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16/04/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, II-027

Le messager reçut de nombreux biens. On lui ordonna de partir et de tenir sa langue. Les hauts prêtres s'entretinrent afin de trouver le moyen d'abattre celui qui s'était fait désigner comme le roi du prochain Printemps Sacré. Il avait annoncé sa venue prochaine. Tout serait combiné pour sa chute à son arrivée. Plusieurs auraient préféré abattre sa superbe dans son fief. La majorité refusa. Le bruit de l'usurpation s'étant répandu par tout Aryana, son humiliation serait publique. Elle aurait lieu devant leurs autels sacrés. Nul autre site ne serait plus propice.
L'unanimité se fit autour de cette idée. Ils la peaufinèrent les jours suivants. Chacun était prêt quand, accompagné du roi sacrilège, l'homme désigné par fraude pour mener le prochain Printemps Sacré se présenta aux portes de la cité sanctuaire. Ils l'attendaient. Ils avaient inspecté tout le pourtour des autels, au cas où au lieu d'avoir su faire parler les pierres, le prêtre félon aurait eu recours à un complice qui s'y cachait. Il ne recommencerait pas ici. Personne ne s'en approcherait à moins de cinq pas, qui ne soit connu d'eux. Sur la suggestion du chasseur de maléfices, cette distance fut étendue à dix. Une précaution exagérée, de son propre aveu, mais il s'en voudrait toujours si celui qui faisait parler les choses, comme lui, faisait encore illusion à la plus courte distance. À celle qu'il imposait, tout risque était conjuré.
Sans perdre de temps, ils firent annoncer qu'en ce jour favorable, ils feraient un grand sacrifice de réception pour demander aux dieux du serment et de la punition du parjure de se prononcer sur le prodige qui avait fait du mignon du roi des rois le meneur de la prochaine conquête, et de son prêtre le premier servant de la fécondité. Se voyant déjà désigné et accepté à ce poste, le traître aux siens voulut se mêler à ceux de son futur rang, tout près des autels. Il n'en était pas question. En un tel lieu, il lui eût été aisé d'accomplir ses maléfices. Et il était trop tôt pour le faire récuser par l'autel lui-même. Aucun des prêtres opposés à l'usurpation ne tenait à dévoiler leur arme. À la fin, le grand prêtre en personne lui ordonna de rester avec ceux de son clan, jusqu'à ce qu'il l'appelle auprès de la pierre où il sacrifierait. Il consentit à attendre.

15/04/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, II-026

Ils étaient peu, dans ce village, à douter de l'imposteur. Tous ou presque l'auraient suivi, s'il le leur avait demandé... avant la révélation de l'animal voix des dieux. Maintenant, tous, à commencer par ceux qui y croyaient avec le plus de fanatisme, l'auraient mis en pièces, lui et ses complices. Déjà ils parlaient de prévenir tous leurs voisins, et de leur rapporter l'avis divin. Le messager ne doutait plus. Lui et le prêtre partirent sitôt que, à ce qu'il sembla aux villageois, la chèvre eût fini de parler. Il y eut quelques-uns d'entre eux à établir un rapport entre leur présence et les paroles de l'animal. Ce ne fut pas dans le sens du scepticisme. La bête n'avait pu parler que par une faveur de ces voyageurs, dieux sous défroque humaine. Très vite se répandit la légende qu'ils étaient venus en personne se plaindre du sacrilège dont ils avaient été victimes. Les deux héros ne le surent que plus tard... Ils en crevèrent d'orgueil, dit-on.
Le messager jubilait. Les basses manœuvres des ennemis des prêtres et de leurs complices échoueraient. Son avenir s'annonçait radieux.
Ils arrivèrent à Kerdarya. Le prêtre fut mené sans délai au temple de Dyeus Pater, saisi aux épaules et embrassé par le premier des bhlaghmenes comme un égal. Il lui demanda sans tarder une démonstration. L'autel du dieu du jour parla : l'usurpation serait décapitée et arrachée. Même prévenu, il fut tout surpris. Il regarda derrière. Non, personne ! Il revint vers le magicien, soulagé comme les malheureux à qui on a arraché la dent qui leur élançait. Sa vengeance, et leur triomphe, ne tarderaient plus.
L'arrivant pouvait bien être leur futur sauveur, il puait trop. Il lui dit d'aller se laver et de revêtir sa robe de chasseur de maléfices. Deux pas du soleil après, tout luisant de propreté à en paraître écorché, la barbe et les cheveux bien peignés (Il avait pourtant utilisé pour les lisser, négligeant le peigne d'os qu'on lui avait offert, une simple branche épineuse.), il s'était présenté devant le conseil des prêtres rameuté à la hâte. Il avait, dans sa robe parsemée de fils rouges, une allure décidée et conquérante. Les participants à la réunion, qui se souvenaient de sa description peu flatteuse, hésitèrent à le reconnaître. Il avait à l'appui de ses prétentions le témoignage du messager. Il pouvait certifier ses pouvoirs et les réactions quand il les avait manifestés. L'assemblée écoutait. Il eut tout le loisir de s'expliquer. Le premier prêtre jugea une démonstration plus éloquente que tout discours. Il lui en demanda une. Démangé depuis le début par l'envie de briller devant tous ces prêtres dont il avait longtemps oublié, dans son exil, qu'il était l'égal, il s’exécuta. Il fit dialoguer les autels entre qui il se trouvait. Même si leurs deux voix se ressemblaient, il aurait fallu ne pas être émerveillé par sa prouesse, qui retenait toute l'attention, pour le remarquer. Seul le messager le nota. Il lui en parlerait. Il saurait y remédier.

14/04/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, II-025

Le serviteur fielleux se dirigea vers la hutte où il dormait, avec quelques bestiaux et la volaille. C'était pour le putois, même si on l'avait gavé à le transformer en boule, un but de visite d'un rare intérêt. Il ne manqua pas de s'y rendre au plus haut d'une Brillante ronde à souhait. L'astre joufflu fut son avant-dernière vision. La dernière était l’ombre du fléau qui lui cassa les reins.
Quand les visiteurs se réveillèrent au matin, le magicien s'étonna de ne pas voir son favori. Il l’appela, mais il ne vint pas le rejoindre. Peu après, un paysan, portant son cadavre, arriva. Le visage du magicien se ferma. Il lui demanda où il avait trouvé la dépouille de son ami.
Le paysan l'amena auprès d'un tas de fumier, et lui montra des traces de pas. Sa religion fut vite faite. Le coupable était celui dont on s'était tant gaussé la veille. Quelle punition lui infliger ? Le putois n'était pas son totem, juste son familier. Et s'il est mal considéré de tuer un petit animal, un serviteur doit défendre la basse-cour. Il s'en tirerait avec une simple bastonnade, à peine appuyée... Une perspective insupportable.
Une chèvre arriva, gambadant, guillerette. Que venait-elle les déranger ? Son arrivée détendit l'atmosphère. Elle vint se frotter au serviteur :
– Simplet, Simplet, pourquoi n'es-tu pas venu cette nuit, comme d'habitude, faire l'amour avec moi?
Le messager tiqua. C’était mot de prêtre. Une chèvre eût dit *****, bourrer. Qui d’autre s’en soucia, ébloui du prodige ? Les joues du maître se gonflèrent d'un coup. Ses bras se raidirent. Le voyou ! Lui, ça, avec sa chèvre ! Quelle puante infamie ! Il courut prendre un fagot d'épines bien dures. Il commença à l'en bastonner.
– Mauvais chien ! Une bête si bonne jusqu'alors. Elle a avorté deux fois cette année ! Je comprends ! Elle n'a pas voulu mettre bas un monstre.
Les autres s'empressèrent d'aller chercher qui des bâtons, qui d'autres fagots. Il fallut que son maître, conscient qu'un serviteur coûte cher, arrêtât de le frapper et criât à ses voisins d'en faire autant, pour que son supplice cessât.
Les deux visiteurs regardaient la scène, sérieux comme à un enterrement. Le prêtre fou avait montré son pouvoir. Le messager avait repris espoir. La chèvre parla à nouveau :
– De telles abominations n'ont pu avoir lieu que parce qu'un imposteur prétend mener le Printemps Sacré. La nature, d'horreur, se révolte. Comme aux temps de chaos, les animaux parlent, les espèces se mélangent. Seuls le Premier prêtre ou le grand Oracle sauront vous dire qui en est digne. N'écoutez personne d'autre et chassez qui dirait le contraire !

 

13/04/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, II-024

Il regarda de côté celui sur les épaules de qui tout reposait... Serait-il à la hauteur ? Ah, obtenir une preuve décisive, et qui le rassure, avant d'arriver à Kerdarya !
Ils finirent leur repas. Le magicien buvait plus que de raison, mais se tenait bien et faisait bonne figure. Leur échanson était un gnome au regard ironique qui, chaque fois qu’il croyait ne pas être vu, s'emparait d'une lèche de viande ou buvait une furtive gorgée de bière au cruchon qu'il apportait. Le messager le surprit et s'en plaignit à son maître. L'hôte haussa les épaules.
– Ah, oui, c'est bien son genre. Je le ferai bastonner pour ça, si vous voulez.
– Fous-lui un bon coup de pied dans les fesses, ça sera bien suffisant.
– Ah non !
– Pourquoi ? C'est très bien pour un serviteur qui chaparde. Ni trop indulgent, ni trop cruel.
– Regarde-le un peu ! Il est bête à faire sous lui, et il le fait. Eh toi, simplet, tourne-toi !
Le serviteur leur montra son séant. Sa tunique y était d'un marron sale, maculée comme la croupe des bovins qui s'assoient dans leurs bouses. Le maître raconta combien il était stupide et malpropre, ne comprenant rien aux ordres et faisant devant tout un chacun comme même les chiens ont désappris de le faire. Il écoutait d'un air niais. Sa stupidité jouée lui évitait bien des corvées ; sa malpropreté lui permettait bien des vengeances, mesquines, mais toujours agréables. Ils éclatèrent de rire comme devant un bossu ou un bancroche. Ils échangèrent des paillardises et se moquèrent du pauvre hère, coi. Son statut lui interdisait de répondre. Très vite, il fut l'objet de la risée publique. On l'invita à boire jusqu'à plus soif. Un serviteur ivre conforte le sentiment de supériorité des hommes libres. Rage au cœur, plein de mépris pour ses tourmenteurs, il s'exécuta. Sous ces dehors de soumission et même de participation à son avilissement, il voulut néanmoins préserver sa dignité bafouée. À défaut de son maître, il se vengerait des hôtes, cause de son humiliation.
L'heure du sommeil arrivait. Les brimades cessèrent. Pendant que les voyageurs se dirigeaient vers la maison des hôtes, le putois du plus âgé de ceux qu'il estimait cause de son tourment vint lui flairer les jambes. Il n'avait rien contre l'animal, même si son maître le respectait plus que lui, mais il paierait la honte subie. Qu'il ait un instant l'occasion de pouvoir, sans risque, s'en prendre à lui !

12/04/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, II-023

Le prêtre fou (il persistait à l'appeler ainsi) désigna le putois qui avait parlé. Bien que le messager trouvât l'animal, à qui il manquait une oreille et la moitié des poils sur le flanc droit, répugnant à l'extrême, il fut tout prêt à lui passer ce caprice. Il fallait à tout prix que celui qui faisait parler les bêtes soit au plus tôt devant le premier prêtre. Beaucoup avaient déjà ouï dire que les dieux avaient désigné le meneur du prochain Printemps Sacré. Lui-même y avait cru dur comme roc avant d'avoir été mis au courant de la supercherie. Pourvu qu'ils arrivent à temps pour triompher de la fraude. Le moment était proche où trop de gens seraient convaincus par le sacrilège pour qu’on puisse l'arrêter.
Le prêtre fou était de cet avis. Son opinion se mêlait d'un relent de fureur. S'en voulait-il de ne pas avoir songé à utiliser son don pour parvenir au plus haut de la hiérarchie, ou était-il effaré à l'idée qu'un de ses pairs l'ait utilisé pour trahir les siens ? À peine lavé, couvert d'une vieille tunique et monté sur son cheval, le putois galeux dans une besace, il le pressa pour qu'ils se mettent en route sans délai.
Jour après jour, à mesure qu'ils remontaient vers Kerdarya aux beaux sanctuaires, ils éprouvaient le succès de l'imposture. Ce n'étaient que des : « Il paraît », « À ce qu'on dit », mais ils demandaient trop à devenir des certitudes. Ils assuraient qu'il n'y avait rien de vrai dans tous ces racontars. Ils ne convainquaient qu'à moitié. La contrer devenait une urgence absolue.
L'angoisse s'empara dès lors du messager. Son compagnon serait-il de taille ? Il ne l'avait vu à l'œuvre qu'une fois, quand il avait fait parler son putois. Le prodige l'avait impressionné. Le temps passant, il commençait à douter d'en avoir été témoin. Dans trois jours se profilerait la polis de Kerdarya, et il n'avait plus eu l'occasion de faire montre de ses pouvoirs... S'il les avait perdus... Si même il ne les avait jamais possédés ?
Cette nuit encore, ils s'arrêtèrent dans un village bruissant de la rumeur de la fausse prophétie. Son premier prêtre semblait encore sceptique, mais le reste du wiks bouillonnait d'enthousiasme à l'idée que l'on avait trouvé le meneur du prochain Printemps Sacré. Le messager avait beau certifier que personne à Kerdarya n'était certain de rien, chacun s'imaginait que c'était plus une de ces précautions des première caste que la marque d'une réelle ignorance. L'imposture était enracinée dans les cœurs et les esprits. L'en arracher serait rude !