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02/03/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-140

Ce « fils », presque hurlé, était arrivé aux oreilles de Pewortor. Soucieux d'étaler son récent statut, le parvenu caracolait lui aussi en tête de cortège, parmi les neres de la plus haute naissance. Ils n'en étaient guère enchantés. Ils lui faisaient sentir leur mépris de sa basse extraction. Devant lui, ils discutaient de faits et d'événements connus d'eux seuls, ou compréhensibles des rares guerriers au courant de tous les arcanes de leur caste. De temps à autre, l'un d'eux lui demandait son avis. Au pied du mur, il devait avouer son ignorance ou son incompréhension. Ils le toisaient, l'air condescendant, presque apitoyé.
Il n'avait guère apprécié, au départ, leur façon polie, mais en même temps des plus vexantes, de lui signifier qu'il n'était des leurs que par une chance inouïe et injuste. Très vite il avait vu tout le profit à tirer des secrets divulgués par ces innocents dans un but qui l'était si peu. Ce petit jeu commençait à le lasser. Ce mot fils, lui parvenant soudain, était une diversion bienvenue. Il se laissa glisser en arrière du cortège. Il ne devrait pas s'y mêler à des conversations intempestives. Il se plongerait dans la rêverie qui éclosait en lui.
Tout se sait dans un wiks... Y compris les malheurs privés. Le roi n'avait jusqu'alors engendré que des filles. De même, son épouse n'avait donné au prêtre que des mort-nés. Tout de haute caste qu'ils soient, leur semence était viciée. Lui n'avait rien à se reprocher. L'absence de mâle dans sa maison ne pouvait lui être imputée. Elle n'était due qu'à la mort prématurée de ses épouses. Après l'exploit accompli pour Aryana (il n'aurait pu dire en quoi, mais sa promotion prouvait qu'il était grand), Bhagos lui apporterait en signe d'alliance et de récompense cet enfant tant attendu, et épargnerait la mère, au moins jusqu'à l'accouchement. Pour elle, il n'en demandait pas plus. Son futur fils, en revanche, contrepartie de la modestie et de la modération de ses vœux la concernant, serait un des plus puissants de la caste à laquelle il venait de le hisser. Ce souhait ne l'empêchait pas de désirer en même temps qu'il devienne grand parmi les forgerons. Pourquoi pas, si les dieux le voulaient.
Un armurier, le voyant pensif, s'approcha. Il était un peu inquiet. N'allait-il pas le méconnaître ? Dérangé dans sa méditation, Pewortor montra un visage peu amène. L'expression de l'autre trahit sa méprise. Non, il n'ignorait pas les siens ! Il s'empressa de lui sourire, et le regarda d'un air encourageant.

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