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16/12/2007

AUBE, la saga de l'Europe 91

Dyeus le ciel diurne céda la place à Akmon le ciel de nuit, voûte de pierre perlée de joyaux brillants et immuables. Kleworegs et ses hommes montrèrent à leurs hôtes une partie de leur butin et leur firent admirer le coffret – C’était bien suffisant, ils n’étaient pas dignes de voir la Pierre –. Ils remarquèrent les éclairs dans les yeux des guerriers des Loutres. Jalousie, envie, et quelque chose d’autre. Cet autre était inconnu, obscène, surtout dérangeant.
Trop tard pour s’y attarder. La fête commençait. Les villageois, à leur tête un prêtre recouvert d’une dépouille de chevreuil, se mirent en file. Sur le sommet du crâne il portait la tête aux bois courts, mais puissants, et le fauve pelage de la bête sur ses épaules. Il avait une cagoule, de teinte plus claire, provenant de son ventre. L’ensemble était cousu et ajusté sans défauts. Kleworegs et ses guerriers, un instant, crurent à un hybride d’homme et de chevreuil.
La chimère était suivie d’une petite troupe de paysans porteurs de minuscules tambours de peau. Elle tenait à la main un pot empli à ras bord d’une bière à la mousse débordante. Pewortor l'admira. Un seul et rapide coup d’œil lui avait suffi. Il n’avait pas été ouvré dans ce village, ni même en Aryana. Magnifique poterie cordée quand les siens incisaient la glaise en guise de décoration, il provenait d’un pillage, chose guère crédible vu l’allure du village, ou d’un troc, aussi improbable.
Cette pièce n'était pas à sa place ici. Il en éclaircirait les origines. Espérant y trouver un indice, il examina mieux le défilé. Certaines paysannes, les plus laides et les plus mal bâties, arboraient des pendants d’oreilles et des pectoraux de grand prix. L’éclat de ceux, splendides, qu’il avait offerts à sa première épouse à l’annonce de sa grossesse, palissait à côté. Dans les petits wikos, on s’habille sans apprêt ni coquetterie. La richesse de ces travailleurs de la glèbe était admirable, plus encore étonnante.
Leur présence était contraire à toute logique. Ces maritornes détonnaient au milieu de cette foule, peu nombreuses et parées à l’excès quand les plus belles n’avaient que des vêtements tout simples. Leurs visages mafflus exprimaient envers leurs guerriers un dédain insolent, explicite. Pourquoi, ainsi toisés et méprisés, ne réagissaient-ils pas, ou même baissaient-ils la tête pour éviter de croiser leurs regards ? Kleworegs, et d’autres avec lui, avaient eux aussi remarqué ce manège. Ils élucideraient ce mystère.

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