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14/03/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-152

Les envoyés étaient déjà partis. “ Venez, sauf à vouloir rater un marché comme encore jamais vu ! Kleworegs revient, chargé de gloire, de captifs, de butin ! ”. Tous leur promettaient de venir l'admirer ou d'amener du bétail. Ils le troqueraient contre une des étonnantes raretés qu'il rapportait de chacun de ses raids. Les prêtres avaient commencé les actions de grâces, préludes aux sacrifices que leur faible science du sacré leur interdisait d'accomplir (seuls ceux accompagnant leur roi et le soutenant au sein des bataille avaient, de par leur rang, le droit d'égorger porcs et taureaux sur les autels). En attendant, ils priaient, tant pour remercier Thonros d'avoir permis ce retour triomphal que pour implorer sa bienveillance envers les morts au combat... Pas tout à fait morts. Tombés avec vaillance (pouvaient-il périr d'autre façon ?), devenus esprits, ils restaient avec leur troupe, comme s'ils vivaient encore, et luttaient toujours. Ils venaient fondre leur force avec celle des leurs restés saufs ou leur dévoilaient une faille chez ceux qu’ils combattaient.
Le premier prêtre avait maintes fois expliqué ses succès aux acolytes. Ces esprits le visitaient à la veille de chaque combat. Débarrassés du fardeau de l'enveloppe charnelle, ils évoluent partout à l'insu de l'ennemi et en rapportent les secrets à qui les prie et les honore. Il n'y avait d'autre explication à ses intuitions soudaines face aux Muets, tant pour les assaillir que pour se diriger vers les plus abondantes sources de butin. Tant qu'ils ne sont pas enterrés dans le cimetière de leur clan, les âmes des héros sans sépulture errent sur la steppe. Elles avertissent les guerriers pieux qui leur sacrifient. Elles les préviennent des périls, les détournent des pièges où ils ont péri, leur indiquent les occasions de beaux raids. Ils le savaient pointilleux sur les offrandes à accomplir pour s'attirer leur soutien. Ils l'approuvaient. Sa dévotion à leurs mânes était récompensée. Ils ne s'étaient jamais montrés indifférents à son égard. On ne comptait pas les songes qu'ils lui avaient envoyés, les visions dont ils l'avaient gratifié, les secrets qu'ils lui avaient soufflés à l'oreille. Autre preuve de sa piété, il avait toujours su les interpréter. Les plus tièdes envers les âmes errantes, eux, s'y perdaient.
Guerriers et paysans regardaient Nerswekwos avec déférence. Ses moindres mots leur étaient vérité révélée. Les prêtres, qui organisaient les obsèques des disparus, avaient, eux, percé sa jactance et son ignorance. Ils étaient jaloux d'un seconde caste plus éloquent qu'eux, maîtres de la parole. S'y ajoutait la fureur de ne savoir combien de caveaux préparer.

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