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20/05/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, II-26

Le serviteur fielleux se dirigea vers la hutte où il dormait, avec quelques bestiaux et la volaille. C'était pour le putois, même si on l'avait gavé à le transformer en boule, un but de visite d'un rare intérêt. Il ne manqua pas de s'y rendre au plus haut d'une Brillante ronde à souhait. L'astre joufflu fut son avant-dernière vision. La dernière était l’ombre du fléau qui lui cassa les reins.
Quand les visiteurs se réveillèrent au matin, le magicien s'étonna de ne pas voir son favori. Il l’appela, mais il ne vint pas le rejoindre. Peu après, un paysan, portant son cadavre, arriva. Le visage du magicien se ferma. Il lui demanda où il avait trouvé la dépouille de son ami.
Le paysan l'amena auprès d'un tas de fumier, et lui montra des traces de pas. Sa religion fut vite faite. Le coupable était celui dont on s'était tant gaussé la veille. Quelle punition lui infliger ? Le putois n'était pas son totem, juste son familier. Et s'il est mal considéré de tuer un petit animal, un serviteur doit défendre la basse-cour. Il s'en tirerait avec une simple bastonnade, à peine appuyée... Une perspective insupportable.
Une chèvre arriva, gambadant, guillerette. Que venait-elle les déranger ? Son arrivée détendit l'atmosphère. Elle vint se frotter au serviteur :
– Simplet, Simplet, pourquoi n'es-tu pas venu cette nuit, comme d'habitude, faire l'amour avec moi?
Le messager tiqua. C’était mot de prêtre. Une chèvre eût dit *****, bourrer. Qui d’autre s’en soucia, ébloui du prodige ? Les joues du maître se gonflèrent d'un coup. Ses bras se raidirent. Le voyou ! Lui, ça, avec sa chèvre ! Quelle puante infamie ! Il courut prendre un fagot d'épines bien dures. Il commença à l'en bastonner.
– Mauvais chien ! Une bête si bonne jusqu'alors. Elle a avorté deux fois cette année ! Je comprends ! Elle n'a pas voulu mettre bas un monstre.
Les autres s'empressèrent d'aller chercher qui des bâtons, qui d'autres fagots. Il fallut que son maître, conscient qu'un serviteur coûte cher, arrêtât de le frapper et criât à ses voisins d'en faire autant, pour que son supplice cessât.
Les deux visiteurs regardaient la scène, sérieux comme à un enterrement. Le prêtre fou avait montré son pouvoir. Le messager avait repris espoir. La chèvre parla à nouveau :
– De telles abominations n'ont pu avoir lieu que parce qu'un imposteur prétend mener le Printemps Sacré. La nature, d'horreur, se révolte. Comme aux temps de chaos, les animaux parlent, les espèces se mélangent. Seuls le Premier prêtre ou le grand Oracle sauront vous dire qui en est digne. N'écoutez personne d'autre et chassez qui dirait le contraire !

 

19/05/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, II-25

Il regarda de côté celui sur les épaules de qui tout reposait... Serait-il à la hauteur ? Ah, obtenir une preuve décisive, et qui le rassure, avant d'arriver à Kerdarya !
Ils finirent leur repas. Le magicien buvait plus que de raison, mais se tenait bien et faisait bonne figure. Leur échanson était un gnome au regard ironique qui, chaque fois qu’il croyait ne pas être vu, s'emparait d'une lèche de viande ou buvait une furtive gorgée de bière au cruchon qu'il apportait. Le messager le surprit et s'en plaignit à son maître. L'hôte haussa les épaules.
– Ah, oui, c'est bien son genre. Je le ferai bastonner pour ça, si vous voulez.
– Fous-lui un bon coup de pied dans les fesses, ça sera bien suffisant.
– Ah non !
– Pourquoi ? C'est très bien pour un serviteur qui chaparde. Ni trop indulgent, ni trop cruel.
– Regarde-le un peu ! Il est bête à faire sous lui, et il le fait. Eh toi, simplet, tourne-toi !
Le serviteur leur montra son séant. Sa tunique y était d'un marron sale, maculée comme la croupe des bovins qui s'assoient dans leurs bouses. Le maître raconta combien il était stupide et malpropre, ne comprenant rien aux ordres et faisant devant tout un chacun comme même les chiens ont désappris de le faire. Il écoutait d'un air niais. Sa stupidité jouée lui évitait bien des corvées ; sa malpropreté lui permettait bien des vengeances, mesquines, mais toujours agréables. Ils éclatèrent de rire comme devant un bossu ou un bancroche. Ils échangèrent des paillardises et se moquèrent du pauvre hère, coi. Son statut lui interdisait de répondre. Très vite, il fut l'objet de la risée publique. On l'invita à boire jusqu'à plus soif. Un serviteur ivre conforte le sentiment de supériorité des hommes libres. Rage au cœur, plein de mépris pour ses tourmenteurs, il s'exécuta. Sous ces dehors de soumission et même de participation à son avilissement, il voulut néanmoins préserver sa dignité bafouée. À défaut de son maître, il se vengerait des hôtes, cause de son humiliation.
L'heure du sommeil arrivait. Les brimades cessèrent. Pendant que les voyageurs se dirigeaient vers la maison des hôtes, le putois du plus âgé de ceux qu'il estimait cause de son tourment vint lui flairer les jambes. Il n'avait rien contre l'animal, même si son maître le respectait plus que lui, mais il paierait la honte subie. Qu'il ait un instant l'occasion de pouvoir, sans risque, s'en prendre à lui !

18/05/2009

AUBE, la saga de l'Europe II-024

Le prêtre fou (il persistait à l'appeler ainsi) désigna le putois qui avait parlé. Bien que le messager trouvât l'animal, à qui il manquait une oreille et la moitié des poils sur le flanc droit, répugnant à l'extrême, il fut tout prêt à lui passer ce caprice. Il fallait à tout prix que celui qui faisait parler les bêtes soit au plus tôt devant le premier prêtre. Beaucoup avaient déjà ouï dire que les dieux avaient désigné le meneur du prochain Printemps Sacré. Lui-même y avait cru dur comme roc avant d'avoir été mis au courant de la supercherie. Pourvu qu'ils arrivent à temps pour triompher de la fraude. Le moment était proche où trop de gens seraient convaincus par le sacrilège pour qu’on puisse l'arrêter.
Le prêtre fou était de cet avis. Son opinion se mêlait d'un relent de fureur. S'en voulait-il de ne pas avoir songé à utiliser son don pour parvenir au plus haut de la hiérarchie, ou était-il effaré à l'idée qu'un de ses pairs l'ait utilisé pour trahir les siens ? À peine lavé, couvert d'une vieille tunique et monté sur son cheval, le putois galeux dans une besace, il le pressa pour qu'ils se mettent en route sans délai.
Jour après jour, à mesure qu'ils remontaient vers Kerdarya aux beaux sanctuaires, ils éprouvaient le succès de l'imposture. Ce n'étaient que des : « Il paraît », « À ce qu'on dit », mais ils demandaient trop à devenir des certitudes. Ils assuraient qu'il n'y avait rien de vrai dans tous ces racontars. Ils ne convainquaient qu'à moitié. La contrer devenait une urgence absolue.
L'angoisse s'empara dès lors du messager. Son compagnon serait-il de taille ? Il ne l'avait vu à l'œuvre qu'une fois, quand il avait fait parler son putois. Le prodige l'avait impressionné. Le temps passant, il commençait à douter d'en avoir été témoin. Dans trois jours se profilerait la polis de Kerdarya, et il n'avait plus eu l'occasion de faire montre de ses pouvoirs... S'il les avait perdus... Si même il ne les avait jamais possédés ?
Cette nuit encore, ils s'arrêtèrent dans un village bruissant de la rumeur de la fausse prophétie. Son premier prêtre semblait encore sceptique, mais le reste du wiks bouillonnait d'enthousiasme à l'idée que l'on avait trouvé le meneur du prochain Printemps Sacré. Le messager avait beau certifier que personne à Kerdarya n'était certain de rien, chacun s'imaginait que c'était plus une de ces précautions des première caste que la marque d'une réelle ignorance. L'imposture était enracinée dans les cœurs et les esprits. L'en arracher serait rude !

17/05/2009

AUBE, la saga de l'Europe II-023

Il avait demandé l'impossible. Il l'obtint. Au bout de onze jours, à force de recoupements et de déductions acrobatiques, et avec l'aide de Bhagos qui sentait que la prééminence des guerriers annonçait la désertion de ses autels au profit de ceux de Thonros, on trouva un jeune prêtre qui raconta à un messager que non loin de son village vivait un fou se promenant tout nu en compagnie d'une couleuvre et de putois, ivre du matin au soir, et s'amusant pour effrayer les enfants et les villageois à faire surgir des voix terrifiantes du tronc des arbres creux. L'homme était un première caste, comme l'avaient prouvé les incantations et malédictions, connues d'eux seuls, qu'il avait lancé à ceux qui voulaient, devant ses scandales, lui faire un mauvais parti. Le doute n'était guère permis. Il avait trouvé le chasseur de maléfices. Restait à le ramener. À côté de ce défi, le découvrir risquait de n'avoir été qu'un jeu d'enfants.
Il hésitait entre retourner à bride abattue vers Kerdarya, et persuader le prêtre fou de venir avec lui. Il opta pour la seconde solution. Personne ne lui volerait sa gloire. Il se dirigea vers la clairière où les paysans, moitié crainte sacrée, moitié respect de sa fonction, déposaient tous les jours nourriture et boisson pour le dément, et l'attendit. Au bout de trois ou quatre pas du soleil, la plus punaise créature dont il ait jamais senti les effluves arriva. À côté, ses putois semblaient baignés d'eau de rose. Il le salua bien bas, et se retint de sursauter quand le familier de l'ermite répondit à sa place.
– Qu'est ce que tu veux, toi ? Pourquoi viens-tu déranger mon maître ?
Prévenu des dons du prêtre, il ne se démonta pas. Il regarda son véritable interlocuteur. Il fut respectueux, mais sec :
– Ça va, prêtre, je sais ton don. Je suis là, envoyé par le regs bhlaghmen lui-même, qui te salue, pour te prier de venir à Kerdarya afin de le sauver d'un grand péril.
Le prêtre fou avait commencé à boire. Il s'interrompit, reposa son outre. Il n'avait plus l'air fou, ni égaré.
– Parle !
Il expliqua le drame qui avait pris naissance au levant. Le fou – non, il ne méritait pas ce nom – écoutait, interrogeait. Il devint grave, soudain.
– J'ai mésusé de mon pouvoir, mais jamais de façon sacrilège, ni pour lutter contre la volonté des dieux. Je suis ton homme... Trouve-moi un cheval, des vêtements, à boire le long du trajet... et laisse venir avec moi un de mes compagnons, celui que j'aime le plus.

16/05/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, II-022

... Le maudit me regardait, goguenard. Il avait la réputation d'aimer les hommes. Je ne pouvais m'empêcher de me sentir souillé par son regard. Je lui montrerais mon mépris, et lui prouverais que je comptais pour rien ses menaces. Je pris le couteau sacré :
« Je vais faire devant toi un sacrifice qui sera à ce point agréable aux dieux que, fussent-ils privés ensuite, pendant une génération, de tout don, ils nous favoriseraient encore. »
... Son regard s'assombrit. Que j'aie trouvé aussi vite une parade à un plan qu'il avait sans doute mis des lunes à établir, et qu'il croyait sans faille, était pour lui un choc. Sa goguenardise se fit curiosité inquiète. Avait-il cru pouvoir sans risque s'attaquer au sacré ? Il en revenait. Je me dirigeai vers l'autel où je sacrifiais à la triade divine que nous invoquons quand il faut prier pour tous ceux d'Aryana. J'y jetai de quoi alimenter la flamme. Elle devint plus haute et plus incandescente. Il me regardait, bouche bée. Il n'y avait autour de nous rien qui puisse être sacrifié... Je fis l'oblation. Il devint livide. Il claquait des dents. Il s'enfuit. Depuis, malgré sa haine envers moi, qui n'a pas désarmé, j'ai toujours eu en abondance à immoler et à dédier aux dieux... Il n'empêche... Il me les paiera, ces deux doigts !

... Il s'était souvent étonné du respect que même les prêtres les plus sages lui témoignaient. Il ne lui sembla plus étrange. Il ne s'étonna plus de sa haine vigilante à l'encontre du roi des rois, et approuva sa volonté de vengeance. Faire couler le sang d'un première caste est un sacrilège et se doit payer. L'heure en était proche. Il saisit aussi pourquoi il l'avait désigné pour succéder à son maître. Il avait reconnu en lui l'instrument des dieux, celui du sursaut de leur caste, celui de sa revanche. Conscient qu'elle ne pouvait plus être différée, il demanda à se retirer. Il était prêt à partir à la recherche de celui qui faisait parler choses et bêtes.
– Non, reste ici pour entendre les rapports sur ce qui se passe dans les terres de l'imposture. Tu me seras plus utile ainsi... Et dis-moi, dans tes voyages, as-tu entendu parler d'un ermite qui fait parler ceux à qui les dieux ont refusé la parole ?
– Non, mais interroge les autres oracles. Tu devrais avoir ta réponse.
– Occupe-t-en. Je vais, moi, appeler nos messagers les plus sûrs. Les dieux nous assisteront, puisque nous nous battons pour eux. Rien n'est impossible avec leur aide. Nous trouverons notre homme !