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06/03/2013

Abdijamil Nourpeissov, voix inspirée du Kazakhstan

 

Il y eut un jour et il y eut une nuit, un grand roman tragique sur fond d’ambitions politiques et de catastrophe écologique.

Le dernier ouvrage d’Abdijamil Nourpeissov,  le plus grand écrivain kazakh vivant, proposé pour le Prix Nobel de littérature, vient de sortir en traduction française à l’Âge d’Homme. Cet imposant roman de plus de 500 pages est - au-delà de la poignante et oh combien véridique histoire d’un couple né sur un malentendu et qui souffre, tout au long, de ce péché originel - la véritable révélation des méfaits du régime soviétique et de sa recherche de la productivité à tout prix, tare partagée, d’ailleurs, avec de nombreux autres. Nourpeissov nous montre comment, au nom de cet impératif, des peuples et des terres sont sacrifiés et la nature modifiée, tout ça pour un résultat bien pire qu’auparavant.

Il nous découvre les ressorts d’un système où, pour réussir, un pseudo-savant, qui pourrait faire penser à un Lyssenko, sur des bases prétendues scientifiques, et surtout qui plaisent au Kremlin brejnévien, n’hésite pas à sacrifier sa terre natale. Mais que lui importe si ses copains d’enfance tombent dans la misère, s’il doit sacrifier la femme qui l’aime et qui se rabat, rejetée par lui, sur son meilleur ami. Il obtient tout ce qu’il veut… jusqu’à sa chute.

Il parviendra, malgré tout, à récupérer la femme jadis répudiée, en l’arrachant à son époux. Et il faudra une tragédie où cette femme verra qui est le lâche, qui est l’homme vrai, pour qu’elle se rende compte que, au fond, le destin lui avait choisi le mari qu’il fallait.

Le Kazakhstan, devenu indépendant, se remet maintenant de toutes les blessures infligées à sa terre et à ses hommes au cours du XXe siècle. Nourpeissov nous rend en virtuose du verbe cette époque, comme il l’avait fait dans sa première immense fresque La Sueur et le Sang. Ces deux ouvrages, à qui la traduction a su garder tout leur souffle épique, constituent des chefs-d’œuvre dans la droite ligne de la grande littérature russe.

 

Il y eut un jour et il y eut une nuit – Roman d’Abdijamil Nourpeissov. Editions l’Âge d’Homme. Traduit du russe par Athanase Vantchev de Thracy. 529 pages, 25 €

01/02/2013

Il y eut le jour, et il y eut la nuit : un roman kazakh qui décoiffe

Il y eut le jour, et il y eut la nuit, ainsi s'intitule le dernier roman du plus grand écrivain kazakh vivant, Abdijamil Nourpeissov. A paraître prochainement chez l'Age d'homme, cet ouvrage nous fait découvrir tout un monde que, avouons-le, peu d'Européens connaissent. Un monde aux traditions millenaires qui a été confonté au pouvoir soviétique et à de terribles problèmes écologiques, mais qui s'est battu pour retrouver son indépendance et la droit à une nature fière et libre
Nourpeissov a déjà un long parcours littéraire derrière lui. Dans les années 70, il a été l'auteur d'une grande fresque sur la Kazakhstan à la fin du tsarisme et aux premiers temps du bolchévisme qui a été un best-seller en Union soviétique, salué par Aragon. Traduit dans de nombreuses langues, cet ouvrage avait contribué à la réputation internationale de Nourpeissov et, en le faisant connaître, à faire connaître son pays.
Il y eut le jour, et il y eut la nuit nous montre à nouveau la vie au Kazakhstan de la fin du régime stalinien jusqu'au début de la pérestroïka. On y découvre comment, appuyé sur des utopies de terres inépuisables, on a asséché la mer d'Aral et créé un terrible déséquilibre environnemental dont toute l'Asie centrale a souffert. Face à cette catastrophe, dont un ambitieux forcené, pourtant né dans cette région qui paye un lourd tribut à ce "progrès", Azim, est le protagoniste exemplaire, rares sont ceux qui osent élever la voix comme Jadiguer, humble directeur d'un kolkhoze de pécheur qui vit, de plus en plus mal, de la mer d'Aral qui se tarit.
C'est véritablement un combat entre pot de fer et pot de terre. De plus, on pourrait se demander si ses motivations sont vraiment pures, malgré l'honnêteté foncière du personnage. Entre eux, il y a aussi une rivalité amoureuse autour de la même femme, sacrifiée à son ambition par Azim et qui a épousé Jadiguer, mais qui aime encore son premier amour, ce que Jadiguer a deviné.
Entre l'arriviste et le petit fonctionnaire, le combat sera longtemps inégal... jusqu'au jour où la vérité apparaîtra et où l'ambitieux sera chassé du pouvoir. Mais il lui restera alors, encore, l'amour de celle qu'il avait délaissée et qui l'a idéalisé face à un mari trop engluée dans la routine et dans ses efforts pour faire survivre son village et ses pécheurs. Mais même là, à l'issue d'un terrible huis-clos en pleine tempête, dont aucun des trois protagonistes ne sortira intact, la femme découvrira la vérité sur les deux hommes de sa vie, et perdra toutes ses illusions.
Entre des descriptions superbes et poignantes, une galerie de personnages soit sublimes, soit bouffons, mais tous hauts en couleurs, et une poignante évocation de ces immenses steppes d'Asie centrale détruites par l'avidité de quelques-uns, Il y eut le jour, et il y eut la nuit est aussi l'acte de naissance du Kazakhstan indépendant et de son combat pour faire revivre sa magnifique nature sauvage.
Il y eut le jour, et il y eut la nuit - Roman de Abdijamil Nourpeissov - Traduit du Russe par Athanase Vantchev de Thracy (à paraître aux Editions l'Age d'Homme)

01/09/2009

AUBE, SAGA DE L'EUROPE, III-14

– Je n’ai pas dit ça ! Mais pourquoi votre chant ne serait-il pas prophétique. Au lieu de dire ce qui a été, il vous ferait aussi savoir ce qui sera. Dans ce cas, tu m’as apporté une grande révélation. Il est possible de combattre à cheval. Le barde qui a composé votre geste était inspiré, pour l’avoir deviné.
– Ce sont nos guerriers qui l’ont bâtie, victoire après victoire. Mais réjouis-toi encore plus. Ta fille, si tu es généreux, va entrer dans une famille où les guerriers sont favorisés, à l’instar des prêtres, voire mieux qu’eux, de visions et de prémonitions... Peut-être suis-je le Belonsis qui fait rentrer ses ennemis sous terre. Ne crois-tu pas qu’avec un tel homme pour gendre et allié, ton Printemps Sacré sera cent fois plus beau et glorieux ?
Kleworegs l’examina de bas en haut. Où puiserait-il la force nécessaire à son exploit annoncé ? Il était solide et musclé, mais bien trop mou pour jamais l’accomplir. Il renonça à contre-attaquer sur ce point. L’examen fini, il le toisa, l’air tranquille.
– Tu m’as dit les prouesses passées et futures de ton clan, mais ses vilenies ? Il a compté parmi les siens le précédent roi des rois, dont le nom ne doit pas être prononcé...
– Autant dire, alors, qu’il n’a jamais existé...
– ... Et ton prédécesseur, qui a tenté de me faire mourir. J’aurais pu réclamer à ton clan le prix du sang.
– Tu n’es pas mort et tu l’as vaincu en duel, puis fait périr. Tu es bien payé.
– Et mon guide, et ceux qui devaient aller avertir les miens de mon retour, et que nul n’a plus jamais revus. Ils étaient cinq ou six jeunes fils de rois, et les chants de leurs tribus n'étaient eux aussi qu’actions héroïques.

19/07/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, III-13

– Certes, mais lequel peut se targuer d’avoir enfanté des êtres au-dessus du reste des hommes comme Nemoklewos qui, attaqué et mordu par un loup furieux, lui enfonça son poing si profond dans la gueule qu’il ressortit de l’autre côté, lui permettant de saisir la queue du monstre et de le retourner comme une vieille peau, à l’épouvante de toute sa horde...
... Comme le premier Belonsis que deux hommes portèrent sur leur dos quand on l’enterra, alors qu’il en fallut cinq, tous forts comme des taureaux, pour porter le glaive avec qui il avait pourfendu plus d’ennemis qu’il est de pierres brillant au firmament...
... Comme Nsisyonemos qui ne pouvait supporter que les chênes soient plus hauts que lui et, dans sa fierté, les enfonçait à coups de poing, jusqu’à les surplomber d’une tête...
... Comme un autre Belonsis qui, d’un seul coup de massue, faisait rentrer sous terre le cheval et le cavalier qui l’attaquaient...
– À qui veux-tu faire croire ça ! Jamais, depuis que le monde est monde, nul n’a vu des ennemis d’Aryana se battre à cheval. Nous en sommes nous-mêmes incapables, alors qui le pourrait. Es-tu bien sûr de ce que tu viens de dire ?
– Nos chants ne mentent pas !
La discussion allait virer à l’aigre. Kleworegs éluda.

12/07/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, III-12

« Nous n’allons quand même pas rester ainsi, comme des statues ou des maudits pétrifiés par un sorcier ! » Ils partageaient la même pensée, mais chacun attendait que l’autre ouvrît les lèvres en premier. Ce oui les avait surpris l’un et l’autre. Kleworegs s’était imaginé une moue offusquée, un air interrogatif, des cris de protestation. Belonsis avait pensé jouer l’étonné, le méprisant, le condescendant... et il avait dit oui. Un oui qui ne l’engageait à dire vrai guère. Il sous-entendait des propositions qu'il aurait tout loisir de juger inacceptables. Il pouvait, sans que sa fierté en soit atteinte, prendre la parole pour lui demander d’être plus explicite.
– Oui, mais qu’as-tu à me proposer ?
– Je te l’ai dit, je te propose d’épouser ma fille aînée... Elle a un peu plus de treize ans, et tous s’accordent à dire qu’elle est une beauté.
– Je n’en doute pas, mais crois-tu que ce soit très important. Ce serait un bien plus beau gage d’amitié si tu me disais de quels biens tu vas lui faire don... Je crois que...
– Je te fais don de l’amitié d’un haut roi. Comptes-tu cela pour rien ?
– Certes non ! Mais il est d’usage qu’un haut roi soit généreux avec sa fille, quand il la donne en mariage... On reconnaît même sa haute naissance, ainsi que son désir d’amitié, à l’abondance de ses dons.
– Tu ne seras pas déçu !
– Et n’oublie pas que si un haut roi veut marier sa fille à un homme de très haute naissance, les dons doivent être encore plus beaux.
– Je sais tout cela, figure-toi !
– Et le clan des chasseurs de loups des terres au-delà de la grande eau du levant est plus riche de héros que tous les autres. Imagine le nombre de bisons qu’il y a dans une horde qui couvre la steppe, puis considère une goutte d’eau. La horde de bisons, c’est cette goutte, la foule de nos héros, le fleuve qui borde nos terres. Qui peut-en dire autant de son clan ?
– Tout guerrier d’Aryana, qu’importe son clan, est un héros... Ne crois pas que je méconnais ton genos.