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01/02/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-111

Plusieurs de nos chevaux, ceux d'allure la plus solide, furent atteints de morve. Nous n'avions aucune monture de rechange. Nous passions nos journées, entre nos massacres inutiles et désespérés, à nous lamenter sur notre sort. Où nos bêtes, notre seul atout, nous rendant plus prompts à l'attaque que l’ennemi et compensant le handicap de notre faible effectif, l'avaient-elles attrapée ?
Kleworegs et les siens connaissaient ce mal. Ils en craignaient encore plus la contagion. Il frappait tant les animaux que les hommes. Il y a deux ans, il avait perdu ainsi son plus beau cheval. Pewortor s'en souvenait. Son roi avait pleuré – autant que lui quand sa première femme était morte et à coup sûr plus que lorsque ça avait été la deuxième – au moment où il l’avait mené se perdre dans une fondrière. C'était un crève-cœur d’abattre un si fidèle ami. Tous avaient compati. Les maladies du bétail étaient leur hantise, plus sans doute que les leurs. Ils se rembrunirent. Ils en avaient tous un mauvais souvenir, leur brûlant la langue. Il les prévint, imposa le silence.
– ... Au bout de quelques quartiers, nous en avions perdu un tiers. Nous devions leur demander de tirer nos chars à demi effectif. Même en alternance, ça leur était pénible. Nous avions d'ores et déjà perdu tout l'avantage que nous donnait leur possession. Nous n'avancions plus qu'à la vitesse d'hommes au pas. Comment courir sus à l'ennemi ? Nous avions assez à faire à songer à nous garder de lui, à l'éviter...
... Dernier coup du sort, le pire sans doute, nous vîmes un jour un camp ennemi. Il nous parut beaucoup trop gros pour nos faibles forces. Loin de songer à l'attaquer, nous l'esquivâmes, soulagés, malgré l'envie et l'insistance de notre chef, seul de nous tous à croire encore à notre succès. Mourir est beau quand Thonros est avec soi. Dans notre état, nous doutions de livrer un digne combat. Nos massacres nous avaient un peu endurcis. Nos malheurs avaient détrempé, comme pourri, l'étoffe de notre courage. Qui sait si, au moment de bien mourir, certains d'entre nous ne se seraient pas enfuis, et notre troupe ne se serait pas égaillée comme une bande de moineaux, préférant une vie de honte et d'opprobre à un glorieux passage vers les terres où Thonros entraîne les héros à sa suite ? Dans notre situation, quoi de surprenant ? Le mal rongeur était dans nos cœurs et notre sang...

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