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21/02/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-131

Avant que la Brillante ne se soit levée, sous l'influence de certains, pessimistes ou désespérés, ils imaginèrent le pire. Sans arriver à en démêler les raisons, ils se virent soudain morts. Dans la nuit s'épaississant, ils éclatèrent en funèbres incantations. Furieux de leur tapage, Kleworegs menaça d'en tuer quelques-uns. La menace indéterminée de leur trépas les avait incités à des lamentations discordantes. Celle-ci, précise, eut l'effet contraire. Elles cessèrent aussitôt.
Le calme et le silence régnaient enfin. Tous dormaient autour des bivouacs dans la tiède nuit propice à un long sommeil sans rêve. Ne veillaient que quelques gardes, toujours aux aguets depuis la leçon de leur roi. Ils se tenaient immobiles, attentifs à tout, bien qu'on ne risquât que la visite intempestive de quelque sauvagine, au cas improbable d'une extinction des feux propre à la rassurer et à la pousser à venir se mêler aux hommes. Ce n'était pas à la veille d'arriver. À intervalles réguliers, ils jetaient quelques branches dans les foyers pour les entretenir.
Chacun avait bien profité de la nuit. Les sombres pensées s’en étaient allées. Quand l'aube poignit, on se réveilla frais et dispos, l'esprit allégé, plein d'ardeur. Tous se remirent à cheval, joyeux. Le sommeil, meilleur des remèdes, avait râpé, gommé, effacé, la honte et le malaise. Ils ne gardaient plus du jour précédent que le souvenir d'une bonne farce, drôle et morale à la fois. Les vaillants célébrés, les pleutres honnis, les gloutons et les sacrilèges punis. Ils avaient de quoi composer un de ces chants qui volent de village en village pour commémorer quelque aventure notoire.
Certains guerriers étaient bons diseurs. Kleworegs appréciait et encourageait ce talent. Il les laissa lancer, de temps à autre, quelque phrase sonore et bien rythmée en relation avec l'affaire. Les autres s’en rapprochèrent. Ils commentaient leurs vers, soit les approuvant, soit leur indiquant les modifications qu'ils voulaient y apporter.
– Je ne suis pas d'accord avec ton : « Là à la lune, le lâche lièvre montre son cul ». Si tu dis : « Au soleil », ça sonnera mieux !
– Ne l'écoute pas ! La lune, ça va très bien, mais dis plutôt : « Le lièvre craintif ».
– Vous deux, vous n'avez jamais été fichu de rien composer, et vous voulez donner des leçons ! Non, c'est très bien, ça coule comme une rivière. Mais il faudrait peut-être dire : « Livre le cul ». Ça sonnera encore mieux que : « Montre » .
– Ça ne veut plus rien dire, ton truc !
– Mais si. Tu n'as jamais vu deux chiens se battre ? ... Souvent, le vaincu se couche comme s'il livrait son cul. Le montrer, c'est plutôt moquerie.
– Pas bien maligne ! Rappelle-toi ton frère, il y a deux ans. Pendant combien de temps il n'a pas pu s'asseoir ! ... et encore, la flèche du Muet venait de loin.
– N'insiste pas. N'empêche, « livrer », c'est mieux. Ça, c'est un signe de soumission et de lâcheté.
– D'accord pour « livrer » ! : « Là à la lune le lâche lièvre livre le cul ».
– Oui, c'est tout à fait ça ! Ne change plus rien !

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