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19/04/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, II-30

– Ne croyez plus rien qui ne soit avancé par les hauts bhlaghmenes ou les oracles. Eux seuls, en ce qui regarde le Printemps Sacré, sont assez proches du divin pour parler vrai.
C'était une initiative du chasseur de maléfices. À voir les sourires de satisfaction des prêtres, elle était la bienvenue. Ils avaient, en un instant, recouvré une partie de leur pouvoir. Ils venaient de prouver, en un beau coup double, que les dieux ne les avaient jamais abandonnés et qu'un roi impie n'aurait jamais leur aval.
Tremblant de frayeur sacrée, les hauts rois virent le sacrilège et le mignon du premier d'entre eux, nus et recouverts d'une indélébile liqueur noire, chassés de Kerdarya. Que nul ne leur donne eau, nourriture, vêtement ou abri ! Ils étaient devenus animaux, non point loups qu'il faut tuer, mais qui méritent encore le respect, basse vermine dont le simple contact est souillure. Ils disparurent. Les bêtes des forêts à l'entour savent ce qu'ils devinrent.
Dans la foulée du terrible châtiment et de la mort du mauvais roi, on élut un nouveau regs regom. Il était, de tous les grands rois, le plus proche des souhaits des prêtres : Nul n'était plus prêt à leur obéir pour tout ce qui touchait au divin. Dommage qu'il ait une si haute idée de son rang. C'était, au vu de leurs projets, minime inconvénient. Il suivrait leurs directives pour le Printemps Sacré. Aucun risque qu'il soit détourné ou serve à l'élévation d'un de leurs ennemis.

Plusieurs lunes s'écoulèrent. Les signes et prodiges tant espérés ne se manifestaient pas. On murmurait contre les oracles. À quoi bon leur monopole des visions divines et de leur interprétation, s'ils ne voyaient rien ? Quelques porteurs de lin soudoyés et quelques guerriers, fidèles de l'ancien roi dont chacun avait oublié le nom, prétendirent avoir été touchés par l'aile du divin. Les puissances, à ce qu'ils disaient, étaient fâchées que les augures et les premiers servants des autels se soient arrogé le pouvoir de prophétiser, quand il avait de tous temps été accordé à chaque homme libre assez pieux. Ce n'était qu'un vague prurit, de l'énervement que les hauts prêtres affectaient de mépriser, laissant le nouveau roi le réprimer sans pitié. Il pouvait s'enfler, et tout emporter à nouveau. Ils commençaient, en cette saison froide où les hommes, réunis autour des foyers, parlent de tout et échangent des idées que l'oisiveté rend vite subversives, à le voir : L'absence de prophétie pour désigner le meneur du Printemps Sacré pesait. Il y avait eu trop d'espoirs fauchés par la chute des impies. Après un premier mouvement de colère envers eux, leurs dupes s'en prenaient, en termes voilés, à ceux qui leur avaient ôté leurs illusions. Et si bientôt, frustrées de leurs rêves de conquête, elles regrettaient l'ancien roi ?

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