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29/01/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-108

... Il ne revinrent pas. Au début, nous en fûmes fiers. Cela ne signifiait qu'une chose. Ils avaient pénétré chez l’ennemi. Ils y perpétraient des raids sanglants et profitables. Arriva la fin de la canicule. Ils ne revenaient pas. Les moissons s'achevèrent. Ils ne revenaient pas. Les arbres avaient perdu leurs feuilles. Ils n'étaient toujours pas revenus. Nous dûmes, alors, enfin admettre ce que nous avions craint dès les derniers jours du temps des combats. Ils ne reviendraient jamais plus. Si nous nous réjouissions de les savoir chasser avec Thonros, leur perte ne nous en était pas moins pénible. Si nous avions été avec eux, nous serions tous rentrés, porteurs d'un riche butin... Nous avions honte...
... C'est au début de l'hiver que nous eûmes enfin le fin mot, par un guerrier venu troquer, de ce qu'avait été leur fortune. Leur groupe avait pris un butin énorme… butin, par son énormité même, disproportionné. Il le handicapait, le faisant tortue ou limaçon. Incapables de se battre et de garder leurs biens en même temps, ils perdraient, assaillis par un fort parti de Muets, et le fruit de leurs raids, et leur vie. Les amis du visiteur le leur avaient dit. Ils avaient pris un sourire contraint et navré. Ils devaient refuser, toute envie qu'ils en aient, de se joindre à leur troupe plus nombreuse. Thonros en eût été offensé...
... Cette rencontre avait eu lieu environ une lune avant la fin de la saison des combats. Notre hôte décrivit la splendeur de leur butin. Il en détailla avec envie les prises : bijoux mal ouvrés, mais superbes, nombreux captifs excédant de dix fois le nombre de nos hommes, gros bétail, chevaux, dont un parmi les plus beaux qu'il ait jamais vus. Son chef avait proposé au fils de notre roi de l'échanger contre deux, puis trois des siens. Il avait refusé. Qu'ils patientent ! S'ils en voulaient toujours, il serait à la saison froide dans les enclos des Loutres...
... Plus que des dépouilles ou le récit d'un témoin de leur fin, cette simple phrase confirma nos craintes. Ils ne reviendraient pas. Quand notre roi, son père, eut fini d'écouter, il resta immobile, comme saisi, un long moment. Il parut enfin comprendre. Il demanda à la cantonade :
« Pourquoi n'a-t-il pas attaqué que des petits groupes, pourquoi ne s'est-il pas contenté d'un petit butin ? C'eût été tellement plus sage ! »

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