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26/08/2007

AUBE, SAGA DE L'EUROPE, 85

Plusieurs fumées, à peine visibles, apparurent au loin, régulières, échelonnées. Le village où ils trouveraient gîte et couvert n’était plus loin. Kleworegs s’étonna. Quel chemin parcouru pendant qu’il racontait son histoire ! Son récit, consacré à célébrer sa gloire et à exalter ses hauts faits, avait pourtant été si bref !
Il interrogea son voisin. Le village qu’il devinait était-il celui de leurs hôtes ? Le chef de patrouille était fier. Il ne s’était en rien fourvoyé. Il les avait menés droit et vite. Il se rengorgea, le lui confirma. Cette halte leur ferait tous du bien... S'il continuait, en attendant qu’on y arrive, le récit de sa jeunesse ?
Il refusa. Il lui en réservait la suite pour plus tard. Mieux valait soigner leur entrée. Ce ne serait pas digne de pénétrer chez ces gens en devisant comme une paire de vieux amis. Leur arrivée devait être pleine de pompe et de majesté. Elle porterait haut le flambeau de leur vaillance. Elle redonnerait à ce clan qui semblait, à ses dires, les avoir perdues, la fierté de sa race et l’envie d’aller se battre au lieu de se contenter de petits raids et de piégeage de gibier.
Il n'alla pas plus loin, soudain inquiet. Il était peut-être le seul – non, pas le seul, lui et une petite poignée de rois de sa trempe – à faire digue contre les Muets, à semer la terreur dans leurs camps et à oser se porter bien au-delà des marches d’Aryana pendant la saison des combats. D’autres, de nombreux clans, devaient d’ores et déjà penser et agir comme lui. Même les plus grands guerriers ne sont pas éternels.
Il songeait parfois à sa succession. Nul, parmi les siens, n’avait les épaules assez larges. La protection de Bhagos sur son clan risquait de s’éteindre avec sa vie. Ah, qu’il ait un enfant mâle, et qui vive !

Il était arrivé depuis un bon moment au puy aux aulnes. Il avait commencé par s’allonger contre un petit talus. Un bon somme, et il irait aux anciennes emblavures observer ceux qu’il voulait tuer. Tout revigoré, il avançait. Il avait repéré un poste d’observation idéal. Le vent lui soufflait au visage. Son odeur n’alerterait pas les porcs.
Il s’y installa. Il avait connu plus confortable. Qu’importe, il n’en ferait pas sa maison. Le plaisir d’abattre un beau solitaire l’attendait. Il valait bien les petits ennuis de cet affût.

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