Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

18/02/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-128

Les acolytes apportèrent le reste des pièces de bœuf, énormes, sanglantes. Ils les lancèrent au milieu des flammes ardentes. Elles cuirent en grésillant. Les villageois, yeux écarquillés, bouche bée, un sourd gémissement s’exhalant du fond de leurs gorges, contemplaient le spectacle, incrédules… Quoi dire, quoi faire ? Leur colère se terrait sous la crainte rongeante du sacrilège. À voir cette viande délicieuse, si près, si inaccessible, se consumer, se racornir, se carboniser, des râles sortaient de leurs bouches aux lèvres tremblantes. Deux d'entre eux, ne redoutant pas d'insulter aux dieux, tentèrent de saisir un morceau de la chair consacrée pour la leur voler.
Le premier impie en fut quitte pour de légères brûlures. Son sort encouragea un autre profanateur. Il eut moins de chance. Les branchages enflammés au-dessus de là où il dérobait aux dieux leur juste part s'écroulèrent sur sa tête. Ils l'assommèrent d'un coup, l'abattirent au milieu des braises. Il ne se releva pas. Son sacrilège avait reçu sa sanction. La vision calma les appétits. Immobiles, rage au cœur, ils assistèrent, dans l'odeur de chair carbonisée, à la fin de la taurilie.
Les hôtes attendirent, patients, l'extinction du bûcher. Il n'en restait plus que des cendres et quelques os noircis. Ils attesteraient que d'énormes pièces de bœuf et un ennemi des dieux, victime de leur justice, s'étaient consumés. Ils prirent aussitôt congé sans espoir de retour. Ils passèrent devant un petit tertre, non loin du cercle des huttes. Un enfant mort y était exposé. Un guerrier héla Kleworegs. Le minuscule cadavre qu'il avait vu, attendant que les chiens errants viennent le dévorer, avait bien forci. Ce n'était pourtant pas si vieux. Il y était à l'aube. C'était la première chose qu'il avait aperçu en sortant, de bon matin, prendre l'air et se soulager.
Que lui importait l'exposition des mort-nés ou mal formés de ce cloaque ! C'était trop tard. Il eût fallu, pour l'honneur d'Aryana, que leurs pères eussent subi ce sort. Inutile de s'y attarder, ou de répondre. Il fit la sourde oreille...
Ils s'éloignèrent, sans se retourner, en direction de leur village.