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25/01/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-104

Quand il s'agissait de cultiver, et bien qu'il n'eût à s'en mêler, il fallait aussi qu'il intervienne. Il harcelait les paysans pour qu'après avoir semé juste le grain nécessaire à la prochaine récolte, ils transforment le reste en semoule. Il s'en méfiait. Possesseurs de trop de réserves de semences, ils les répandraient sans rigueur et s'y prendraient à trois ou quatre reprises, au gré de leurs caprices ou de la pousse. Au lieu de protester, ils devraient le remercier. Semer une seule et bonne fois les obligerait à faire, d'emblée, des semis parfaits et leur éviterait la fatigue de les répéter en cas d'échec. Il ajoutait, devant leur stupéfaction, qu'il avait appris que la semoule se conservait mieux et attirait moins la souris que le grain, presque toujours sujet à germer, en plus, si le temps se mettait à l'eau. De toute cette sollicitude, ils se moquaient. Loin de l’écouter, ils cachaient leurs céréales et lui témoignaient une noire ingratitude...
... Ce ne sont que fautes mineures. Si seule l'ingéniosité et les ruses des paysans nous sauvèrent à plusieurs occasions de la disette, cela arrive là où les guerriers se mêlent des cultures. Ils doivent obéir aux Jumeaux de la nature plutôt qu'à leur roi. Je compterai pour plus important les deux frères tués par des mange-miel, qui se rirent de leurs gourdins. Mais ce sont les pires fauves, contre qui le glaive n’assure pas la victoire. Non, son grand crime fut tout autre, mais dans la droite ligne de sa crasse, et frappa ses deux fils. Sache d'abord, avant tout, de quelle manière stupide il les traitait. Ici, il les couvrait de beaux vêtements dignes de leur naissance. En dehors, il ne les vêtait que de peaux râpées. Peut-être craignait-il un de ces défis qu’attire souvent une splendide fourrure. Nul ne provoque un loqueteux. Tu devines notre prestige... Peut-être s'en moquait-il...
... Plus stupides encore, criminelles, étaient ses interventions au cours de nos entraînements. S'il supportait de bon cœur que nous combattions comme des brutes avec nos armes de bois, pleines de vertus pour se préparer et étudier tous les mouvements de l'assaut, il nous interdisait l'usage des vraies au prétexte que, même protégées par un fourreau ou une gaine pour éviter que nous nous infligions des blessures trop graves, nous risquions de les ébrécher ou les briser. Comme si on lutte bien si on n'a pas senti au bout de son bras le poids du métal ! Nous devions ruser pour nous en servir. Plusieurs fois surpris à les utiliser en cachette, nous reçûmes des corrections à nous coucher un quartier ou plus.

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