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16/02/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-126

Les villageois écarquillèrent les yeux. Ils poussèrent, à l'unisson, un long soupir satisfait. Des bruits de mastication et de déglutition anticipées vinrent de leurs rangs nerveux et excités. Les plus éloignés du bûcher tentèrent de s'en approcher. Personne ne voulait céder sa place. Ceux du premier rang s’en retrouvèrent proches à le toucher.
Un autre prêtre arriva. Il brandissait haut une torche allumée au foyer du clan. Il abaissa son brandon et le glissa entre les branches légères tapissant le sol, mêlées à la paille destinée à faciliter leur embrasement. Le bois était bien sec. Les flammes, lentes, s'élevèrent. À mesure qu'elles dévoraient les branchages, la chaleur augmentait. Elle devint vite insupportable. Devant la violence effrénée du brasier, le premier rang recula, écrasant les pieds de ceux dans son dos. À ce moment, certains s'interrogèrent à nouveau. Comment allait-on griller toute cette bonne viande ? La grondante incandescence réduirait en cendres toutes les belles pièces de bœuf. Ils se rassurèrent. On attendait que tout soit à l'état de braises. Démembrées et partagées, les carcasses cuiraient, pour la joie et l'assouvissement de tous, sur leur tapis ardent.
Tous ces préparatifs annonçaient un tel dénouement. Les prêtres dépeçaient les taureaux morceau par morceau, en habitués de riches et nombreux sacrifices. Bientôt, ils furent découpés en entier. L’officiant prit dans ses mains les paquets de viscères. Il les lança dans les hautes flammes. Avant chaque oblation, il récitait une longue invocation à l'intention du dieu de l'hospitalité et de ses parèdres.
Ils frissonnaient à entendre ces interminables litanies. Il n'en finirait donc jamais de distribuer les parts destinées aux dieux ? Leur tas diminuait. Il allait disparaître. La partie la plus agréable du rituel ne serait plus longtemps différée. Même s'il leur dédiait encore deux ou trois savoureuses côtes, le tour des mortels viendrait. Ils se tenaient prêts.
Ils échangèrent des clins d'œil. Les derniers abats avaient disparu au sein des flammes, engloutis par le dévorant bûcher. Les dieux étaient repus. Tout surcroît de provende leur était inutile. Ils interrogeaient leurs hôtes du regard. Amateurs de biens matériels, ils pensaient comme eux. Ils attendaient de recevoir des mains du porte-voix des dieux les délicieux morceaux de viande cuits à point. Ils s'en pourléchaient les babines. Ce serait un régal sans égal. Ici, paysan le plus démuni ou guerrier le plus né, nul n'était habitué à telle fête du ventre.

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