Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

11/02/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-121

LE SACRIFICE

Sa mort n'était pas survenue au combat. Elle n'en était pas moins d'un héros. Ils s'inclinèrent devant lui. Il avait lutté dix ans durant contre la maladie et la douleur, gardien de la redoute de la mémoire, non de sa vie égoïste. Il avait tenu, malgré le poids de cette existence, jusqu'à la relève. Il méritait d'être honoré. Ils l'ensevelirent dans un linceul de lin neuf et le confièrent aux dieux.
Les brumes de l'aurore propices aux secrets s'élevèrent. Elles cacheraient un transport clandestin. Ils emportèrent le corps à leur camp. Ils le dissimulèrent, sous une épaisse couche de fourrures, dans le chariot où gisaient les insignes de leurs morts. Il serait à l'abri des regards et même, avec l'odeur forte et prenante des peaux, des odorats indiscrets. Ce pieux devoir accompli, Kleworegs réunit ses meilleurs guerriers, les patrouilleurs, et appela ses prêtres. Ils lui diraient la loi et indiqueraient comment agir face aux Loutres. Il avait espéré se reposer là, malgré leur allure veule. Ce n'était plus possible. Ces révélations l'avaient marqué au tison ardent. Il en avait discuté, pendant qu'on emmenait la dépouille, avec le chef de patrouille. Ils étaient tombés d'accord. Séjourner un instant de plus dans ce wiks vil et oublieux de ses héros était impossible. Ne pas lui payer son hospitalité tout autant.
C'était aussi l'avis du prêtre. Il avait au début, en entendant le récit du mort, refusé d'en croire ses oreilles. Mais trop de signes, reconnaissables des seuls première caste, montraient qu'il disait vrai. S'ils étaient tombés au milieu d'une bande de Muets installée à l'insu de tous en Aryana ? Non ! Ce village était, malgré ses tares, de leur peuple. Il avait, bien qu'il eût dégénéré depuis jusqu’à approcher la bassesse de ses ennemis, engendré une troupe de héros. Les lois d'hospitalité s'appliquaient. Ils ne pouvaient s'y soustraire. Ils ne pouvaient pas plus lui pardonner sa lâcheté et son dédain de la gloire.
Ils l'avaient chargé de résoudre ce dilemme. Les dieux avaient réponse à tout. Aucune situation, si inouïe soit-elle, ne les prenait au dépourvu. Qu'il les interroge, et transmette leurs directives !
Il ne se fit pas prier, mais les avertit. La réponse n'était pas aisée. Il prendrait son temps...

Les commentaires sont fermés.