Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

17/03/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-155

Le village était en vue. Ses discrets mais attentifs guetteurs distinguaient les arrivants, enseignes du clan brandies. Ceux restés comme les guerriers de retour prendraient tout leur temps pour peaufiner qui la réception, qui l'arrivée. Kleworegs ordonna de s'arrêter. Les récits des novices l'avaient frappé. L'imagination débridée du messager l'obligeait à soigner sa rentrée comme jamais. Il tourna et retourna dans sa tête toutes les possibilités de décorum offertes par le butin. Il partit vers l'arrière du cortège. Invitant les charrons à le suivre, il se dirigea vers les chariots bâchés remplis de richesses et d'objets étranges.
Ils eurent un court conciliabule. Le plus maigre lui désigna un des lourds véhicules, tiré par deux bœufs au pelage bis. Les autres descendirent de leurs bêtes et y pénétrèrent. Deux en ressortirent, tandis qu'un troisième leur faisait passer des morceaux de bois décorés. Ils les posaient par terre au fur et à mesure, dans un désordre, à voir leurs coups d'œil à chaque pièce avant, fruit d'une mûre réflexion. Enfin, ils reçurent une paire de roues, et leur compagnon sortit de sa caverne aux trésors itinérante.
La troupe comprit. Leur roi avait décidé de faire son entrée sur le char royal de Shumeru récupéré dans le butin pris aux Muets, bien plus beau et élégant de lignes que le sien, sobre dans sa décoration jusqu'à en paraître mal ouvré. Ce char, sa fierté, était bâti pour le combat. Malgré son plaisir à s'y tenir, celui-ci, gisant devant lui en pièces détachées, tout prêt à être monté, conviendrait mieux pour porter des vainqueurs défilant, diadème au front, sous les acclamations. C'est dessus qu'il pénétrerait dans son village. Ses portes venaient de s'ouvrir, béantes, pour l'accueillir à proportion de ses mérites.Ils étaient tout affairés à monter son char de parade. À mesure qu'il prenait forme, son visage s'allongeait. L'apparente fragilité des roues et de l'essieu le travaillait. La piste menant au village était cahoteuse et pleine d'ornières. Il aurait fière allure s'il se brisait !
Ces véhicules, d'après ce qu'il avait entendu de la bouche de captifs des Muets, parcouraient des “ routes ” et des “ rues ”, longs rubans de terre aplanie de village à village ou entre les maisons, libres de toute mauvaise pierre, aux ornières comblées. C’était très loin des aléas du vilain chemin. Mais il était si beau, avec ces reliefs sur tous ses panneaux ! Il se tourna vers les charrons. Ils le rassurèrent. Il était plus solide qu'il n'y paraissait.
C'était bien, mais ! ... Autant ne pas tenter Bhagos. Il l'utiliserait sur la plus brève distance, ne l'attelant qu'au tout dernier moment, avançant au pas le plus lent. Il appela de solides captifs pour le porter sur leurs épaules. Il leur fit distribuer, pour les encourager, le reste de venaison. Ils le soulevèrent, sans trop rechigner. Ils avancèrent, poitrine bombée. Pour une fois qu’ils allaient tout en tête ! Arrivés à mille pas de l'entrée, où la route devenait à peu près plate, ils firent halte. Ils reposèrent leur fardeau.

Les commentaires sont fermés.