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04/02/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-114

... À l'issue de cet engagement, qui dura moins qu'une ondée, nous nous retrouvâmes plus riches de dix-huit chevaux. Ils vinrent remplacer les vides que la morve avait créés dans leurs rangs. Ceux qui les avaient perdus retrouvèrent avec plaisir cet ami indispensable, sans qui il se sent seul et démuni. Ceux qui les avaient gardés ne se réjouirent pas moins. Un cheval n'est pas fait pour tirer en permanence, ni même la moitié de la journée, trois, voire quatre cavaliers tout équipés. Cette surcharge les fatiguait... Et nous la ressentions comme un fardeau sur nos épaules. Outre ces dix-huit bêtes, montures ou chevaux de bât, nous eûmes toute une charge de butin. Nous l'inventoriâmes. C'était de magnifiques fourrures, pour la plupart inconnues, douces, brillantes. Elles étaient faites pour couvrir l'échine de rois et de héros. Nous nous en vêtîmes sur-le-champ...
... Certains chevaux avaient subi de légères blessures ou donnaient des signes de lassitude. Nous leur fîmes porter le faix de belles peaux et récupérâmes pour nos chars les plus nobles et les plus frais de notre prise. Qui nous aurait vu la veille, puis en ce moment, aurait dû bien se frotter les yeux avant de nous reconnaître. Cette facile victoire nous avait métamorphosés. La joie était revenue. Nous nous sentions plus forts que si nous avions chacun avalé un bœuf entier et bu cent cruchons du meilleur hydromel. Nous étions comme des dieux...
... Bien des clans se seraient contentés de ce butin. Huit bâtées de splendides fourrures et dix-huit chevaux récupérés (nous leur en avions hélas, dans la fureur du combat, tué deux, des montures superbes et ardentes), c'était un magnifique résultat pour une expédition aux effectifs aussi squelettiques et mal équipés. C'était un faux calcul. Nous devions laver l'honneur du wiks et venger ceux qui, partis avant nous, avaient péri. Nous marchions tous avec un double invisible. Nous étions en vérité soixante, avec l'obligation d'agir comme tels. À cette aune, notre prise n’était plus un exploit. Elle devenait, sinon dérisoire, tout à fait ordinaire, peu propice à nous rendre le sentiment de notre prestige. Malgré sa splendeur, nous décidâmes de continuer. Elle n'était qu'un échantillon de ce qui nous attendait. Personne n'éleva d'objection. Le lendemain, nous reprîmes notre chemin pour nous enfoncer plus avant en terre hostile...

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