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10/03/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-148

... Cette victoire fut si brillante, si aisée ! ... Ils n'en crurent pas leurs yeux. Nous étions sûrs de l'excellence et de la supériorité de nos armes ; nous n'avions vu chez personne en face un guerrier, roc d'invincibilité, que nous aurions eu les pires peines à défaire. Nous nous en donnâmes à cœur joie. Nos glaives à tout briser faisaient sauter les leurs de leurs mains soudain débiles. Tous ces héros, vainqueurs de nombreux tournois, ne nous reconnaissaient plus. Ils se souvenaient de nous : de bons combattants inaptes, avec leurs pauvres lames, à tenir un vrai assaut. Ils retrouvaient des possédés tous pénétrés de la force de Thonros. Nous avions pourtant le même corps et les mêmes aptitudes qu'avant. La seule différence résidait en nos armes. Peut-être avions-nous aussi plus de flamme et de courage. C'était encore leur effet. Sans elles, jamais notre cœur n'eût été si ferme. Ils baissèrent vite les bras...
... Nous repartîmes avec plus de cinquante mains de chevaux et quantité de fourrures, petits bestiaux et beaux bovins. Seuls trois fous, en dehors des miens, avaient misé sur nos chances. Nous emportions la majorité des paris, moins la part des prêtres qui, je n'ai pas encore deviné comment, en gardaient environ le quart. Trop heureux de notre succès, je ne cherchai pas à en savoir plus. Les dieux nous avaient assez favorisés. Je ne chicanerais pas leurs représentants sur leurs profits...
... Nous revînmes chez nous sans tarder. Nous y fîmes une immense fête. Cela t'étonnera peut-être, je fus le seul à n'y pas participer. Tous festoyaient, chantaient, dansaient autour des grands feux de joie élevés en notre honneur. Je gisais sur mon lit. Un brusque accès de fatigue m'y avait jeté. J'avais sans cesse vécu, depuis la mort de mon père, sur la corde raide. La tension passée, je m'effondrais, vessie gonflée dont l'air fuit. Cela ne dura pas. Peu après, nous partions pour notre premier raid de dévastation et de sac chez les Muets. Pourquoi aurions-nous arrêté sur notre lancée ? Bhagos et Thonros étaient avec nous...
... La suite, tu en verras les résultats, ce sont treize années d'expéditions victorieuses et profitables. Avant, même nos bien-nés étaient maigres. Maintenant, même les chiens mendiant leur pitance y sont gras. Tu n'as fait, m'as-tu dit, qu'y passer. Tu l'as sans doute déjà constaté. Tu pourras l'admirer de long en large pendant ton séjour.

Le chef de patrouille le regarda un long moment. Peu de guerriers le valaient. Il lui parlerait sur le ton qu'il prenait face au premier des rois... Il pouvait l'être un jour.
– Tu m'as raconté tes débuts... Ce n'était que les débuts de tes débuts... Attends-toi à un plus grand destin. Après ta prise, tu n'es qu'aux premiers pas de ton ascension !
– Bhagos et Thonros le veuillent !
Il baissa la tête, plongeant d'un coup dans une silencieuse rêverie. Son fils était peut-être déjà né. Pour lui, il “ le ” voulait, aussi, très fort. Les dieux exauceraient son désir. Ils favoriseraient sa marche vers les sommets. Ils répugnent parfois à répondre aux vœux égoïstes des hommes, jamais à combler ceux qui regardent leur descendance. Ils scruteraient son cœur. Ils verraient les raisons de son souhait.
Il releva le chef d'un coup, comme il l'avait baissé. Une voix intérieure, divine, parlait. Sa volonté, enfin définie, s'accomplirait.
– Oh, dieux, merci pour mon fils !
Et il resta muet, sauf pour donner ses ordres, jusqu'à la halte du soir.

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