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30/08/2007

AUBE, SAGA DE L'EUROPE, 89

En s'installant au village, même pour une brève période, les hôtes devaient en respecter les lois et les interdits. Plusieurs guerriers avaient de somptueuses peaux de loutre. La sortie du prêtre revêtu de sa dépouille, en vue de les informer de son totem, leur signifiait d'abandonner, tant qu'ils y resteraient, leur fourrure de dilection. Ils allèrent les cacher parmi le butin et prirent la première tunique venue, pas toujours à leur goût, ni à leur taille. Même les plus mal attifés se consolèrent de leur allure ridicule. Elle était provisoire. Ils reviendraient chercher vêtement plus convenable.
En réponse, il informa ses ouailles de leur totem. Elles seraient tenues de le respecter pendant trois jours. Leur séjour ne serait pas plus long. Mais le droit d'hospitalité est le signe distinctif des hommes.
Cheval ailé, animal des légendes ; loutre, gibier à la chair insipide. Ils s'équilibraient. Aucun des interdits réciproques ne serait pesant. C'était, ils en tombèrent d'accord, une bonne chose. Des clans en venaient aux mains pour ça à l'occasion de festivités trop arrosées. Pour un mot de trop, souvent une vantardise (les loups gris, j'en vois douze, j'en tue cinq et j'enfile les autres, ou autres amabilités), une bataille rangée éclatait avec la soudaineté de l'orage. Il n'y avait pas de morts – les armes restaient sous la garde des première caste – mais, le calme revenu et dissipée l'ivresse, nez cassés, dents brisées, côtes fêlées ne se comptaient plus.
Ils n'en voulaient pas. Il y avait déjà trop de clans – par chance, de petit lignage – séparés pour une telle dette d'honneur par des querelles inextricables et des haines rancies. Elle empêchait alliances et mariages profitables. Il y en avait même qui se faisaient la guerre depuis le début du monde. Au cours d'un banquet où l'hydromel avait trop coulé, un ivrogne avait massacré l'animal (gibier trop délicieux ou prédateur trop détesté) vénéré de ses hôtes. Le clan sacrilège n'avait voulu ni livrer, ni punir le provocateur. Il avait refusé de payer l'amende du sang pour les animaux sacrés abattus. Depuis, ils se haïssaient. Leur combat, même codifié par la loi interdisant la bataille en armes et par les nécessités de la survie, n'en était pas moins inexpiable. Plusieurs fois déjà le conseil des prêtres avait dû décider, au vu de récits d'au-delà de la mémoire, qui était coupable. Ils avaient menacé de le déclarer loup. Certains conflits, dangereux pour l'existence même du peuple, s’étaient ainsi calmés sans s'éteindre jamais.

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