Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

03/02/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-113

... Nous étions au désespoir. Nous échangions, loin de ses oreilles, des propos amers et désabusés. Quatre jours passèrent ainsi... Et nous rencontrâmes un petit parti de douze Muets. Au premier abord, nous ne les reconnûmes pas. Ces ennemis du genre humain sont des ignorants. Les chevaux refusent de se soumettre à eux. Ils vont à pied ou se font traîner dans leurs chariots à bœufs. Leur fuite nous montra qui ils étaient. Dès qu'ils nous virent, ils fouettèrent les flancs de leurs bêtes. Ils tentèrent un démarrage éclair. Nous réagîmes aussitôt. Leur attitude anormale prouvait à qui nous avions affaire. Nos guerriers en surcharge se jetèrent en roulés-boulés parfaits de leurs chars. Nous nous précipitâmes et les rattrapâmes...
... Ils possédaient un joli butin, volé à d'autres de leur espèce. À la différence des nôtres, leurs clans s'attaquent les uns les autres dès qu'ils voient chez leurs voisins un signe de faiblesse. Ils prennent captifs et serviteurs parmi ceux de leur race. Ils n'ont pas non plus le moindre scrupule à les spolier de leurs biens. Avides comme ils le sont tous dans ce ramassis, ils avaient emporté tous leurs trésors. Voilà pourquoi nous les avons si vite rejoints... À moins que la vue d'une telle proie, si facile, si offerte, après tous ces déboires, nous ait mis un tel baume au cœur, une telle vigueur dans les muscles, que nous en ayons réussi à faire voler nos chevaux...
... Sitôt à portée, nous nous jetâmes sur eux sans préparation ni réflexion, persuadés de notre invulnérabilité. Rien ne laissait entrevoir que nous venions d'acquérir ce privilège divin. Notre instinct, précédant notre intelligence, nous en avait averti. En dépit de leurs multiples traits, nous n'eûmes aucune victime à déplorer, quand ils ne purent échapper au fil de nos glaives et au tranchant de nos haches. Ce signe était clair. Bhagos était fatigué, ou avait cessé de trouver drôle, de nous torturer. Après nous avoir mis à l'épreuve, il nous avait jugé dignes de récolter les fruits de notre patience. Je ne voyais pas les choses ainsi, et notre chef, j'en aurais mis ma main au feu, pensait comme moi derrière ses belles paroles. Le Borgne n'a jamais récompensé les mortels. Il s'amuse d'eux et joue leur vie aux osselets...

Les commentaires sont fermés.