expiation... Plus encore en ces jours. Ils vous ont pris pour la patrouille qui revenait, avec une foule en armes, les châtier au cas où ils auraient rompu leurs engagements... Ils les ont respectés, rien de plus. Jamais ils n’ont immolé une victime aux mânes de mes frères. Je suis le seul à les pleurer. Je souffre de ne pas les voir honorés comme ils le méritent. Je n'y puis rien faire... Vous non plus ! Un pacte d'hospitalité vous lie désormais à ce clan ! À présent, aidez-moi à accomplir l'ultime exigence de mon chef mourant. Allez à ma cabane, prenez les deux grands sacs de cuir au pied de ma couche. Celui qui est entré chez moi voit ce dont je parle.
– Je n'ai pas bien eu le temps de regarder, mais je me débrouillerai.
– Parfait ! Fais-toi accompagner d'un ou deux amis et ramenez-les. Il y a dedans tout mon butin, en bijoux et objets précieux. La dernière volonté du fils guerrier était que j'en fasse don aux premiers héros que je rencontrerais... Ne refuse pas ! Tu commettrais un grand sacrilège !
Kleworegs, d’un signe de la tête, accepta le legs. Celui qui connaissait la hutte partit le chercher. Peu après, ils revinrent, mission accomplie, chacun un lourd sac sur l'épaule. Les chiens, bien gavés toute la journée, ne les avaient même pas aboyés.
Ils les déposèrent près de lui. Il en ouvrit un, y plongea la main, l'en ressortit, des colliers et des parures accrochés à ses doigts. Il les tourna, les retourna, à la maigre lueur des torches.
– Prenez ces joyaux, guerriers dignes par le courage de mes frères morts dans un combat gagné à un contre vingt, et fuyez, je veux dire quittez, ce village de lâches. Une fois chez vous, sacrifiez à leurs mânes d'un beau taureau. Cela compensera un peu leur absence de tombeau et l'indifférence dont ils ont été victimes deux lustres durant.
Il remit les bijoux dans le sac. Il regarda Kleworegs, droit dans les yeux.
– J'ai fait ce pour quoi les dieux m'ont laissé vivre tout ce temps. Jurez-moi que je ne serai pas enterré ici, parmi les lièvres et les couards.
... Il s'éteignit d'un coup, flamme soufflée par le vent, lampe à bout de graisse. Kleworegs avait amorcé un geste d'approbation.
– Il est mort heureux !  

FIN DU CHAPITRE VII