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26/12/2007

AUBE, la saga de l'Europe, 97

Sa quête fut brève. La verruqueuse était chez elle. Elle s’apprêtait à partir, un panier de linge sale sur la tête, vers un des rus servant de lavoir avec leur eau fraîche et claire. Il n’eut aucun mal, après quelques protestations symboliques – Elle avait du travail –, à la persuader de le suivre. Elle avait un faible pour les hommes enrobés. Ses œillades avaient fait de l’effet, à retardement, sur ce garçon bien enveloppé (il n’avait toujours pas maigri de façon sensible, malgré le régime sévère qu’il s’était imposé. Au bout de trois jours, c’était à désespérer).
Aussi discret que possible – Dieux merci, personne ne leur prêtait la moindre attention – il l’amena parmi les siens. Surprise de se retrouver en compagnie de farouches gaillards plus disposés à la sévérité qu’à la bagatelle, elle se tourna, furieuse et inquiète, vers lui. Il avait disparu. Au lieu de sa voix, c’était celle de Kleworegs qui s’élevait, brûlante, inquisitrice, effrayante.
– Femme, il y a un mystère dans ce village. Hier, toi et tes compagnes défiliez, parées comme des princesses ou les courtisanes des pays du soleil haut, là où les femmes échangent le plaisir contre des joyaux. Vous regardiez les guerriers avec superbe et insolence, comme nous ne regardons pas nos serviteurs, des Muets qui ne valent guère mieux que la bête. Nous ne comprenons pas. Explique-nous !
Elle le regarda. Elle avait la bouche ouverte des carpes tirées de l’eau, et se tenait la poitrine. Elle prit un ton effrayé et buté :
– J’sais rien, rien du tout, j’suis qu’une pauv’paysanne !
– C’est bien vrai, ça ?
– Oui, j’suis qu’une femme, alors, j’peux pas jurer, mais c’est tout c’qui y a d’plus vrai.
– Donc le prix de ton sang doit être bas, peut-être même nul. Ce beau jeune homme que tu n’as cessé d’importuner comme une chèvre lubrique aura jugé bon, outré par ton impudence et ton impudeur, de te passer son glaive par le corps. Il acceptera de payer un goret, ou plutôt un biquet, pour son geste de colère bien compréhensible... Il ne voudrait pas commettre une injustice.
Ses réticences tombèrent d'un coup.
– Mais quelqu’un sait. Regardez là-bas.
Elle le saisit par le bras, l’entraîna vers la porte, vérifia qu’il n’y avait personne :
– Il est dans cette hutte, et s’y vous en juge digne, y vous dira tout.

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