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21/01/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-100

La diversion, et le transfert du grabataire, devaient se déroulèrent à l’insu des Loutres. Kleworegs avait gratté là où ça démangeait. Leur roi et ses guerriers s’interrogeaient. Ceux du Cheval ailé avaient-ils remarqué leur gène de la veille ? Si jamais, ils la leur feraient oublier. Montrer où avait eu lieu le combat avec les loups, leur seul exploit depuis des lustres, y contribuerait. Ils s’y appliqueraient tous.
Ils accueillirent sa demande avec enthousiasme. Il n’en manqua pas un pour l’accompagner. Tous firent de longs récits qui les occupèrent la journée entière. Les loups y prenaient des allures de monstres. Les battues y devenaient des actions dignes des épopées célébrant Sek le chasseur. Kleworegs et les siens n’étaient guère amis de la vantardise. Ils n’en montrèrent rien. Elle servait trop bien leurs projets. Au contraire, ils l’encouragèrent. Leurs hôtes savaient raconter. Autant goûter le miel de leur beau récit et oublier l’absinthe de leur fausse parole.

Ceux chargés de s’occuper du guerrier partirent, en compagnie de la vieille, vers sa hutte. L’unique rue du village était vide. Le seul risque d’être remarqué serait une sortie inopinée. Medhwedmartor avait trouvé moyen d’y parer. Il avait interrogé la femme. Il avait pris leur vêtement le plus criard et l’avait passé sur le dos de l’homme dont l’aspect était le plus proche de celui de l’invalide. Si on l’apercevait, on ne se souviendrait que d’une silhouette et d’une tunique.
Ils arrivèrent devant la cahute. Elle se pencha, chuchota vers une forme visible d’elle seule. Elle était de retour avec les gens de Kleworegs. Ils étaient prêts à le soutenir, voire le porter, jusqu’à la maison d’hôtes. Le grabataire l'invita à entrer avec l'un d'eux. Medhwedmartor envoya le guerrier à la tunique voyante. Il savait quoi faire.
Il ne perdit pas un instant. Il ne salua l’estropié que d'un vague signe de tête, invisible dans la pénombre du taudis. D’emblée, il lui dit leur plan. L’homme se redressa, prêt à se revêtir de la défroque. Il l’ôta et la lui tendit. Pourvu qu’elle ait bien estimé leurs corpulences respectives ! Hasard ou savoir, on l'aurait crue taillée pour lui. Ce petit signe amical de Bhagos laissait présager des révélations pleines d’intérêt.

20/01/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-099

– S’il faut en passer par là !.. Ça va être difficile. Comment l’amener ici en silence, plus, en secret ?
– Medhwedmartor avait la solution.
– C’est vrai ! Eh bien, vous, là, allez trouver le roi et demandez-lui de vous montrer où il a vaincu ses loups. Ensuite, priez-le de vous faire visiter son domaine. On aura le temps de le récupérer et de l’amener au camp.
– C’est ça ! On va s’emmerder à visiter ce village minable et à écouter sur la chasse aux loups des banalités, et rater le récit de son secret. Nous ne le saurons qu’après, de seconde main. Entendre un exploit de la bouche d’un héros, ou une vilenie de la bouche d’un témoin, te met à sa place. D’autres lèvres, c’est nous servir de la bière recrachée. Toi-même, ne tiens-tu pas à nous conter toutes tes actions afin de faire de nous des guerriers à rivaliser avec toi ?
Kleworegs dévisagea le protestataire. Une des rares sentinelles à avoir su réagir en combattant aguerri le jour où il avait mis à l’épreuve leur vigilance. Il avait apprécié son attitude. Le jeune homme au nez trop long, dos tourné vers l’arbre, corps bien dans l’axe de sa lance, avait scruté par-dessus son bouclier d’où pouvait venir un nouveau coup. Ce serait injuste de le frustrer, lui et ceux chargés de détourner l’attention des villageois, de la révélation.
– Tu as raison. Voilà mon plan : Nous rendrons visite ensemble au roi et nous nous ferons montrer où étaient les loups. Après, chacun essaiera de retenir tous ceux qu’il peut autour de lui. Parlez-leur de vos cochonneries de cette nuit, c’est ce qui aura le plus de succès. Pendant ce temps, quelques-uns iront me le chercher et me le ramèneront au camp.
– Il vaudrait mieux que ce soit ici, à la maison des hôtes. Nous aurons moins de chemin à faire, et ceux du village ne peuvent y entrer que sur notre invitation. Par contre, pendant les trois jours d’Aryamenos, ils sont comme chez eux dans notre camp. Ils risquent d’y venir et de tout découvrir.
– Oui, c’est vrai ! On fait comme ça ! Dis-moi, femme, ils ne vont pas vérifier s’il est chez lui ?
– Non, y l’évitent. Vous avez pas à vous inquiéter !