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07/03/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-145

... En arrivant avec trente-deux chevaux, j'avais deux avantages. Je n'aurais, si tout allait bien, à livrer que trois combats, et ne dévoilerais pas ma tactique. À voir notre enjeu, certains auraient pu se méfier et nous imaginer plus forts qu'avant. Je préférais qu'ils aient ce soupçon fugitif, que rien d'autre n’étayait, à fatiguer en vain les miens et à les désigner, par leurs premières victoires, comme ennemi à abattre. Je courais le risque, si mon plan échouait, de nous voir réduits à l'état des villages frappés par le mal. Que faire d’autre ? ! Il était le seul à nous donner une chance de gagner et de ramener un splendide troupeau, base de notre prospérité et de notre renom à venir...
... Le premier jour était consacré aux joutes individuelles, avec des glaives tirés au hasard. Je demandai à mes champions de noter la provenance de leurs armes, d'en évaluer les qualités, et d'en rendre compte à Pewortor. Cela me donnerait de sérieuses indications sur l'armement de ceux que nous affronterions. Je leur ordonnai aussi de prêter attention à la manière d'attaquer et de se défendre de leurs adversaires, et j'étendis cet ordre à tous ceux de mon wiks. J'en affectai la grande majorité à l'observation des combattants des villages les plus riches, sans négliger les plus petits. Certains, y compris chez ceux qui seraient battus dès le départ, pouvaient connaître des bottes secrètes...
... Ces premières épreuves se passèrent bien. Suivant mes conseils, mes champions menèrent tous une tactique de pure défensive. Elle leur permit d'étudier leurs antagonistes de près, et de mieux voir leurs façons de combattre. Elle laissa aussi à penser à ceux qui nous observaient que nous n'en connaissions pas d'autre. Même ceux qui avaient hérité de leurs propres armes, parmi les nôtres, firent en sorte, servis par Bhagos qui leur avait donné des adversaires moins musclés, de vaincre par la force pure et l'art de la lutte…
… Nous offrîmes une série de beaux combats, mais chacun, tant nous avions semblé menu fretin, nous voyait éliminés à l'issue de la première joute sérieuse. Nous apparaissions un peu moins forts que l'année précédente, et on savait nos glaives à peine bons à fendre l'eau sans s'ébrécher. J'en eus confirmation en passant au temple de Bhagos...

06/03/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-144

... Depuis que, d'un accord unanime, on avait fixé des règles afin que nul ne soit ruiné à jamais en un tournoi, il y avait un enjeu maximum. Chacun nous savait pauvres, sans audace. Ils furent tout surpris quand nous engageâmes la plus haute mise. De bonnes âmes nous avertirent, charitables. Nous courrions à la famine en cas de défaite. D'autres se précipitèrent à notre enclos. Ils voulaient s'assurer que nous avions de quoi l'honorer. Ce qu'elles virent les tranquillisa. Nous pourrions payer. On l’accepta...
... Pour que tu saisisses notre tactique, je t'explique plus en détail nos règles...
... Il y a deux séries de combats. Seuls ceux entre villages sont récompensés. Les autres ne sont que parade sans sanction. À l'issue des duels, pour la gloire seule, chacun rend le glaive, marqué au sceau d'un clan, dont il s'est servi. Ils restent, toute la nuit, sous la garde de prêtres de tous les wikos. Au matin, ils reviennent à leur premier maître. Si ses armes sont belles et solides, il les récupère toutes, intactes ou presque. Dans le cas contraire – longtemps le nôtre –, il ne reçoit que des bouts de métal tordus ou brisés. Et il doit se battre avec pour éviter la honte et l'opprobre d'un abandon pourtant justifié...
... Les combats à enjeux commencent, qui favorisent les plus puissants. C’est d’ailleurs pour ça qu'on a décidé d'une mise limite, sinon le jeu serait faussé. On peut s'y présenter avec un enjeu de quatre à trente-deux chevaux. Mais si l'on arrive avec quatre bêtes, comme mon père, il faudra se battre avec des clans aussi pauvres que soi, et les vaincre, pour se mesurer aux plus riches. Les plus démunis (les plus mal armés) livrent trois rudes combats avant de parvenir dans leur cercle étroit. Nous n'y étions encore jamais parvenus. En vérité, aucun n'a une chance sérieuse d'y arriver. Si jamais, leurs guerriers sont déjà recrus de fatigue. Ils ne peuvent tenir contre ceux des grands clans, frais et dispos, qui ont eu le temps, pendant les premiers échanges, de repérer leurs points ou leurs éléments faibles...
... Toute la matinée, devant des spectateurs rares et pour la plupart inattentifs, se sont battus les villages pauvres. Sitôt le repas du midi terminé viennent les combats qui comptent. Les grands clans, d'attaque face aux petits arrivés là à force de coups, vont lutter. Le vainqueur reçoit tous les coursiers mis en jeu. Il en offrira quelques-uns aux plus vaillants. À huit clans, avec chacun trente-deux chevaux, cela fait dans les cinquante mains de bêtes... et trois batailles farouches, contre un adversaire chaque fois plus fort, où il s'agit d'être le meilleur. À lui reviendront toutes les mises, et la responsabilité d'organiser le tournoi suivant. Chacun espère l'emporter. Ce n'est souvent qu'un rêve. Pour nous, c'était une nécessité...

05/03/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-143

... Je m’étais inquiété. Ce régime – graines et racines – nous affaiblirait. Les premiers à accepter de s'y prêter s'en étaient fort bien portés. Ils semblaient même plus solides. Je demandai à tous de les imiter, et leur montrai l'exemple. Cette plate nourriture, que seuls des bouts de viande venaient relever, nous profita. Je ne sais toujours pas pourquoi. Une lune durant, nous n'avions mangé que ces rogatons ; les beaux jours revenus, nous nous sentions mieux que jamais. Depuis, en hommage à Bhagos, et malgré nos réserves pleines, nous faisons toujours ainsi... Ne t'inquiète pas ! Nous nous rattrapons le reste du temps...
... Tous les jours, nous nous entraînions avec nos nouvelles armes… si dures, si solides ! À mesure qu'elles arrivaient, nous donnions à nos armuriers nos vieux cuivres... D’un cimetière de glaives ils faisaient un berceau. Nous comparions nos lames aux anciennes : Nulle commune mesure ! Leur seul défaut était leur poids. Certains le trouvaient excessif... Nous n'étions pas des mauviettes. Au bout d'une courte lune, elles nous semblèrent roseaux. En duel, mes hommes luttaient maintenant à armes égales. Une nouvelle hiérarchie s'établissait, au profit des plus habiles. Plus tard, les forts reprendraient leur prééminence. Qu'importe, il y aurait une énorme différence entre ce temps et avant. Alors, même nos héros n'espéraient pas étendre leur renom plus loin que notre enclos. Désormais, il se répandrait partout, et d'abord sur nos rivaux en tournoi...
... Un tournoi. Ce serait mon prochain objectif. Avant de choisir nos champions, je fis livrer des assauts à tous mes guerriers. À ma grande joie, toutes les victoires résultèrent de la seule force des hommes, non d'un bris d'arme. Ces duels m'avaient instruit sur la valeur de chacun. Je savais mes lames invincibles. Nous étions fin prêts...
... J'aurais voulu que Pewortor soit des nôtres. Je l'avais invité à nos entraînements. Créateur des glaives, il les connaissait le mieux. Nombre de guerriers s'essaieraient contre lui pour en devenir aussi experts. Cette idée ne tenta personne. De crainte de sa force de mange-miel, de mépris de son moindre statut, nul ne vint lui livrer bataille. Je fus le seul. J'acquis dans ces duels une puissance au combat sans pareille, que je n'aurais sinon jamais eue. Je ne concevais pas qu'un troisième caste vainquît son roi, pas plus qu'il n'admettait de rendre les armes devant moi. J'y allais au bout de mes forces, lui prescrivant bien – avis inutile – de ne pas me ménager. Ces rencontres me donnèrent les moyens de vaincre de vrais colosses. Je ne regrettai ni mes plaies, ni mes bosses...

04/03/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-142

LE TOURNOI

Le soleil était au plus haut. Ils s'arrêtèrent manger. Leur départ prématuré les avait mis très en avance. L'inhumation de leur nouveau frère ne les avait guère retardés. La sieste fut longue ce jour-là.
L'ultime sommeil seul est éternel. Repus, reposés, forces revenues, ils se remirent en route. Chacun, du roi aux captifs – mais qui se souciait de leur avis ? – se sentait bien. Nul ne traîna. Même les Muets, pourtant promis à une proche servitude, avançaient d'un bon pas.
Tout était calme. Ils n'avaient qu'à laisser aller leurs bêtes. Le chef de patrouille revint à la charge auprès de Kleworegs. Était-il meilleur moment pour entendre l'histoire de son raid ? Il n'était pas encore disposé à en parler, mais lui dirait la suite de ses débuts, s'il voulait. Il voulait bien. Il n'attendait que ça. Il se racla la gorge. Une voix claire agrémente un récit.
– J'avais réussi, tu t'en souviens, à obtenir tout le métal blanc qu’il nous fallait, et au-delà. En même temps, Bhagos avait favorisé notre chasse. Nos réserves de gibier suffiraient pour passer la mauvaise saison. Nous n'en continuions pas moins à amasser de la venaison et à la fumer sitôt nos proies abattues. Pour leur part, Punesnizdos, Pewortor et Egnibhertor leur parent, alors maigre comme une arête de brochet, s'échinaient dans leurs forges. À leurs côtés s'affairait une petite troupe d'aides. Ils semblaient, après des années à cultiver ou paître, avoir tout oublié de leur art. Cet oubli ulcérait Pewortor. Il les abreuvait d'injures, leur faisait honte de leur maladresse... toute provisoire. En une lune, ils retrouvèrent toute leur habileté. Jour après jour, les belles et lourdes épées martelées, identiques à, voire plus belles que celles qui avaient servi à ma démonstration, sortirent de leurs ateliers, fortes, sans défaut...
... Cet hiver-là nous fut cruel. La chair de nos bœufs, fumée pourtant avec grand soin, s'était corrompue. Malgré nos réserves de venaison, nous n'avions à nous mettre sous la dent, à la fin de la saison froide, que des mets de serviteurs. Peut-être, à nous seuls, aurions-nous eu assez de viande, mais les forgerons, je l'avais résolu, mangeraient comme nous. J'avais besoin de leur force. Ils nous avaient tant aidés, et continuaient. Quoique nos inférieurs, ils méritaient certains égards...

03/03/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-141

Il fut rassuré sur les sentiments de son patriarche. Il ne les avait pas reniés. Il s'enquit du sujet de ses réflexions.
– Ah, tu penses à ton enfant ! ... Tu espères que ce sera un garçon !
– J'en suis sûr (Était-ce pour se rassurer, ou avait-il une certitude, à coup sûr d'origine divine ? ). J'ai fait les sacrifices, accompli les rites et les oblations, versé les trois liqueurs sur les feux sacrés. J'ai déjà sacrifié un bélier à Wulkanos, et promis à Pewor et Egnis les dieux-feu de leur en offrir un autre, en sanglant hommage, s'ils me donnaient un fils. Ils me savent de parole. Pourquoi refuseraient-ils un nouveau fidèle ? J'ai mis toutes les chances de mon côté. La mère est la seule fille, et la dernière-née, d'une famille de huit enfants. Tout indique, et laisse espérer, que j'aurai enfin un enfant mâle... Il le faut, sinon je serai obligé d'en faire un à une servante, et de l'adopter... Ça ne me sourirait pas du tout.
– Tu ne vas pas faire ça ! Ta famille est d'une lignée sans fin de forgerons, depuis que le métal existe. Ça fait plus de générations qu'un homme n'en saurait compter, et même concevoir. Aucun de nous n'ira te reprocher ton élévation. Elle nous fait plaisir, au contraire. Elle présage la nôtre, qui viendra bientôt, comme tu nous l'avais prédit quand nous en doutions tous. Adopter un fils fait à une servante serait déchoir. Il doit être issu de deux irréprochables lignées d'hommes du métal. Ce sera le cas si ton épouse accouche d'un garçon. Nous aussi, nous avons sacrifié pour que tu connaisses ce bonheur. Si tu fais porter ton fils à une sans-caste, et même si, de par nos lois, il appartient à la caste de son père, chacun saura où il a germé. Les satiristes en parleront. Il souffrira de cette part mauvaise toute sa vie. Aucun respect pour lui, surtout parmi les neres dont il sera. Non, cela ne sera pas. Je sacrifierai aux dieux d'un nouveau bélier, si tu as un fils.
– Merci, frère ! Que pour ce geste de grande piété et d'amitié, Wulkanos favorise ta forge et donne sa vigueur aux armes que tu y ouvres.
– As-tu trouvé des captifs pour nous aider ?
– Pas des quantités. Il y en a une petite dizaine qui feraient l'affaire.
Ils s'arrêtèrent un instant. Les Muets entravés arrivaient à leur hauteur. Pewortor lui en désigna quelques-uns, à mesure qu'ils passaient.
– Que penses-tu du grand sec, là-bas ? Il ne paie pas de mine, mais on dirait ses muscles de pur métal. Et le petit râblé, là ? Il ne serait pas mal non plus ! Oh, celui-là, il nous le faut. Le brun, plus loin, avec son nez épaté. Regarde-moi ce torse de mange-miel, et ces bras comme des cuisses ! D'accord, il est un peu court sur pattes, mais il fera un aide remarquable.
– Il faudrait que ton fils soit bâti comme lui... Enfin, pour le haut. Il est trop bas du cul.
– S'il est comme ses père et mère, il sera un roc. Pour ça, je ne m'inquiète pas, va !