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27/08/2007

AUBE, SAGA DE L'EUROPE, 86

UN MYSTÈRE

Le messager était arrivé. Ils l'entourèrent. Il dit qui il était, qui l'avait envoyé, ce que ses mandants désiraient. Leur roi survint. Plus physionomiste que les siens, il reconnut un des hôtes honorés l'avant-veille. Il leur intima silence et l'écouta. Il recevrait avec plaisir une glorieuse troupe de retour d'un raid profitable. C'était un grand, mais trop rare honneur. Qu'elle célèbre avec eux la fête des moissons ! Sommet de l'activité des paysans, elles venaient de finir. Son village ne vivait que des travaux des champs. Leur heureuse conclusion donnait lieu à une série de festivités dédiées aux dieux de la nature et de la fécondité. Ils y seraient bienvenus.
Il partit au devant d'elle. Son prêtre-sacrificateur l'accompagnait, fier, droit. Ce soir, il accomplirait les rites et ferait les oblations pour remercier les dieux de leurs dons et les prier d'être encore plus généreux l'année suivante. C'était la formule consacrée, même quand ils avaient été chiches. Il ne fallait pas les fâcher. Cette année, elle ne serait pas de pure forme. Ils avaient gâté le clan comme jamais.
La troupe de Kleworegs arriva. La suivait une longue file de captifs mis à la queue leu leu pour les impressionner. C'était réussi. Devant ce long serpent se déroulant, solennel, ils étaient saisis de fierté et de frayeur. Fierté – ils étaient les frères de ces héros auréolés de victoire. Frayeur – les dieux les jugeraient à leur aune, de tant de coudées supérieure. Vint le souvenir. Il y eut, plus fort que la frayeur, ce qu'ils n'osaient exprimer. Autant ne plus penser ! Ils plongèrent, maîtres d'un clan sans ambition, en ayant oublié le sens, dans l'admiration. Ils s'extasièrent devant le cortège : même le bétail faisait une entrée impeccable. Pas un pour ruer ou divaguer. Elle était polluée d'arrière-pensées, d'une jalousie morbide, devant leur superbe. Ils avaient choisi la voie du triomphe ; eux, la rampante médiocrité.
Kleworegs, son bhlaghmen et le chef de patrouille se tenaient à leurs côtés. Ils regardaient, avec un bel ensemble, défiler ses troupes et leur butin. Il observait, du coin de l'œil, ses hôtes. Le prêtre portait comme il sied une robe de lin blanc, mais que dire de la peau lainée du roi ? Elle était bonne pour un éleveur, indigne d'un guerrier. Pourquoi cette irrévérence ? Il pouvait, si cela chantait aux siens, porter des haillons en l'absence d'hôtes. Il devait arborer sa plus belle fourrure pour recevoir. Ce laisser-aller, ce manque de dignité, puaient le dédain des dieux. Que ce clan prenne garde ! Un tel maître le menait droit à sa perte. Pourvu que leur exemple le remette, avant qu'il ne soit trop tard, sur le bon chemin ! De plus vaillants que lui avaient rejeté les Muets au loin. Il ne s'en féliciterait jamais assez. Il eût, sinon, ployé le genou devant eux, ennemis farouches et déterminés malgré tous leurs vices.

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