Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

19/02/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-129

Pour la seconde fois, il sortit de son évanouissement. Sa cuisse ouverte lui faisait mal, si mal. La souffrance – ou l'air frais du soir – l'avait réveillé.
Il regretta ce second réveil. Le premier n'avait pas été aussi pénible. Il ne voulait se souvenir que du moment où, après être tombé quand le sanglier était venu s'empaler et mourir sur son épieu, il s'était senti sombrer dans l'inconscience. C'était l'instant de son triomphe. Il y avait aussi celui où il en était sorti, comme si l'urgence d'une tâche à accomplir l'y avait repêché.
Châtrer et saigner le solitaire, sans quoi sa viande risquait de se corrompre, de devenir immangeable. Il n'en avait eu le temps avant que le manteau de la nuit des sens ne le recouvre. L’aiguillon de cette peur atavique de chasseur l'en avait tiré. Il avait regardé le soleil. Le temps avait à peine fui. Il s'était secoué. Rester ainsi ne l'avançait à rien. Il avait pris son poignard, tranché les testicules, ouvert la jugulaire de l'énorme porc. Seules quelques rouges gouttes en avaient coulé. Il avait juré. La viande était déjà perdue ! Non, la bête gisait dans une mare de boue et de sang mêlés encore rouge. Ses craintes sur sa chair étaient vaines. Il avait voulu se lever. Il avait retiré son épieu, toujours fiché dans le ventre du fauve, pour s'y appuyer. La tête lui avait tourné. Il était tom/
Sa plaie était sale, souillée de terre, mais franche. Il devait sans tarder la laver et la soigner. Il chercha des yeux l'épieu qu'il avait lâché en tombant et le ramassa. Il ferait une béquille parfaite. Il devait descendre vers le petit ru qui dévalait la pente du puy. Il aurait pu avancer sans elle, mais il solliciterait moins sa jambe blessée. Il se mit en route.
Le ru n'était pas loin. Il partit, claudiquant. Les souvenirs qu'il avait souhaité chasser revinrent. Il ne lui servirait à rien de vouloir oublier les circonstances de sa blessure... Ce serait même stupide. Où avait-il manqué de courage ? Où s'était-il mal battu ? Où y avait-il honte à avoir été blessé en frappant à mort un monstre comme celui qu'il avait vaincu ?
... Sa maladresse... sa maudite maladresse. Il n'avait pas bougé quand le solitaire avait chargé. Il avait placé son épieu dans l'axe exact de l'attaque... Il avait dû poser le pied sur une motte de terre en position instable ou un tas de feuilles pourrissantes. Au moment où il faisait le mouvement qui lui permettrait de le frapper juste à son point vulnérable et allait le coucher mort, il avait glissé. La hure de la bête avait percuté sa cuisse, balafrée et noircie d’un bleu énorme ; une défense lui avait labouré le côté. Il avait senti, plus que vu, son épieu s'enfoncer dans le flanc (en fait, le ventre) du porc. Une façon bien laide de tuer son gibier. Il n'en avait pas été fier.
Il commençait à se sentir bien moins honteux. De moins en moins. Il parvint au ru. Il lava ses plaies. Il était très content de lui, surtout en regard des traqueurs de loups. La longue estafilade fut enfin propre. Il la contempla, satisfait en dépit de sa douleur. Elle compterait pour rien. Il dormirait en paix. Il avait aujourd'hui appris ce qu'il voulait. Il en avait déjà eu, parfois, le sentiment. Il en avait, cette fois, la certitude :
Il était un guerrier !

Les commentaires sont fermés.