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19/03/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, II-001

INTRODUCTION

Six fois déjà depuis le début du monde, les dieux avaient averti Aryana, assoupie dans sa prospérité et bientôt trop petite pour nourrir tous ses fils, d'envoyer ses cadets à la conquête de terres nouvelles. Six fois ils avaient désigné le but, six fois élu le guide... Et Aryana, chêne vigoureux poussant ses jeunes rameaux au sortir de l’hiver, avait, après chacun de ces Printemps Sacrés, crû et gagné en puissance.

... En ces jours, passé son poids de peines, était arrivé le temps du septième.



PROPHÉTIES ET PRODIGES

Sous l'épaisse fourrure, bouclier contre les rigueurs de la nuit d'automne, Reggnotis, prêtre émérite et membre éminent du collège des augures et des oracles, se tournait, se retournait. Il se sentait tout drôle, les tempes lui élançaient. Couvait-il quelque mal ? C’est fréquent en ces fins de saison. Le temps y varie comme l'opinion des femmes et des fous. De brusques bouffées fiévreuses le parcouraient, coulées de lave. Il se tâta sous les lourdes peaux. Pas la moindre chaleur ne s'en exsudait. Il s'était pourtant, surestimant le froid de la nuit, trop couvert. Il se passa la main sur le front. Les habituelles rigoles de sueur de la fièvre n'humectaient pas sa peau. Elle était sèche, presque rêche, trop, même. Elle aurait dû être moite sous le poids des couvertures et l'angoisse au plus profond de lui.
Il l'avait déjà éprouvée, en de rares et fugitives occasions. Elle avait marqué son esprit attentif à tout ce qui manifeste une présence inaccessible aux sens du commun. Les dieux allaient lui parler. Il se concentra, s'ouvrant au message qu’ils enverraient cette nuit. Pour n'en rien perdre, il se ferma à tout ce qui pouvait le brouiller. Il avait longtemps pratiqué l'art de s'abstraire du monde. Il ne fut plus, cette fois encore, qu'une oreille à leur écoute, un œil à l’affût de leurs visions.
Très vite, l’extérieur cessa d'exister… et c’était bien. Sa halte fourmillait, cette nuit, d'agitation. Il s’y criait, hurlait, aboyait, gémissait, mugissait, piaillait, en une cacophonie à fendre les tympans. Il n'en avait cure. Il était à l'écoute des dieux. Animaux ni hommes ne le sortiraient de sa transe.
… Pourtant. En ces heures où la Brillante entamait sa plongée vers le sol, comme pour s'y abîmer, des taureaux, nerfs mis à vif par leurs chaleurs, s'étaient libérés de leurs enclos et se répandaient, en mugissements et beuglements éperdus, par le village. Des paysans – presque tous, à bien y regarder. La solidarité entre producteurs voulait qu'on aidât ses voisins en peine – les poursuivaient, hurlant pour les remettre sur le bon chemin et les ramener à leur pacage. Cette poursuite était toute de mots. Ils n'aimaient pas sortir de nuit. Enfin les bêtes renoncèrent à enfoncer les enclos des vaches, et ne parurent pas vouloir aller divaguer hors du koimos. Ils retournèrent à leurs couches. Les chiens, à leur tour, se calmeraient. L'incident était si commun qu'ils ne se levaient pas toujours. Ils avaient été réveillés auparavant pour y mettre ce cœur.

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