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06/03/2013

Abdijamil Nourpeissov, voix inspirée du Kazakhstan

 

Il y eut un jour et il y eut une nuit, un grand roman tragique sur fond d’ambitions politiques et de catastrophe écologique.

Le dernier ouvrage d’Abdijamil Nourpeissov,  le plus grand écrivain kazakh vivant, proposé pour le Prix Nobel de littérature, vient de sortir en traduction française à l’Âge d’Homme. Cet imposant roman de plus de 500 pages est - au-delà de la poignante et oh combien véridique histoire d’un couple né sur un malentendu et qui souffre, tout au long, de ce péché originel - la véritable révélation des méfaits du régime soviétique et de sa recherche de la productivité à tout prix, tare partagée, d’ailleurs, avec de nombreux autres. Nourpeissov nous montre comment, au nom de cet impératif, des peuples et des terres sont sacrifiés et la nature modifiée, tout ça pour un résultat bien pire qu’auparavant.

Il nous découvre les ressorts d’un système où, pour réussir, un pseudo-savant, qui pourrait faire penser à un Lyssenko, sur des bases prétendues scientifiques, et surtout qui plaisent au Kremlin brejnévien, n’hésite pas à sacrifier sa terre natale. Mais que lui importe si ses copains d’enfance tombent dans la misère, s’il doit sacrifier la femme qui l’aime et qui se rabat, rejetée par lui, sur son meilleur ami. Il obtient tout ce qu’il veut… jusqu’à sa chute.

Il parviendra, malgré tout, à récupérer la femme jadis répudiée, en l’arrachant à son époux. Et il faudra une tragédie où cette femme verra qui est le lâche, qui est l’homme vrai, pour qu’elle se rende compte que, au fond, le destin lui avait choisi le mari qu’il fallait.

Le Kazakhstan, devenu indépendant, se remet maintenant de toutes les blessures infligées à sa terre et à ses hommes au cours du XXe siècle. Nourpeissov nous rend en virtuose du verbe cette époque, comme il l’avait fait dans sa première immense fresque La Sueur et le Sang. Ces deux ouvrages, à qui la traduction a su garder tout leur souffle épique, constituent des chefs-d’œuvre dans la droite ligne de la grande littérature russe.

 

Il y eut un jour et il y eut une nuit – Roman d’Abdijamil Nourpeissov. Editions l’Âge d’Homme. Traduit du russe par Athanase Vantchev de Thracy. 529 pages, 25 €

01/02/2013

Il y eut le jour, et il y eut la nuit : un roman kazakh qui décoiffe

Il y eut le jour, et il y eut la nuit, ainsi s'intitule le dernier roman du plus grand écrivain kazakh vivant, Abdijamil Nourpeissov. A paraître prochainement chez l'Age d'homme, cet ouvrage nous fait découvrir tout un monde que, avouons-le, peu d'Européens connaissent. Un monde aux traditions millenaires qui a été confonté au pouvoir soviétique et à de terribles problèmes écologiques, mais qui s'est battu pour retrouver son indépendance et la droit à une nature fière et libre
Nourpeissov a déjà un long parcours littéraire derrière lui. Dans les années 70, il a été l'auteur d'une grande fresque sur la Kazakhstan à la fin du tsarisme et aux premiers temps du bolchévisme qui a été un best-seller en Union soviétique, salué par Aragon. Traduit dans de nombreuses langues, cet ouvrage avait contribué à la réputation internationale de Nourpeissov et, en le faisant connaître, à faire connaître son pays.
Il y eut le jour, et il y eut la nuit nous montre à nouveau la vie au Kazakhstan de la fin du régime stalinien jusqu'au début de la pérestroïka. On y découvre comment, appuyé sur des utopies de terres inépuisables, on a asséché la mer d'Aral et créé un terrible déséquilibre environnemental dont toute l'Asie centrale a souffert. Face à cette catastrophe, dont un ambitieux forcené, pourtant né dans cette région qui paye un lourd tribut à ce "progrès", Azim, est le protagoniste exemplaire, rares sont ceux qui osent élever la voix comme Jadiguer, humble directeur d'un kolkhoze de pécheur qui vit, de plus en plus mal, de la mer d'Aral qui se tarit.
C'est véritablement un combat entre pot de fer et pot de terre. De plus, on pourrait se demander si ses motivations sont vraiment pures, malgré l'honnêteté foncière du personnage. Entre eux, il y a aussi une rivalité amoureuse autour de la même femme, sacrifiée à son ambition par Azim et qui a épousé Jadiguer, mais qui aime encore son premier amour, ce que Jadiguer a deviné.
Entre l'arriviste et le petit fonctionnaire, le combat sera longtemps inégal... jusqu'au jour où la vérité apparaîtra et où l'ambitieux sera chassé du pouvoir. Mais il lui restera alors, encore, l'amour de celle qu'il avait délaissée et qui l'a idéalisé face à un mari trop engluée dans la routine et dans ses efforts pour faire survivre son village et ses pécheurs. Mais même là, à l'issue d'un terrible huis-clos en pleine tempête, dont aucun des trois protagonistes ne sortira intact, la femme découvrira la vérité sur les deux hommes de sa vie, et perdra toutes ses illusions.
Entre des descriptions superbes et poignantes, une galerie de personnages soit sublimes, soit bouffons, mais tous hauts en couleurs, et une poignante évocation de ces immenses steppes d'Asie centrale détruites par l'avidité de quelques-uns, Il y eut le jour, et il y eut la nuit est aussi l'acte de naissance du Kazakhstan indépendant et de son combat pour faire revivre sa magnifique nature sauvage.
Il y eut le jour, et il y eut la nuit - Roman de Abdijamil Nourpeissov - Traduit du Russe par Athanase Vantchev de Thracy (à paraître aux Editions l'Age d'Homme)

15/10/2011

AMANJOLOV KASSYM RAKHIMJANOVITCH (1911-1955), centenaire d'un grand poète du Kazakhstan

poète, poème, Amanjolov, poésie, chanson, KazakhstanAMANJOLOV KASSYM RAKHIMJANOVITCH (1911-1955) est un poète kazakh. Il a fait ses études à l’école professionnelle de vétérinaires, puis à l’Institut Pédagogique d’Oural, et s’est spécialisé à l’Institut des Eaux et Forêts de Leningrad. Ses premiers poèmes ont été publiés en 1931. Au début de sa carrière de jeune poète, il suit les canons de la poésie classique kazakhe, le jyraou (poésies de légende) et le tolgaou(poésie de reflexion).

Kassym Amanjolov est un poète-pionnier, un des fondateurs de la poésie lyrique kazakhe, qu’il dote de nouvelles formes pleines de fraîcheur. Ses recueils de poésies « La confession d’une vie » (« Өмір сыры », 1938), « La tempête » (« Дауыл », 1948), les poèmes de « La fille mystérieuse » (« Құпия қыз », 1939), « La légende de la mort du poète » (« Ақын өлімі туралы аңыз », 1944), « Notre Dastan » (« Біздің дастан », 1947), etc., révèlent toute la force du talent lyrique de Kassym Amanjolov. Le poète a chanté la vie quotidienne au Kazakhstan et l’héroïsme de son peuple pendant la Deuxième Guerre mondiale. Il introduit dans la poésie kazakhe le vers décasyllabique, dont se servent aujourd’hui largement les poètes contemporains du pays. Il est également l’auteur des recueils « La belle enfant » (« Балбөбек») et « Versets » (« Өлеңдер », 1949), « Le monde brillant »(« Нурлы дуние », 1950), etc. Sa poésie est très populaire, les amateurs de vers connaissent par cœur ses poèmes. Sa poésie, profonde et authentique, vit dans le cœur du peuple, inspire les gens et les incite à des actes héroïques. C’est une poésie dense, contemporaine. On peut lire ce poète aujourd’hui, demain, après-demain.

Kassym Amanjolov a fait beaucoup pour le développement de la dramaturgie, de la critique littéraire, de la peinture et de la traduction. Il était également compositeur et chansonnier. Ses chansons « Dariga »et « Mon pays natal » sont largement connues par les Kazakhs.

Il a traduit en langue kazakhe « Layla et Majnoun » de Nizami, « Poltava »de Pouchkine, « La Mascarade » de Lermontov, « A haute voix »de Maïakovski, « Vassili Terkin »de Tvardovski, etc. Ses œuvres sont traduites en russe et dans toutes les langues des peuples de l’ex -Union Soviétique.

En ces jours, le peuple du Kazakhstan commémore le 100e anniversaire du grand poète Kassym Amanjolov, devenu un classique de la littérature kazakhe. Des célébrations ont lieu dans son pays natal, la région de Karaganda, dans la province de Karkaralin.



АМАНЖОЛОВ КАСЫМ РАХИМЖАНОВИЧ (1911–55 гг.), поэт. Учился в Семипалатинском веттехникуме, Уральском педагогическом институте, Ленинградском институте лесного хозяйства. Первые стихи опубликованы в 1931 г. В начале творческого пути К.Аманжолов придерживался канонов традиционной поэзии жырау (сказания) и толгау (размышления).

К.Аманжолов поэт-новатор, один из основоположников лирики в казахской поэзии, пополнивший ее свежими композиционными формами. В сборнике стихов «Исповедь жизни» («Өмір сыры», 1938 г.), «Буря» («Дауыл», 1948 г.), в поэмах «Таинственная девушка» («Құпия қыз», 1939 г.), «Сказание о смерти поэта» («Ақын өлімі туралы аңыз», 1944 г.), «Наш дастан» («Біздің дастан», 1947 г.) и др. проявилось своеобразное лирическое дарование К.Аманжолова. Поэт отображал жизнь Казахстана, героизм народа в Великой Отечественной войне. К.Аманжолов ввел в казахский стих десятислоговую строку, которой ныне широко пользуются казахские поэты. К. Аманжолову принадлежат сборник «Балбөбек» («Прекрасное дитя») и «Өлеңдер» («Стихи»), 1949 г., «Нурлы дуние» («Светлый мир»), 1950 г., и др. . Его сти­хи и по­эмы по­пуляр­ны в на­роде, лю­бите­ли по­эзии зна­ют их на­изусть. Его под­линная по­эзия ос­та­ет­ся всег­да с на­родом, вдох­новляя к свер­ше­ни­ям. Она со­дер­жа­тель­на, сов­ре­мен­на. Его мож­но чи­тать и се­год­ня, и завт­ра, и пос­ле­завт­ра…

Много труда вложил К.Аманжолов в развитие драматургии, критики и художеств. перевода; известен как песенный автор и композитор. Его песни «Дарига» и «Страна родная» широко распространены в народе. Им переведены на казахский язык письма из поэмы Низами «Лейли-Меджнун», поэмы «Полтава» Пушкина, «Маскарад» Лермонтова, «Во весь голос» Маяковского, «Василий Теркин» Твардовского и др. Его сочинения переведены на русский и другие языки народов бывшего СССР.

В эти дни литературная общественность Казахстана отмечает 100-летие великого поэта, классика казахской литературы Касыма Аманжолова. Торжества проводятся на родине поэта - в Карагандинской области, в Каркаралинском районе.

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Biographie (en russe) traduite en français par Athanase Vantchev de Thracy

Poèmes (en kazakh) traduits en français par Athanase Vantchev de Thracy et Mursal-Nabi Tuyakbaev



1.



DE LA POÉSIE



Parfois, je reste assis, plongé dans la torpeur,

Comme si un écrasant fardeau pesait sur moi,

Imperceptible, passe le temps,

Sans accomplir sa tâche.



Parfois, surpris, je tressaille,

Comme si je venais de trouver ce que je cherchais,

On dirait que depuis peu de temps,

Un torrent charriant des blocs de glace commence à couler en moi.



Deux fois plus vite coulent mes vers,

À peine ai-je le temps de les coucher sur le papier,

Tantôt je les chante, tantôt je les récite,

Plein d’un immense bonheur.



Je déplie mon corps, hier recroquevillé,

Le feu en moi brûle d’une flamme éblouissante,

Je me réjouis du nouveau-né,

Assis, je lui procure du plaisir.



Mes vers sont mes enfants,

On dirait qu’ils me ressemblent,

Je respire, penchés sur eux, je les étreins,

J’essaie de leur apprendre plusieurs langues.



Qu’il est beau ce monde,

J’ignore la tristesse et le ressentiment,

J’irradie, je suis comme un jeune enfant,

Je brûle, tout entouré d’amour.



ӨЛЕҢ ТУРАЛЫ



Отырам кейде құрысып,

Бойымда бір жүк жатқандай;

Өтеді уақытым жылысып,

Өз міндетін атқармай...



Кетемін кенет сілкініп,

Іздегенім тапқандай,

Манадан бері іркіліп,

Селім бір енді аққандай.



Келеді өлең еселеп,

Үлгіре жазып жатамын;

Бір әндетіп, бір сөйлеп,

Мол рахатқа батамын.



Құрысқан бойым жазылып,

Лапылдап отым жанады.

Отыр ғандаймын мәз қылып,

Ойнатып сәби баланы.



Өлеңім менің бөбегім,

Өзіме тартқан секілді,

Үстіне түсе төнемін,

Үйретіп оған не тілді.



Дүние қандай тамаша!

Реніш-қайғы маған жат,

Құлпырып мәз боп, балаша,

Айналам толған махаббат.



2.



JE PARLERAI DE MOI



Ce n’est personne d’autre, c’est moi

Qui parlerai du cours de mon existence,

Mon cœur, arme-toi de mots ardents,

Je garderai le calme au fond de mon âme,

Je dirai tout sur un ton tantôt ému,

Tantôt câlin.



Je suis Kassim – fils de Rahymjan Amanjol,

Je suis comme un siècle

Pour la génération présente,

Aux yeux de certains, je suis un pauvre hère

Parti vivre en terre étrangère,

Pour d’autres, je suis toutes choses inaccessibles

Tout là-haut dans le ciel.



De mes deux yeux – deux étoiles au milieu du visage,

J’ai vu des événements de toutes sortes.

Est-il possible qu’un jour je m’éteigne,

Que je devienne noires ténèbres ?



Je ne regrette pas de mourir le moment venu,

Ce que je regrette, c’est d’agir autrement qu’il ne faut,

Chaque jour, j’y pense et repense cent et mille fois :

Que faire pour que mon chant ne meure pas avec moi ?



Mon chant, c’est tout ce que je possède,

C’est tout le bonheur qui est en moi,

Mon chant, c’est l’ami le plus cher à mon cœur,

Je ne suis pas venu pour rien dans ce monde,

Alors comment puis-je vivre et mourir

Comme ça ?



ӨЗІМ ТУРАЛЫ



Өзге емес, өзім айтам өз жайымды,

Жүрегім, жалын атқан сөз дайында.

Тереңде тұнып жатқан жауып күйді,

Тербетіп, тулатып бір қозғайын да...



Аманжол – Рахымжанның Қасымымын,

Мен қалған бір атаның ғасырымын,

Біреуге жұртта қалған жасығымын,

Біреуге аспандағы асылымын.



Екі көз – екі жұлдыз маңдайдағы,

Көруші ең құбылысты қай-қайдағы.

Япырмай, сен де бір күн сөнермісің,

Қап-қара түнек болып маңайдагы.



Өкінбен мен де бір күн өлемін деп,

Өкінем ұқсата алмай келемін деп,

Күніне жүз ойланып, мың толғанам,

Өзіммен бірге өлмесін өлеңім деп.



Барым да, бақытым да осы өлеңім,

Жақыным, жүрегімнің досы өлеңім.

Өмірге келгенім жоқ бостан-босқа,

Мен қайтіп, босқа жасап, босқа өлемін



3.



SARY-ARKA (1943)



Sary-Arka, or brillant, or flottant à la lueur des bougies,

Tu es devenue lieu de vie depuis plusieurs siècles,

Montagnes joyeuses, merveilleux espaces, rivière pleine de gazouillis,

Rendent plus libre ton souffle quand tu grimpes sur les collines.



Ouvrant ses ailes toutes de poèmes et de chants,

Tel un oiseau, ton cœur s’envole vers le ciel,

L’amour, l’amour total envahit tout ton être,

Et Sary-Arka vient vivre en toi, qui débordes de jeunesse.



Retrouvant la paix dans les bras de Sary-Arka,

Je me souviens comment, enfant, j’aimais jouer,

Ayant débarrassé ma peau de mes années d’orphelin,

Je suis tombé amoureux des nuages couronnant le pic lointain.



Ô belle Arka, tu dévoiles ton clair et rayonnant visage,

Tu câlines le jeune orphelin, tu chasses ses peines.

Ô toi qui éloignes de moi la grise mélancolie des tombes,

Que dire de tous ces miracles accomplis pour moi ?



Sary-Arka, tu me remplis de nostalgie, Ô ma patrie,

Ô steppe d’or, tu es ma mère, pure et généreuse est ton étreinte,

Et voilà que je te traverse sans pouvoir m’arrêter,

Derrière, c’est toi, ma mère, devant, c’est la guerre,

Dis-moi, mère, que dois-je faire ?



САРЫ-АРҚА (1943)



Сарыарқа сап-сары алтын жүзген нұрға,

Қоналқы мекен болған сан ғасырға,

Сайран тау, самал жайлау, сырнайлы өзен

Лебімен алар тартып, шықсаң қырға.



Көтеріп ән мен жырдың күй қанаты,

Жүрегің ұшар құс боп аспаныңда,

Әлемнің саған ауып махаббаты,

Сарыарқа орнар сенің жас жаныңда.



Жұбанып сол Сарыарқа құшағында

Есімде ойнағаным жас шағымда.

Жетімдік жалбыр тонын жерге соғып,

Құмартып ауған бұлтқа, алыс шыңға.



Арқа ару, ашып нұрлы күн бетіңді,

Ойнатып, еркелетіп мен жетімді.

Аулақтап сұр бейіттен әкетуші ең,

Не дермін, сенің сол бір құдіретіңді?



Сарыарқа сағындырдың ата мекен,

Сардала анам едің, құшағың кең.

Тұсыңнан тоқтай алмай барам өтіп,

Артта – Сен, алда – майдан, қайтсем екен?



4.



LE PAYS NATAL



Grimpe sur la montagne, contemplant la steppe infinie,

Tu te réjouis, tu deviens comme un enfant.

Ton regard parcourt ses vastes étendues ;

Seras-tu jamais las de sa vue ou rassasié de sa beauté ?



Ô, Dariga – toi ma contrée natale, mon berceau d’or,

Pardonne-moi si jusqu’à présent j’ai été indifférent à ton charme !

Je ne peux me coucher sur ta terre sans en être ému,

Non en tant que poète, mais comme une de tes simples pierres.



Ma terre, comme tu es vaste, comme est superbe ta grandeur !

Comment ton cœur peut-il battre toujours avec tant de force ?

Je suis né, j’ai grandi sur ton sein, et y mourir

N’est que le plus cher de mes rêves.



Comme la tienne, grande et généreuse est mon âme,

Je t’admire, j’arpente libre et heureux tes routes ;

Tu m’as donné, sans regret, tout ce que tu avais,

Moi aussi, sans lésiner, je te donnerai tout ce que je possède.



Ma steppe natale, je suis tombé amoureux de toi,

Quand je suis loin de toi, tu deviens mon rêve le plus précieux,

Quand je suis sur ton sol, je me sens au paradis,

Tu es mon rempart d’or, le seuil où je suis né.



ТУҒАН ЖЕР



Шықшы тауға, қарашы кең далаңа;

Мәз боласың, ұқсайсың жас балаға,

Ол шеті мен бұл шетіне жүгірсең,

Шаршайсың ба, құмарың бір қана ма?



Уа, дариға – алтын бесік туған жер,

Қадіріңді келсем білмей, кеше гөр!

Жата алмас ем топырағыңда тебіренбей,

Ақын болмай, тасың болсам мен егер.



Неткен байтақ, неткен ұлы жер едің!

Нендей күйге жүрегіңді бөледің?

Сенде тудым, сенде өстім мен, сенде өлсем, -

Арманым жоқ бұл дүниеде дер едім;



Мен де өзіңдей байтақ едім, кең едім;

Қызығыңды көріп еркін келемін.

Сен де аямай бердің маған барыңды,

Мен де аямай барым саған беремін.



Болдым ғашық, туған дала, мен саған,

Алыс жүрсем, арманым – сен аңсаған;

Жақын жүрсем, мен – төріңде жаннаттың,

Алтын діңгек - өзім туған босағам!



5.



PASSENT LES JOURS

(Taras Chevtchenko)



Passent les jours, passent les nuits,

Et bien vite s’enfuit mon été,

Souffle le blizzard, se fanent les fleurs,

Jaunissent les feuilles.



La pensée somnole, le cœur ne bat plus,

S’éteint la lumière des yeux,

Tout semble profondément endormi,

Pas le moindre signe de vie.



Suis-je encore - point ne le sais -

Suis-je présent dans ce monde lumineux,

Ne fais-je qu’errer

Sans pleurer ni rire ?



La vie, où est la part de ma vie ?
Est-il possible que je n’en aie aucune ?

Si cela te désole de m’offrir le bien,

Ô mon Dieu, donne-moi le mal !



Comme il est dur de mourir

Dans une cage étroite, au cachot,

Mais si l’on gaspille sa liberté à dormir,

Le cœur en est encore plus affligé.



Si l’on passe sa vie à dormir,

Si l’on ne se réveille jamais,

À quoi bon, alors, vivre ou mourir

Si l’on ne laisse nulle trace après soi ?



ӨТЕДІ КҮНДЕР

(Тарас Шевченкодан)



Өтеді күндер, өтеді түндер,

Өтеді жазым зымырап,

Соғады дауыл, солады гүлдер,

Сарғаяды жапырақ.



Ой ұйқыда, жүрегім жым-жырт

Сөнеді көздің жанары;

Бәрі ұйқыда жатыр ғой мүлгіп,

Тірліктің жоқ еш хабары.



Осынау жарық дүниеде

Бармын ба мен, - білмеймін,

Қаңғалақтап жүрмін бе әлде,

Жыламаймын, күлмеймін.



Сыбағам қайда, сыбағам?

Жоқ па, сірә, ешқандай?!

Жақсылық менен аясаң,

Жамандық бер, а құдай?!!



Қандай қиын – қаза тапсаң

Тар қапаста, зынданда.

Еркіндікте ұйықтап қалсаң,

Қиынырақ содан да.



Ұйықтап өтсең өміріңде,

Ұйқың ешбір қамбаса.

Тірлігің не, өлгенің не,

Ешбір ізің қалмаса.

16/08/2011

Mukagali MAKATAEV, poète du Kazakhstan

mukataev.jpgMukagali Makataev, un des plus grands noms de la littérature kazakhe, est né le 9 février 1931 dans le village de Karassaze, situé au pied de la majestueuse montagne Khan-Tengri qui culmine à 7 010 mètres d'altitude. Elle fait partie du massif du Tian Shan. Son village natal est situé  dans la fertile région d’Alma-Ata (aujourd’hui Almaty), Kazakhstan, alors République Socialiste Soviétique du Kazakhstan, une des 15 républiques qui composaient anciennement l’URSS. Il meurt le 27 mars 1976 à Alma-Ata. Mukagali Makataev  termine ses études supérieures à Moscou, dans le célèbre Institut de littérature et de création littéraire Maxime Gorki.

Il est l’auteur de plusieurs ouvrages : La Vie est une légende, La Vie est un fleuve, Requiem pour Mozart, Poèmes, etc. Beaucoup de ses poésies sont mises en musique. Elles sont devenues de véritables chansons populaires connues par tous les Kazakhstanais.

Makataev traduit en kazakh les grands classiques russes, les œuvres de Walt Whitman, La Divine Comédie de Dante.

Son nom est aussi célèbre que celui du patriarche de la littérature kazakhe, Abaï Kunanbaïouli(1845-1904) et d’un autre géant des lettres kazakhes, Moukhtar Aouezov (1897-1961).

Makataev est lauréat du Prix d’Etat du Kazakhstan.

Aimé par la jeunesse, il est devenu le poète le plus populaire du pays.

Cette année, le Kazakhstan fête solennellement les 80 ans de sa naissance.

Athanase Vantchev de Thracy

Poèmes traduits du kazakh en français par

Moursal-Nabi Tuyakbaev et Athanase Vantchev de Thracy

 

1.

 

Есіңе мені алғайсың

Нұр жауып тұрған көктемде
Гүл тере барсаң бөктерге
Қоңыраулатқан аспанды
Найзағай шаншып өткенде
Есіңе мені алғайсың

Қазбауыр бұлттар маңғанда
Орманға жазда барғанда
Арманда мені арманда
Мен бар деп мына жалғанда
Есіңе мені алғайсың

Қараша келген шақтарда
Құлазып тұрған бақтарда
Жапырақ жайрап жатқанда
Құрайлар сыңси қаққанда
Есіңе мені алғайсың

Ақ ұлпа жерді жапқанда
Ағаштар сырға таққанда
Бозарып атқан ақ таңда
Бозарып тұрып ақпанда
Есіңе мені алғайсың

 

Souviens-toi de moi


Quand le printemps
 éclate de toute sa lumière,

Quand tu vas cueillir des fleurs,

Quand la foudre

Transperce le ciel et fait sonner les cloches,

Souviens-toi de moi.

Quand de doux nuages voguent dans le ciel,

Quand, l’été, tu erres dans la forêt,

Rêve de moi, rêve !

En pensant que je fais partie de ce monde,

Souviens-toi de moi !

Quand vient novembre,

Quand les jardins solitaires

Sont lourds de feuilles mortes,

Quand le kouraï susurre sa suave mélodie,

Souviens-toi de moi !

Quand la neige blanche recouvre la terre,

Quand les arbres se parent de scintillants cristaux,

Quand vient février plein de grisaille

Et son aube pâle,

Souviens-toi de moi !

2.

 

Афтограф

 

Көрер едің

Шаламын ба, отпын ба?

Білер едің

Ақынмын ба, жоқпын ба?

Кектендірген хан Жәңгір де жоқ мұнда,

Кектенетін Махамбет те жоқ мұнда.

 

Түсінер ең

Езбін бе, әлде ермін бе,

Байқар едің,

Артықпын ба, кеммін бе?

Мен Спартак бола алмадым, не шара,

Сенің өзің Цезарь болып көрдің бе?!

 

Сырым да- осы,

Жырым да –осы,

Алдыңда

Байқашы бір, бықсыдым ба, жандым ба?

... Махаңдар жоқ,

Махаңдардың сарқыты –

Мұқағали Мақатаев бар мұнды!

 

 

Autographe

 

Etais-je tison ou feu ardent ?

Si tu avais pu voir

Tu aurais su

Si j’étais un vrai poète ou non !

Non, il n’y a pas de nos jours de Djanguir Khan

Qui poussait son peuple à le haïr,

Il n’y pas non plus de Makhambet,

Ce héros qui savait haïr.

 

Tu aurais pu comprendre

Si j’étais un moins que rien ou un héros.

Tu aurais pu remarquer

Si j’étais mieux que les autres ou pire.

Que faire, je n’ai pu devenir Spartacus

Et toi, as-tu tenté d’être César ?

 

Le voilà mon secret,

La voilà ma poésie,

Elle gît sous tes yeux,

Essaie de comprendre si mon être

Etait vaine fumée ou feu flamboyant.

 Non, il n’y a pas en ce lieu

Des Makhans

Ni traces de lui,

Ici, devant vous, se tient en personne

Mukagali Makataev.

 

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Makhambet Utemissov (1803 – 1846) : Makhambet est un personnage épique de l'histoire et de la poésie kazakhes. À seize ans, il remporte tous les tournois de poésie où s'affrontent lesakin, poètes improvisateurs oraux. Le khan (souverain) de sa horde le distingue et en fait le précepteur de son fils. Mais très vite Makhambet s'indigne des injustices que subissent les éleveurs nomades. Il dénonce dans ses chants les abus. Il doit alors fuir au-delà de l'Oural. Il est rattrapé et jeté en forteresse. Il s'en échappe. Quand le peuple, à bout de souffrances, se soulève, il se joint à lui, combat à ses côtés, l'encourage de ses chants. La rébellion va de victoire en victoire. Encerclé, le khan appelle à son secours les Russes.
Le soulèvement est écrasé, son chef tué. Makhambet doit mener une vie errante avec sa famille. Repris, il sera livré aux Russes, mais aussi libéré par eux. Des tueurs finissent par retrouver sa trace. Il sera décapité et sa tête rapportée au sultan.
La poésie de Makhambet fait revivre avec une rare puissance ses combats pour la justice et la liberté. Elle est parcourue du souffle de la steppe, retentit du fracas des batailles. Peuplée des animaux de la plaine et des monts, elle est riche de métaphores étonnantes, de méditations passionnées.

Makhan : appellation affectueuse et respectueuse de Makhambet. Les Makhans : l’auteur pense ici à tous les éminents poètes kazakhs comme Makhambet.

 

3.

 

НЕ ПАЙДА КҮРСІНГЕННЕН, ӨКІНГЕННЕН

 

Не пайда күрсінгеннен, өкінгеннен,

Не пайда дәтке қуат бекінгеннен,

Алайда, емханада көз жұмғаннан,

Жақсы еді ғой майданның өтінде өлген.

 

Құрбан ғып жастығымды, жас ғұмырды,

Жауымнан жасыра алмай қастығымды.

Жанымды аямаған жауларымнан,

Ала жатар едім ғой жастығымды.

 

Өкінбен, мұңайман да, өксімеймін,

Өмірім, осылай-ақ өтші мейлің,

Алайда, аласапыран тіршіліктің,

Алдында күресе алмай тек сілейдім!

 

Күнін көріп жүргем жоқ жетім құлдың,

Бірақта не бітірдім, не тындырдым.

Шөп жинаған ініне суырдайын,

Әйтеуір тіршілікке бетім бұрдым.

 

Қарасаз, қара шалғын өлеңде өстім,

Қырға шығып ырысқа кенелмеспін...

Өлсе өлер Мұқағали Мақатаев,

Өлтіре алмас, алайда өлеңді ешкім!

 

Qu’importe si je suis triste ou irrité

 

Qu’importe si je suis triste ou irrité,

Qu’importe si je ne peux rendre plus ferme ma consolation,

En tout cas, au lieu partir pour l’autre monde à l’hôpital

Mieux eût valu pour moi périr dans la fournaise de la bataille.

 

Offrant en sacrifice ma jeunesse, ma vie encore verte,

Ne sachant dissimuler des ennemis ma haine,

Ennemis qui n’ont pas eu pitié de moi,

J’en aurai emporté quelques-uns dans ma tombe.

 

Non, je ne regrette rien, je ne me plaindrai pas de mon destin,

Que ma vie soit telle qu’elle est,

Cependant, devant cette existence qui n’est que pure vanité,

Ne connaissant pas l’art de combattre, je suis resté comme pétrifié.

 

Faire en sorte que je ne traîne pas comme un esclave orphelin ?

Hélas, toutes ces années, qu’ai-je fait, qu’ai-je su mener à bonne fin,

Comme les marmottes qui ramassent des brins d’herbe pour leurs terriers,

J’ai tourné ma face vers la vie banale de tous les jours.

 

Enfin, j’ai grandi dans un pré recouvert d’herbe de Karassaze,

Je ne connaîtrai pas de si tôt le bonheur d’escalader les monts,

Et si le destin veut qu’ainsi meure Mukagali Makataev,

Néanmoins, sachez-le, personne ne réussira à tuer la poésie.

 

 

4.

 

REQUIEM POUR MOZART

(Р е к в и е м)

I.

Жетімдер үні

 

Біздер –

Жетімдерміз,

Жетімдерміз.

Ақпанның,

Аяз қардың өтіндеміз.

Мына сараң өмірден сауға сұрап,

Тіршіліктің мазасын кетіргеміз.

Біздер – жетімдерміз!

Біздер – жетімдерміз!

Доп қылып жердің шарын өтудеміз.

Бостан-босқа өлмейміз,

Өкінбеңіз.

Жекірмеңіз,

Біздерге жекірмеңіз,

Жекірмеңіз!

Босағасын паналап талайлардың,

Талайлардың басынан секіргеміз.

Себебі, жетімдерміз!

Өкінбеңіз, біздерге жекірмеңіз.

Біздер – жетімдерміз!!!

Өмірге келу де егіз, кету де егіз.

Сүреңсіз өтуде жаз, өтуде күз.

Жалғанда өлім бар да – жетімдер бар

Сондықтан мәңгілікке бекінгеміз.

Біздер – жетімдерміз!

Ұрылар да емеспіз, қарылар да!

Қарғыс таңба біздерден арылар ма?!

Жылынамыз бір ауыз жақсы сөзге,

Қарғыс аяз біздерді қарығанда.

Жасамаймыз қиянат жаны барға.

Жаны бар жан, бірақ та табылар ма?

Жетім көңіл жақсыға жарыған ба?!

Біздер – жетімдерміз!

Жетімдерміз!

Жетім болып жүріп-ақ жетілгеміз:

Дөңгелек жердің шарын допша қуып,

Мазасын тіршіліктің кетіргеміз.

Тіршілікте біреуін біреу күндер,

Бізге жат – өлі кімдер,

Тірі кімдер...

Жиылып, Жер шарының жетімдері,

Алдында Ақиқаттың бірігіңдер!

 

La voix des orphelins

Nous sommes

Orphelins,

Oui, orphelins !

Dans la fournaise de l’été,

Pendant les neiges glaciales

De février,

Nous demandons

A ce monde cupide

De nous racheter,

Nous qui avons perdu la paix

De notre vie quotidienne.

Nous sommes orphelins !

Nous sommes orphelins !

Nous passons notre vie à changer

Le globe terrestre en ballon,

Nous ne mourrons pas en vain,

Ne nous plaignez pas,

Ne criez pas,

Ne criez pas sur nous,

Ne criez pas !

Faisant de chaque porche notre refuge,

Nous passions par-dessus la tête

De toutes sortes de gens (mêmes des odieux)

Parce que nous sommes orphelins,

Ne nous plaignez pas, ne criez pas

Sur nous,

Nous sommes orphelins !...

Si on naît par paires, c’est par paires qu’il faut quitter ce monde,

S’en vont l’été sans visage et l’automne impersonnel,

Si dans ce monde périssable existe la mort,

Existent aussi les orphelins,

C’est pour mourir que nous sommes sur cette terre

Depuis toujours !

Nous sommes orphelins !

Nous ne sommes pas des voleurs,

Encore moins des bandits !

Pourrons-nous enfin effacer la tache éternelle

De notre malédiction.

Quand le froid féroce brûlait nos peaux,

Un mot doux réchauffait nos cœurs.

Nous ne blessons nulle âme vivante autour de nous,

Mais est-il encore des hommes à l’âme vivante ?

Peut-elle être rassasiée de bien, notre espèce ?

Nous sommes orphelins,

Oui, orphelins !

Biens que nous nous soyons fait un nom, orphelins sans nom nous restons,

Poursuivant le globe terrestre comme un ballon,

Nous ne faisons que perturber le calme de la vie quotidienne ;

Sur notre vie quelqu’un trouvera toujours à redire.

Nous sommes étrangers à ceux qui sont morts

Et à ceux qui vivent…

Orphelins de toute la terre,

Unissez-vous

Et restez unis face à la Vérité !

Nous remercions Monsieur Moursal-Nabi Tuyakbaev, attaché culturel près l'Ambassade du Kazakhstan en France, pour son aide et ses précieux conseils. Ce post n'aurait pu exister sans cet infatigable promoteur de la culture de son pays.

27/12/2010

Poètes d'Europe

44 week-ends... 44 poètes venus de tous les pays d'Europe et Ambassadeurs de "Poetas del Mundo", une des plus dynamiques associations au monde consacrées à la poésie, fondée par le grand poète chilien Luis Arias Manzo, avec déjà plus de 7000 membres.

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