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05/03/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-143

... Je m’étais inquiété. Ce régime – graines et racines – nous affaiblirait. Les premiers à accepter de s'y prêter s'en étaient fort bien portés. Ils semblaient même plus solides. Je demandai à tous de les imiter, et leur montrai l'exemple. Cette plate nourriture, que seuls des bouts de viande venaient relever, nous profita. Je ne sais toujours pas pourquoi. Une lune durant, nous n'avions mangé que ces rogatons ; les beaux jours revenus, nous nous sentions mieux que jamais. Depuis, en hommage à Bhagos, et malgré nos réserves pleines, nous faisons toujours ainsi... Ne t'inquiète pas ! Nous nous rattrapons le reste du temps...
... Tous les jours, nous nous entraînions avec nos nouvelles armes… si dures, si solides ! À mesure qu'elles arrivaient, nous donnions à nos armuriers nos vieux cuivres... D’un cimetière de glaives ils faisaient un berceau. Nous comparions nos lames aux anciennes : Nulle commune mesure ! Leur seul défaut était leur poids. Certains le trouvaient excessif... Nous n'étions pas des mauviettes. Au bout d'une courte lune, elles nous semblèrent roseaux. En duel, mes hommes luttaient maintenant à armes égales. Une nouvelle hiérarchie s'établissait, au profit des plus habiles. Plus tard, les forts reprendraient leur prééminence. Qu'importe, il y aurait une énorme différence entre ce temps et avant. Alors, même nos héros n'espéraient pas étendre leur renom plus loin que notre enclos. Désormais, il se répandrait partout, et d'abord sur nos rivaux en tournoi...
... Un tournoi. Ce serait mon prochain objectif. Avant de choisir nos champions, je fis livrer des assauts à tous mes guerriers. À ma grande joie, toutes les victoires résultèrent de la seule force des hommes, non d'un bris d'arme. Ces duels m'avaient instruit sur la valeur de chacun. Je savais mes lames invincibles. Nous étions fin prêts...
... J'aurais voulu que Pewortor soit des nôtres. Je l'avais invité à nos entraînements. Créateur des glaives, il les connaissait le mieux. Nombre de guerriers s'essaieraient contre lui pour en devenir aussi experts. Cette idée ne tenta personne. De crainte de sa force de mange-miel, de mépris de son moindre statut, nul ne vint lui livrer bataille. Je fus le seul. J'acquis dans ces duels une puissance au combat sans pareille, que je n'aurais sinon jamais eue. Je ne concevais pas qu'un troisième caste vainquît son roi, pas plus qu'il n'admettait de rendre les armes devant moi. J'y allais au bout de mes forces, lui prescrivant bien – avis inutile – de ne pas me ménager. Ces rencontres me donnèrent les moyens de vaincre de vrais colosses. Je ne regrettai ni mes plaies, ni mes bosses...

04/03/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-142

LE TOURNOI

Le soleil était au plus haut. Ils s'arrêtèrent manger. Leur départ prématuré les avait mis très en avance. L'inhumation de leur nouveau frère ne les avait guère retardés. La sieste fut longue ce jour-là.
L'ultime sommeil seul est éternel. Repus, reposés, forces revenues, ils se remirent en route. Chacun, du roi aux captifs – mais qui se souciait de leur avis ? – se sentait bien. Nul ne traîna. Même les Muets, pourtant promis à une proche servitude, avançaient d'un bon pas.
Tout était calme. Ils n'avaient qu'à laisser aller leurs bêtes. Le chef de patrouille revint à la charge auprès de Kleworegs. Était-il meilleur moment pour entendre l'histoire de son raid ? Il n'était pas encore disposé à en parler, mais lui dirait la suite de ses débuts, s'il voulait. Il voulait bien. Il n'attendait que ça. Il se racla la gorge. Une voix claire agrémente un récit.
– J'avais réussi, tu t'en souviens, à obtenir tout le métal blanc qu’il nous fallait, et au-delà. En même temps, Bhagos avait favorisé notre chasse. Nos réserves de gibier suffiraient pour passer la mauvaise saison. Nous n'en continuions pas moins à amasser de la venaison et à la fumer sitôt nos proies abattues. Pour leur part, Punesnizdos, Pewortor et Egnibhertor leur parent, alors maigre comme une arête de brochet, s'échinaient dans leurs forges. À leurs côtés s'affairait une petite troupe d'aides. Ils semblaient, après des années à cultiver ou paître, avoir tout oublié de leur art. Cet oubli ulcérait Pewortor. Il les abreuvait d'injures, leur faisait honte de leur maladresse... toute provisoire. En une lune, ils retrouvèrent toute leur habileté. Jour après jour, les belles et lourdes épées martelées, identiques à, voire plus belles que celles qui avaient servi à ma démonstration, sortirent de leurs ateliers, fortes, sans défaut...
... Cet hiver-là nous fut cruel. La chair de nos bœufs, fumée pourtant avec grand soin, s'était corrompue. Malgré nos réserves de venaison, nous n'avions à nous mettre sous la dent, à la fin de la saison froide, que des mets de serviteurs. Peut-être, à nous seuls, aurions-nous eu assez de viande, mais les forgerons, je l'avais résolu, mangeraient comme nous. J'avais besoin de leur force. Ils nous avaient tant aidés, et continuaient. Quoique nos inférieurs, ils méritaient certains égards...

03/03/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-141

Il fut rassuré sur les sentiments de son patriarche. Il ne les avait pas reniés. Il s'enquit du sujet de ses réflexions.
– Ah, tu penses à ton enfant ! ... Tu espères que ce sera un garçon !
– J'en suis sûr (Était-ce pour se rassurer, ou avait-il une certitude, à coup sûr d'origine divine ? ). J'ai fait les sacrifices, accompli les rites et les oblations, versé les trois liqueurs sur les feux sacrés. J'ai déjà sacrifié un bélier à Wulkanos, et promis à Pewor et Egnis les dieux-feu de leur en offrir un autre, en sanglant hommage, s'ils me donnaient un fils. Ils me savent de parole. Pourquoi refuseraient-ils un nouveau fidèle ? J'ai mis toutes les chances de mon côté. La mère est la seule fille, et la dernière-née, d'une famille de huit enfants. Tout indique, et laisse espérer, que j'aurai enfin un enfant mâle... Il le faut, sinon je serai obligé d'en faire un à une servante, et de l'adopter... Ça ne me sourirait pas du tout.
– Tu ne vas pas faire ça ! Ta famille est d'une lignée sans fin de forgerons, depuis que le métal existe. Ça fait plus de générations qu'un homme n'en saurait compter, et même concevoir. Aucun de nous n'ira te reprocher ton élévation. Elle nous fait plaisir, au contraire. Elle présage la nôtre, qui viendra bientôt, comme tu nous l'avais prédit quand nous en doutions tous. Adopter un fils fait à une servante serait déchoir. Il doit être issu de deux irréprochables lignées d'hommes du métal. Ce sera le cas si ton épouse accouche d'un garçon. Nous aussi, nous avons sacrifié pour que tu connaisses ce bonheur. Si tu fais porter ton fils à une sans-caste, et même si, de par nos lois, il appartient à la caste de son père, chacun saura où il a germé. Les satiristes en parleront. Il souffrira de cette part mauvaise toute sa vie. Aucun respect pour lui, surtout parmi les neres dont il sera. Non, cela ne sera pas. Je sacrifierai aux dieux d'un nouveau bélier, si tu as un fils.
– Merci, frère ! Que pour ce geste de grande piété et d'amitié, Wulkanos favorise ta forge et donne sa vigueur aux armes que tu y ouvres.
– As-tu trouvé des captifs pour nous aider ?
– Pas des quantités. Il y en a une petite dizaine qui feraient l'affaire.
Ils s'arrêtèrent un instant. Les Muets entravés arrivaient à leur hauteur. Pewortor lui en désigna quelques-uns, à mesure qu'ils passaient.
– Que penses-tu du grand sec, là-bas ? Il ne paie pas de mine, mais on dirait ses muscles de pur métal. Et le petit râblé, là ? Il ne serait pas mal non plus ! Oh, celui-là, il nous le faut. Le brun, plus loin, avec son nez épaté. Regarde-moi ce torse de mange-miel, et ces bras comme des cuisses ! D'accord, il est un peu court sur pattes, mais il fera un aide remarquable.
– Il faudrait que ton fils soit bâti comme lui... Enfin, pour le haut. Il est trop bas du cul.
– S'il est comme ses père et mère, il sera un roc. Pour ça, je ne m'inquiète pas, va !

01/03/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-139

– Tu le sais aussi bien que moi, tu m'y as accompagné depuis la première. Treize. Oui, déjà treize, et j'en ai ramené chaque fois abondance de butin et de cheptel. Grâce à elles, ma maison est remplie de richesses, mes enclos et mes pâturages de bétail. Tous les miens y ont accumulé beaux bovins, splendides chevaux, solides serviteurs. Le plus pauvre de notre clan passerait pour le plus riche de bien d’autres. Comment oublierais-je le nombre de campagnes qui m'ont tant apporté ?

– Alors, les dieux te favorisent, oui ou non ?

– Thonros m'a favorisé, mais je ne puis en dire autant des Jumeaux de la fécondité. Ils ne m'ont donné jusqu'à présent que des filles. Pourvu qu'en parlant de ce fils à venir, je ne les ai pas irrités !

– Ne t'inquiète pas, si c'est un garçon qui doit t'échoir, même eux n'y peuvent plus rien changer... Si ça doit te rassurer... As-tu bien accompli tous les sacrifices que je t'ai prescrits ?

– Bien sûr ! Cette année, après chaque assaut, je t'ai donné ma plus belle prise sur ma part de butin, pour que tu l'immoles en oblation aux jumeaux et à Bhagos afin qu'ils m'accordent, enfin, un garçon. J'en ai même négligé notre grand dieu Thonros, et délaissé ses autels.

– Tu as vu. Il ne t'en a pas tenu rigueur. La victoire a toujours et sans discontinuer accompagné tes pas. Tu m'as même dit que c'était ta plus belle campagne. Allons ! Thonros sait l’importance, pour un guerrier, d'avoir un fils. Il sait que tu l'élèveras pour en faire un grand ner ghwen, un tueur de seigneurs. Pourquoi se serait-il offusqué ?

– Tu en es bien certain ?

– Enfin, qui de nous deux est prêtre ? Bhagos est, avec Dyeus Pater, le plus puissant dieu. Comme lui, il régit tous les hommes, de quelque caste qu'ils soient, et même ceux qui ne sont pas de notre race. Il est le peseur et le distributeur. Avec lui à ton côté, ton triomphe est inéluctable. S'il s'éloigne de ton flanc et détourne de toi sa face, Thonros lui-même n'y pourra rien. Le sang se figera dans les vaisseaux de tes guerriers. Leurs coups les plus forts porteront moins que des soufflets d'enfant. Aie confiance ! Tu honores Bhagos et Thonros avec une grande et égale piété. La fortune des armes t'a souri. Le bonheur d'avoir un fils suivra.

J'y compte bien ! Oh oui, je compte bien avoir un fils !

28/02/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-138

– Je suppose que...

– Foin de suppositions ! Puisque tu veux mettre à l'épreuve mon savoir et mon jugement, écoute bien ma réponse. Tu devras faire la même, un jour, si ton fils t'interroge à ce sujet. Que le nom de ce Muet ait été impur mensonge est la chose la plus facile du monde à comprendre. Il lui a été donné par ses dieux et leurs prêtres. Sa défaite prouve leur insigne faiblesse et leur inanité. D'ailleurs, quand, parlant des Muets, j'ai dit dieux et prêtres, j'aurais dû dire démons et sorciers. Tu aurais trouvé plus vite. Ne t'illusionne pas, si vous avez vaincu, c'est que des dieux plus forts par nature que leurs démons, évoqués par des prêtres plus sages que leurs sorciers, vous prêtaient main forte. Nos dieux n'ont-ils pas prouvé leur supériorité, et nos ennemis ne l'ont-ils pas reconnue, quand ils ont cessé de se battre et se sont rendus, aussitôt leur chef mort. Ils ont tout compris. Les promesses de victoire de leurs soi-disant prêtres n'étaient que mots creux. Les dieux, combattant à vos côtés, avaient résolu leur défaite voire, s'ils persistaient à lutter, leur fin. Il ne leur a pas non plus échappé qu'ils vous avaient donné une vigueur supérieure à la leur, et nimbés d'une aura de victoire, signe tangible de leur perte imminente. C’est notre oeuvre. Nous savons les mots pour attirer leur soutien. Par le canal de nos oraisons, leur force vient jusque dans vos muscles et en déborde comme une cape d'invincibilité. Voici la supériorité de nos dieux et de nos prières, qui donnent à côté de la victoire au combat épouses fécondes, gras bétail, sillons débordant des fruits de la terre.

Il était rare qu'il soit aussi disert. Comme à l'habitude, il n'avait pas manqué de célébrer le rôle et l'importance des siens. Qu'ils tiennent tant à le rappeler n'était pas innocent. Ou ils doutaient de leur puissance, ou elle était quelque peu vacillante... Il s'en souviendrait. En attendant d'en savoir plus, il le flatterait, et l'assurerait de sa piété et de son respect.

– Je sais, voix des dieux. Tous ceux d'Aryana, qu'ils guerroient ou produisent, vous respectent et vous honorent. Moi, ton roi, plus encore.

– Pas encore assez, cependant. Tu as souvent tendance à ironiser... Et il y a ce vieil arrangement du début de ton règne, que tu n'as toujours pas voulu reconsidérer. Écoute ! Regarde le cours de ton destin, vois combien ils te favorisent... Grâce à nous. Nous ne passons pas une journée sans demander pour toi leur bienveillance et leur appui... Réfléchis avec moi un instant. Combien as-tu déjà fait de campagnes ?