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14/04/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, II-025

Le serviteur fielleux se dirigea vers la hutte où il dormait, avec quelques bestiaux et la volaille. C'était pour le putois, même si on l'avait gavé à le transformer en boule, un but de visite d'un rare intérêt. Il ne manqua pas de s'y rendre au plus haut d'une Brillante ronde à souhait. L'astre joufflu fut son avant-dernière vision. La dernière était l’ombre du fléau qui lui cassa les reins.
Quand les visiteurs se réveillèrent au matin, le magicien s'étonna de ne pas voir son favori. Il l’appela, mais il ne vint pas le rejoindre. Peu après, un paysan, portant son cadavre, arriva. Le visage du magicien se ferma. Il lui demanda où il avait trouvé la dépouille de son ami.
Le paysan l'amena auprès d'un tas de fumier, et lui montra des traces de pas. Sa religion fut vite faite. Le coupable était celui dont on s'était tant gaussé la veille. Quelle punition lui infliger ? Le putois n'était pas son totem, juste son familier. Et s'il est mal considéré de tuer un petit animal, un serviteur doit défendre la basse-cour. Il s'en tirerait avec une simple bastonnade, à peine appuyée... Une perspective insupportable.
Une chèvre arriva, gambadant, guillerette. Que venait-elle les déranger ? Son arrivée détendit l'atmosphère. Elle vint se frotter au serviteur :
– Simplet, Simplet, pourquoi n'es-tu pas venu cette nuit, comme d'habitude, faire l'amour avec moi?
Le messager tiqua. C’était mot de prêtre. Une chèvre eût dit *****, bourrer. Qui d’autre s’en soucia, ébloui du prodige ? Les joues du maître se gonflèrent d'un coup. Ses bras se raidirent. Le voyou ! Lui, ça, avec sa chèvre ! Quelle puante infamie ! Il courut prendre un fagot d'épines bien dures. Il commença à l'en bastonner.
– Mauvais chien ! Une bête si bonne jusqu'alors. Elle a avorté deux fois cette année ! Je comprends ! Elle n'a pas voulu mettre bas un monstre.
Les autres s'empressèrent d'aller chercher qui des bâtons, qui d'autres fagots. Il fallut que son maître, conscient qu'un serviteur coûte cher, arrêtât de le frapper et criât à ses voisins d'en faire autant, pour que son supplice cessât.
Les deux visiteurs regardaient la scène, sérieux comme à un enterrement. Le prêtre fou avait montré son pouvoir. Le messager avait repris espoir. La chèvre parla à nouveau :
– De telles abominations n'ont pu avoir lieu que parce qu'un imposteur prétend mener le Printemps Sacré. La nature, d'horreur, se révolte. Comme aux temps de chaos, les animaux parlent, les espèces se mélangent. Seuls le Premier prêtre ou le grand Oracle sauront vous dire qui en est digne. N'écoutez personne d'autre et chassez qui dirait le contraire !

 

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