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16/03/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-154

Leur honte de s’en être moqué à tort raviva encore plus leur foi en lui. Ils racontèrent, avec force gestes, comment l'infaillible messager les avait avertis de leur proche venue et leur avait narré tous leurs exploits. Ils n'en avaient rien oublié. On les célébrerait encore quand les fils de leurs fils seraient chenus.
Ils s'empressaient autour d'eux pour les fêter. Ils apprirent, surpris, combien ils avaient été courageux, merveilleux, géniaux, géants, terribles aux ennemis, féroces au combat, magnanimes dans la victoire, amasseurs de beaux butins, tueurs de rois et de seigneurs, et cent autres qualificatifs dont le moindre était déjà un immense honneur. Ils se découvrirent aussi, au travers de ces récits, une multitude de hauts faits dont ils avaient perdu le souvenir ou qu'ils étaient quasi sûrs de n'avoir jamais accomplis. Ce scepticisme ne dura guère. Ils se savaient guerriers hors pair. Entendre leurs fils leur attribuer ces prouesses ancrait et consolidait cette certitude. Ils n'en doutèrent bientôt plus. Ils ne s'étonnèrent que de les avoir oubliés. Un mauvais sort, sans doute ! Que son jeteur en crève !
À écouter tous ces contes, la nuit était tombée sans qu'ils n'y prennent garde. La fatigue avait eu le dernier mot. Tant les héros accomplis que ceux qui aspiraient à les imiter souhaitaient dormir. Ceux du raid étaient fourbus. Ils avaient apprécié la pluie de louanges. Étaient-elles sincères ? Ces jeunes étaient venus à leur rencontre pour échapper à la corvée de décoration... Ils en avaient fait autant avant eux. Sous prétexte de les préparer à leur avenir, ils les chargèrent de surveiller les captifs à la place des gardes. Qu'ils y mettent du zèle, surtout ! Kleworegs réservait aux négligents un sort terrible, à preuve l'histoire – dont ils avaient tu la fin – de Medhwedmartor. Les plus prolixes, aux images les plus terrifiantes, furent ceux contraints, depuis la halte au pied du grand arbre, de veiller toutes les nuits. Leur récit les frappa. Ils ne fermèrent pas l'œil un instant. C'était le prix des acclamations qui salueraient leur retour mêlés à la troupe. Toute le jour suivant, ils somnolèrent sur leurs chevaux.
Ils veillèrent encore le jour suivant. On fut plus indulgent pour eux la nuit d'après. Au milieu de leur veille attentive, des guerriers de l'expédition se levèrent, les invitèrent à aller dormir et les remplacèrent. Il fallait que chacun soit prêt, frais et dispos pour l'arrivée solennelle, le lendemain en fin d’après-midi selon toute vraisemblance. Trop heureux, ils partirent se reposer. Ils dormirent comme des souches. La journée à venir serait, sinon rude, fort animée. Autant l'aborder remis à neuf.

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