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17/12/2007

AUBE, la saga de l'Europe 92

Ils s’y employaient déjà. On chuchota à l’oreille de Kleworegs. Si ce village s’était enrichi par l’assassinat de ses hôtes ? Ils pourraient être les prochains. « Ah oui ? À moins de cinquante contre deux cents ! Leur bière t’est montée à la tête ? »
La procession était arrivée près d’un énorme tas de bale et de bois. La bale bouterait le feu au bûcher, le bois l’entretiendrait. Le prêtre-chevreuil versa sur l’énorme tas de branchages un peu de bière nouvelle. Il en fit libation à l’orient, d’où jaillit la lumière de Dyeus, au midi, où elle est au plus haut, à l’occident, où elle se couche, au septentrion, où elle se repose et reprend ses forces. Il donna le cruchon vide à un acolyte. Il en reçut une torche enflammée. Il alluma le bûcher.
Les flammes s’élevèrent. Des étincelles jaillirent vers le firmament. Elles tentaient, un bref instant, de rejoindre les brillants joyaux scintillant au sein de la voûte nocturne. Punies de leur orgueil insensé d’avoir voulu s’égaler aux bijoux divins et rivaliser avec leur splendeur, elles mouraient et retombaient en cendres. Les paysans s’ébranlèrent. Ils firent un long cortège pour défiler près du brasier. Arrivé à sa hauteur, chacun y jetait une petite poignée de grain, en chantant, en don aux dieux de la nature.
Les femmes avaient formé un cercle autour du feu. Elles soutenaient les hommes en cadence. Elles invoquaient, en répons, la déesse-mère, maîtresse de la fécondité.
Les hôtes les regardaient chantant et battant des mains tout autour du foyer. Elles semblaient sœurs : jambes courtes, souvent torses, attaches lourdes, formes amples, petite taille, comme formées de la glaise qu’elles travaillaient. Toutes étaient aussi bien dodues. Il n’y avait eu depuis bien des années, ni famine, ni simple disette. Les paysans étaient, eux aussi, râblés, pleins de force... si mornes, pourtant.
Retentit soudain, sonore, un roulement de tambours. Ils sursautèrent. Ces minuscules instruments, aussi bruyants ? ! Deux nouveaux hybrides apparurent sur la grand place. Vêtus à l’imitation de l’homme-chevreuil, avec une tête et une peau de loup, ils dansèrent à leur tour devant les flammes. Leur lueur les rendait vrais. Ils ne furent, un moment, pas loin d’y croire. Les deux gaillards et l’homme-chevreuil entamèrent un simulacre de lutte. Il dura longtemps, devant les cris d’admiration et de frayeur mêlées. Enfin la paire d’hommes-loups tomba sur le sol, bras en croix.

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