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22/01/2009

AUBE, la Saga de l'Europe, I-101

Sitôt changé, le grabataire fit signe à ceux qui l’entouraient. Ils le prirent chacun sous une épaule et le soulevèrent. Il n’était pas lourd, mais ses jambes flanchaient à tout moment. Ils n’étaient pas trop de deux pour lui permettre d’avancer sans peine.
À peine sortis, un guerrier de sa taille prit le relais de la femme pour éviter le déséquilibre. Soulagée, elle s’éclipsa, si vite qu’on eût pu douter qu’elle ait existé jamais. Ils continuèrent leur chemin. Parfois, ils sentaient sur eux un regard. Il pouvait être fier ! Se saouler à ce point. Pas étonnant qu’il se soit tordu les chevilles dans les ornières. Ça lui apprendrait. La prochaine fois, il n’aurait pas les yeux plus grands que la panse. Il joua le jeu. Les oreilles indiscrètes en eurent pour leur bétail.
Le petit groupe arriva, dans la discrétion voulue, à destination. On le déposa sur une couche. Un guerrier lui apporta de l’hydromel. La longue et pénible marche lui avait arraché force plaintes. Cette liqueur était la bienvenue. Il le fit savoir. La première corne vidée, on la lui remplit. Désaltéré, il releva la tête. Qui d’entre eux était Kleworegs ?
– Aucun. Il n’est pas ici. Je vais t’expliquer.
L'homme lui exposa son plan pour le rencontrer et entendre de sa bouche le secret du wiks. Après une nouvelle corne (« Ça me change de leur foutue cervoise ! »), l'estropié reconnut à Kleworegs, en plus de la vaillance, de la ruse et de l’esprit. Il était conquis. Il lui dirait tout. Les dieux l’inspireraient pour punir le village de sa lâcheté et le remettre, si c’était encore possible, sur la voie de l’honneur. Il déclina l’hydromel offert avec libéralité. Il l’attendrait. Il les pria en revanche de raccourcir cette attente en lui narrant ses triomphes.

Leurs neres leur avaient, tout le jour, fait les honneurs de leurs domaines. Comme Kleworegs en avait décidé, ils s’étaient extasiés et récriés d’admiration devant tout ce qu’ils leur montraient, les retenant en se faisant tout commenter. Devant des visiteurs aussi complaisants, ils n’avaient aucun scrupule à ce faire. Ils leur avaient fait découvrir, motifs à s’enthousiasmer à chaque instant, la qualité des champs et des emblavures, la richesse des prés à l’herbe grasse, la beauté du petit bétail représentant l’essentiel de leur cheptel. Le soleil était déjà bas quand ils revinrent. Sa petite équipe avait eu tout le temps de régler le problème de l’estropié. Et nul ne les dérangerait. Les siens avaient saoulé de bon hydromel ceux qui les avaient saoulés de leurs piètres prouesses.
Il était d’excellente humeur. Les Loutres tout autant. Quelques femmes s’étaient étonnées du manège de l’après-midi et leur en avaient fait part. Les ennuyer de broutilles quand ils étaient tout occupés à raconter combien leurs hôtes avaient apprécié leur courage, leurs actions et leur prospérité. Ils les avaient rabrouées avec rudesse ou ne les avaient pas écoutées. Avant de s’écrouler, éméché, sur sa couche, aucun ne conçut le moindre soupçon.

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