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19/12/2007

AUBE, la saga de l'Europe 94

Cette attirance semblait réciproque. Ses yeux brillaient. Son souffle était court, précipité. Le guerrier – parti avec son amie – installé à son côté était assez à son goût. Il évoquait, par sa seule fonction, l’odeur et le fracas des batailles. Un forgeron, c’était plus. Il y avait chez eux une part de sacré au moins égale à celle des bhlaghmenes, épicée d’un zeste de mystère et de scandale tenant à leur commerce avec les forces sous la terre. Il les rendait encore plus excitants.
On a raconté aux jeunes filles pendant des siècles, et cela durera bien encore aussi longtemps, des histoires où les démons venaient les séduire. Elles les ont écoutées, mi-tremblantes, mi-émoustillées. Egnibhertor, bien qu’un peu frêle, n’était pas le moins séduisant démon.
Les maîtres des forges sont liés aux profondeurs mystérieuses et inquiétantes et à leurs dieux. Ils étaient, pour ceux qui – comme la fille née dans un village trop pauvre et peu porté à rechercher la gloire des combats – ne les avaient jamais vus, les plus proches de ces créatures que la sagesse des humbles sait perverses et ourdisseuses de noirs complots. Pourquoi, sinon, se cacheraient-elles de la lumière de Dyeus Pater pour qui il n’est point de secret ? Les forgerons, ouvrant loin des yeux du profane un produit issu des entrailles de la terre et transformé par le feu indomptable, étaient une énigme pour la majorité des hommes, un fascinant mystère pour bien des femmes.
Amants du feu, accoucheurs du métal, ils participaient, malgré leur moindre caste, du sacré. Ne tiraient-ils pas du sang des pierres et de la terre ? Ce qu’ils appelaient entre eux roudhos, métal rouge, n’était-ce pas, écarlate comme lui, la sève de la terre, solide la plupart du temps, parfois, sous l’action de la plus ardente flamme, aussi fluide que celle de l’homme ?
Il lui raconta, tout en fouillant sous sa jupe, certains de ses secrets. Des cailloux que seuls les siens savaient reconnaître et traiter devenaient dans leurs foyers sang incandescent et lames tranchantes. Le cuivre coulait comme du sang dans les entrailles de la Terre. Il ne se transformait en pierre verte, mère du métal, que lorsqu’il jaillissait de son corps ou sourdait à sa surface, comme la sève du héros blessé. De nombreux villageois avaient souffert de l’attaque des fauves. Elle avait vu la liqueur vermeille, au sortir de leurs corps, durcir et devenir noirâtre.

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