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31/08/2007

AUBE, SAGA DE L'EUROPE, 90

Il n'y avait aucun risque de cette sorte, ni même d'une simple bagarre. Au village des Loutres, on n'avait jamais vu de cheval ailé, en tout cas pas depuis sa fondation. Il serait douteux qu'un apparaisse cette nuit. Encore plus qu'alors un villageois le blesse ou le tue. Le prêtre de Kleworegs sourit. Le hasard serait en effet bien grand, bien malicieux. Il le rassura. Les siens n'étaient pas des pêcheurs. Ils n'avaient aucun sujet de querelle avec elles. Elles vivaient assez loin de l'enclos, dans les rivières et les rus qui l'entouraient, pour que même le guerrier le plus imbibé n'ose sortir, seul dans la nuit où rôde la peur, accomplir un sacrilège. Tout laissait prévoir des relations satisfaisantes... Les clans sympathisaient. Revoir un wiks après leur long périple réjouissait leur cœur. Ils avaient été contraints à l'austère vie des nomades pendant la longue saison des combats. Cette joie avait effacé leur dédain. Elle les éloignerait de toute friction.
Les villageois montrèrent l'endroit où ils préparaient leur bière : une grotte à flanc de coteau creusée profond et aménagée. Ils mettaient la dernière main, en la soutirant, à sa préparation. Experts dans cet art délicat, ils avaient à peine fait griller l'orge, tout juste germée, récoltée au début des moissons, puis l'avaient pilée et mélangée à de l'eau claire et à une poussière crème, résidu de la bière précédente. Cette mixture peu engageante, en fermentant, avait donné une liqueur mousseuse à souhait, propre à rafraîchir les gosiers les plus altérés. Ils la trouvèrent délicieuse. Ils en redemandèrent. L'extrême pureté de l'eau des sources de la région y était pour quelque chose, mais cette bière avait surtout un arrière-goût que seuls de vrais amateurs pouvaient pénétrer : la saveur du travail et de l'amour de la terre de ceux qui en avaient récolté l'orge, et le parfum de leur dévotion sincère aux dieux qui avaient sanctifié leur tâche en favorisant les récoltes. On les comblait de cette boisson presque aussi savoureuse que leur bien-aimé hydromel. Ils en goûtaient le bouquet, sans pouvoir le définir. Neres, ils morguaient les paysans. Là, ils fraternisaient.. On les pria de cracher dans la cuve où elle fermentait. Leur salive de héros la rendrait plus forte et goûteuse. Ils s'exécutèrent volontiers.

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