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22/08/2007

AUBE, SAGA DE L'EUROPE, 81

... Pewortor était arrivé au premier village dévasté par la peste du bétail. C’était celui de ses interlocuteurs. Ils entendaient être les premiers servis. Il en salua les chefs. Ils lui contèrent leurs malheurs. Ce wiks, tant son cheptel était superbe et abondant, avait reçu le nom de Gurtos kerdhobhyos... Maintenant ! ... Il s’étonna. Le mal, terrible aux chevaux (seuls de rares poulains, en sus des bêtes de ses guides, y déambulaient), semblait avoir épargné les bœufs. Ils le conduisirent, l’air accablé, vers une crevasse. C’était leur charnier. Ils y avaient jeté les bêtes crevées. L’amas de cornes le criait bien haut. Leurs cadavres, eux non plus, ne se comptaient pas...
... Reste qu’ils étaient plutôt à la recherche d'étalons et de taureaux (les vaches avaient été moins frappées), et avaient peu d’étain. Pewortor avait chapitré ses hommes. Ils affichèrent une déception des plus ostentatoire. Les villageois firent grise mine. Ils s’empressèrent, pour prouver leur bonne volonté et profiter de notre cheptel, d’aller prévenir à l’entour. Ils avaient bien décrit les faits. Leurs voisins avaient perdu tous leurs bovins. Ils désespéraient de jamais reconstituer leurs troupeaux. Les décider ne prit qu’un instant. Ils nous livreraient contre quelques bêtes tout leur métal blanc. Il n’était qu’un vestige inutile d'une époque de raids ou d’échanges fructueux... Nos taureaux et nos étalons, eux, étaient l’avenir. Ils se présentèrent chargés de lingots… Plus que nous en avions besoin, mais il prit tout...
... Il m’a conté, à son retour, avoir eu une étrange sensation pendant ces trocs. Les villageois se gaussaient tout bas et riaient derrière son dos. Essaierait-on de le gruger ? Il avait été détrompé. À part la dîme, exagérée, prélevée par ses gourmands intermédiaires, les conditions en étaient très favorables. Il en avait eu le fin mot. On trouvait du dernier comique de le voir échanger nos précieux animaux contre ce métal terne qui n’intéressait que les forgerons...
... Ils avaient tenté de s’opposer à la transaction. Ils avaient dû céder devant l’avis unanime des neres et des producteurs, pour une fois d’accord. Je ne sais quels étaient les arguments des troisième caste. Pour les guerriers, la qualité des hommes primait cent fois celle des armes. Ils insistèrent presque pour s'en débarrasser. Les beaux chevaux étaient beaucoup plus importants... À moins qu’ils n’aient pensé que la qualité et la solidité de leurs lames les empêchaient de mettre en valeur leur force... Qu’ils n’aient été, en quelque sorte, jaloux des trop beaux glaives. Les idées de mon père étaient bien partagées... Je n'irais pas m’en plaindre... J’en profitais...

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