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18/08/2007

AUBE, SAGA DE L'EUROPE, 77

« Voyez la qualité des armes que font mes hommes du métal, qui ont compris que notre clan a un vrai chef et que le temps des victoires et des raids chez l’ennemi est revenu. Jusqu’à ce jour, vous n’aviez jamais eu d’armes dignes de vous. Je connais la vaillance des vaincus. À armes égales, ils auraient tenu tête, en un long combat, à leurs adversaires. »
... Je tenais à ménager leur susceptibilité. Ceci expédié, j’en revins à mes soucis...
« Vous avez tous participé ou assisté à nos tournois. Chaque fois qu’un des nôtres héritait d’une arme de valeur, il a vaincu. Mon prédécesseur donnait à des neres comme vous des glaives tout juste bons pour des troisième caste. J’en aurais à peine voulu pour égorger de jeunes gorets ou peler des raves. Moi, je vous apporterai des glaives de grands guerriers, forgés pour la victoire. »
... Tous crièrent, comme un seul homme. Ils voulaient des armes comme les nôtres. Ils étaient prêts, pour en obtenir, à tous les renoncements et à tous les efforts. Pour faire bonne mesure, ils hurlèrent des malédictions à l’encontre de mon père. Il leur avait fait grande et male honte, comme disent les antiques formules d’exécration, en ne leur permettant de disposer que de lames, fragiles comme des brindilles, indignes d’eux...
... Leur enthousiasme, tant il me réchauffa le cœur, me fit l’effet d’un brasier en plein hiver. Il me donna surtout l’occasion, c’était le plus important, de leur faire accepter un nouveau projet. Je l’avais formé parce que mes forgerons étaient des maîtres dans leur art. Sans le sol de cette démonstration et de la joie qui avait suivi, il n’aurait pu éclore. Ce sol était prêt, à moi d’y faire germer mes idées...
... Ils avaient juré, dans leur exultation, être disposés à tous les efforts, tous les sacrifices. Ils allaient, même si c’était provisoire, le regretter. Nous aimons tous posséder de beaux chevaux et de beaux troupeaux... J’allais troquer la majorité de notre cheptel – peu important à l’époque. Ce n’en était pas moins un crève-cœur – contre un maximum de lingots d’étain (Dieux merci, nous avions d’assez importantes réserves de cuivre). Dès l’obtention de ce précieux métal, nos armuriers nous forgeraient de nouveaux glaives. Je fis aussi une obscure allusion, pour éviter à la fois des reproches futurs et des protestations bien présentes, à la probable nécessité de nous nourrir de chèvre, de mouton, peut-être même, certains jours, de glands et de faines, au lieu de délicieuse chair de bœuf ou autres viandes nobles, seules chères dignes de régaler les guerriers. Certains m’avaient compris. Ils s’apprêtaient à récriminer. Je les prévins. J’allais organiser de grandes battues. Les aurochs, les sangliers, voire quelques mange-miel, viendraient, si Bhagos le voulait et si nous étions assez habiles, compléter ce piteux ordinaire. Cette perspective effaça leur ressentiment. Ils ne m’avertirent même pas de me considérer comme maudit si j’échouais. Cela se fait toujours, autant que je sache, quand un chef présente un projet impliquant des privations pour son wiks. Les dieux m’approuvaient...
... Dès le lendemain, on amena et réunit les bêtes à échanger au champ où j’avais triomphé la veille. Je ne gardai que les femelles pleines et quelques mâles aux flancs ardents. Ils seraient notre enjeu pour le prochain tournoi. J’y miserais, si j’avais mes nouvelles armes, le montant le plus élevé autorisé. En cas d’échec, c’était la ruine. J’avais déjà refusé de l’envisager. Entrebâillez d’un cheveu la porte à cette idée, elle envahit la maison. Je ne pouvais me le permettre...
... Les seules protestations, bien timides, me vinrent du bhlaghmen. Il manquerait de bœufs à immoler. Je ne pus, bien que décidé à ignorer son avis, lui donner tort. Le soleil aurait le temps de se coucher – tu connais les prêtres – si je te racontais les trésors d’arguties que je déployai pour lui faire admettre que les dieux attendraient. Nous discutâmes tout un jour, avec des arguments dignes des bas marchandages de deux paysans échangeant des fagots contre des raves, avant d’y parvenir. Je n’arrachai son accord qu’en lui promettant une part de butin double de celle donnée par mon père. Encore l’obtins-je en lui laissant sacrifier d’un bœuf (il ne choisit pas le moins beau) afin de nous obtenir la faveur de Bhagos dans notre troc et nos battues...

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