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24/01/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-103

– C'est toi qui craches ! Comment peux-tu parler ainsi ! ?
– Écoute-moi, et comprends ma colère. Elle bouillonne depuis si longtemps.
– Vas-y, je suis tout ouïe !
– Il y a neuf ans... dix saisons de combats, ce village était le même. Nous avions le même roi. À l'époque comme aujourd'hui, la même petitesse, la même pauvreté d'ambitions, la même incapacité à voir au-delà du quotidien, plus loin que son ventre, guidaient ses pas...  
... Il avait deux fils. Deux fils si différents de lui, bien qu'ils aient eu un peu son allure, que des esprits mal intentionnés, une race qui ne manquait pas et qui ne va pas disparaître, insinuaient qu'ils n'étaient pas de lui. Si quelqu'un avait dégénéré, ce n'étaient pourtant pas eux, vrais fruits de nos branches guerrières, mais celui qui leur avait donné son nom. Il était loin d'être un mauvais père mais était, vice indigne de sa caste, inapte à saisir leurs désirs. Son rêve, ce vers quoi tendaient tous ses efforts, était de leur garantir un joli domaine, des terres bien cultivées, des paysans dociles et soumis. L'idée de risque et d'héroïsme, notre guide, lui était étrangère...  
... Notre village allait s'appauvrissant, jarre fêlée qui se vide sans qu'on n'en voie ni qu'on n'y puisse rien. Notre bétail ne se renouvelait pas. Nos terres, à peine effleurées par l'araire, ne donnaient qu'au gré de la bonté, par bonheur grande ces derniers temps, des dieux... Il ne travaillait qu'en demi-mesures. Tout l'effrayait. Chasses, semailles quand il s'en mêlait, hospitalité, tout était mesuré, calculé, congru, souvent, même, trop juste...
– C'est vrai, à part la bière, on n'a pas été gâtés. Aujourd'hui, on n'a même pas été invités à banqueter. C'est l'usage, pourtant.
Kleworegs lança un regard noir au perturbateur. Il fit signe au guerrier de reprendre.
– Ton voisin a donné un exemple parfait de sa mesquinerie. La loi, rien de plus, pas un geste de ner... Encore est-ce la bière des paysans, l'hospitalité à leurs fêtes et sur les couches de leurs servantes, plutôt que les siennes, dont vous avez joui. J'en ai bien d'autres. Pour chasser, il nous ordonnait de prendre des bâtons, bien suffisants contre le gibier rencontré d'habitude, mais on en trouve parfois qui se rit de ces armes trop faibles.

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