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29/01/2011

Poètes d'Europe - Jüri Talvet (Estonie)

Juri_talvet.JPGJüri Talvet (né en 1945) est depuis 1992 titulaire d’une chaire du Professeur de Littérature Etrangère à l'Université de Tartu. En plus de nombreux textes universitaires, il a publié un certain nombre d'essais, dont certains ont été traduits en anglais, en espagnol et en catalan. En tant que poète, il a publié de 1981 jusqu’à ce jour huit recueils en estonien, tandis que deux anthologies de son oeuvre poétique ont été éditées en traduction en anglais (Élégie estonienne. Poèmes Choisis. Traduit par H. L. Hix. Toronto : Guernica, 2008; De neige, d'âme. Poèmes. Traduit par H.L. Hix. Toronto : Guernica, 2010) et espagnol (Elégie estonienne et autres poèmes. Traduit par l’auteur et Albert Lázaro-Tinaut. Valence : Palmart Capitelum, 2002; Du rêve, de la neige. Traduit par Albert Lázaro-Tinaut. Zaragoza : Olifante, 2010).


POEMES DE JÜRI TALVET  (Estonie)

Traduits en français par Athanase Vantchev de Thracy

LUULETUSED JÜRI TALVET (Eesti)


EN SORTANT DU VERT

Peut-être avais-tu peur de dire que le sapin est vert
Ou que le châtaignier printanier est une cathédrale
Ornée de candélabres ?
Craignais-tu qu'on te confondît avec l'aiguille du sapin
Ou avec la châtaigne ?
N'aie pas peur : c’est ainsi, ce sera toujours ainsi.

(N’aie pas peur d’avoir peur : l'amour est impossible - les Celtes
Le savaient déjà - en tout cas, l’amour impossible est
L'unique amour possible.)


VÄLJUMINE ROHELISEST

ah kartsid öelda et kuusk on roheline?
et kevadine kastan on kroonlühtrites
katedraal?
kartsid, et sind võidaks pidada kuuseokkaks?
hobukastanimunaks?
ära karda. niikuinii on. niikuinii oled.                                     

(võimatu armastus, ära karda – juba
keldid teadsid seda – niikuinii
on ainus võimalik)


VILNIUS SOUS LES EAUX

C’est bien que l'herbe soit encore verte ici
Et les traits des visages ne soient pas
Tirés au point de cacher leur désarroi.
Un cafard sous sa carapace dure
Se rue avec une bravoure soudaine vers
Le locuteur à travers le parquet qui devient
Un désert. Contre des phonèmes aussi anciens
Que
Σ ou Ω taillés dans l'ambre épais
Provenant d’une obscure forêt native
Des Hespérides,
Toi, Lemuel, tu te sens embarrassé,
L’idiome de Laputa sur ta langue
Fait soudain comme des nœuds
A ton insu. Tu devras lever la tête
Et regarder au-dessus du niveau de l’herbe
Pour voir comment un mont, pareil à l’ombre rapide de Gregor,
Se dresse devant toi dans cette cité engloutie.


VEE ALL OLI VILNIUS

Tore et roheline püsib siin roheline
ja jooned nägudel polegi nii
pinguli kistud et ei mahutaks
kohmetust Kõvakuubne putukas
sibab ootamatult vapralt konverentsi-
saali keskele siirdub otseteed
kõneleja poole parketil mis muundub
kõrbeks Olematu õhtumaakolka
raskest merevaigust häälikute vastas
mis on niisama vanad kui
Σ või Ω
kohmetud sina lemuel la puta keel
sinu keelel viskab sõlme sisse sinu
teadmata Pead pea püsti ajama
alt rohujuure juurest et näha kuidas
mägi – gregori kiire vari – libiseb
su peale veealuses linnas



LETTRE À ÁLVARO DE CAMPOS

Qu’est-ce la réalité ? Un tas d'os. Est-ce pour cela
Que nous bâtissons, est-ce pour cela que nous devons imaginer
Le mariage de la cendre avec l’aube en élevant les murs
D’une maison où peut-être un jour vivra une petite fille.


LÜHIKE KIRI ÁLVARO DE CAMPOSELE

Mis on tõelus? Hunnik luid. Sellepärast
ehitada, ainult sellepärast tuha ja koidu
segust kujutelmi – kõnelevaid seinu majale,
kuhu elama ehk tuleb üks väike tüdruk.


VOL VERS LA RUCHE

Les hirondelles se hâtent vers toi
Du coin de la rue,
On dirait les éclats d’un cœur.
Toi, tu es une d'entre elles,
On t’a envoyée,
Pour la première fois,
Seule au magasin.
A présent, tu regagnes ta maison :

Et tu cours, tu cours,
Tu souris, oui, tu souris,
Joyeuse, toute joyeuse,
Avec tes tresses rayonnantes,
Et ton petit cœur bat, bat fort,
Dans le sac, tu portes un pain,
Un grand, un bon pain de seigle Pärnu.


TA LENDAB MESIPUU POOLE

Pääsud vihvatavad välja
nurga tagant,
kuldsed südamekillud.

Üks neist oled sina,
esimest korda
üksipoodi saadetud,
nüüd teel koju:

jooksuga-jooksuga,
naerukil-naerukil,
õnnelik-õnnelik,
patside välkudes,
südame põksudes,
kotis raske päts
head Pärnu rukkileiba.

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