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10/02/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-120

Le prêtre les avertit. Si le clan ne respectait pas cette volonté, ou s'il tentait quelque chose contre moi (on peut s'attendre à tout des pleutres), de grands malheurs s'abattraient sur lui. Les patrouilleurs surenchérirent. Témoins des désirs du héros mort, ils reviendraient en vérifier la bonne et scrupuleuse exécution...
... Plus que les objurgations du prêtre, cette dernière perspective les a décidés. Sous la menace d'un retour de ceux qui m'avaient sauvé, ils ont toujours observé avec scrupule le rituel d'expiation... Plus encore en ces jours. Ils vous ont pris pour la patrouille qui revenait, avec une foule en armes, les châtier au cas où ils auraient rompu leurs engagements... Ils les ont respectés, rien de plus. Jamais ils n’ont immolé une victime aux mânes de mes frères. Je suis le seul à les pleurer. Je souffre de ne pas les voir honorés comme ils le méritent. Je n'y puis rien faire... Vous non plus ! Un pacte d'hospitalité vous lie désormais à ce clan ! À présent, aidez-moi à accomplir l'ultime exigence de mon chef mourant. Allez à ma cabane, prenez les deux grands sacs de cuir au pied de ma couche. Celui qui est entré chez moi voit ce dont je parle.
– Je n'ai pas bien eu le temps de regarder, mais je me débrouillerai.
– Parfait ! Fais-toi accompagner d'un ou deux amis et ramenez-les. Il y a dedans tout mon butin, en bijoux et objets précieux. La dernière volonté du fils guerrier était que j'en fasse don aux premiers héros que je rencontrerais... Ne refuse pas ! Tu commettrais un grand sacrilège !
Kleworegs, d’un signe de la tête, accepta le legs. Celui qui connaissait la hutte partit le chercher. Peu après, ils revinrent, mission accomplie, chacun un lourd sac sur l'épaule. Les chiens, bien gavés toute la journée, ne les avaient même pas aboyés.
Ils les déposèrent près de lui. Il en ouvrit un, y plongea la main, l'en ressortit, des colliers et des parures accrochés à ses doigts. Il les tourna, les retourna, à la maigre lueur des torches.
– Prenez ces joyaux, guerriers dignes par le courage de mes frères morts dans un combat gagné à un contre vingt, et fuyez, je veux dire quittez, ce village de lâches. Une fois chez vous, sacrifiez à leurs mânes d'un beau taureau. Cela compensera un peu leur absence de tombeau et l'indifférence dont ils ont été victimes deux lustres durant.
Il remit les bijoux dans le sac. Il regarda Kleworegs, droit dans les yeux.
– J'ai fait ce pour quoi les dieux m'ont laissé vivre tout ce temps. Jurez-moi que je ne serai pas enterré ici, parmi les lièvres et les couards.
... Il s'éteignit d'un coup, flamme soufflée par le vent, lampe à bout de graisse. Kleworegs avait amorcé un geste d'approbation.
– Il est mort heureux !  

FIN DU CHAPITRE VII

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