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15/08/2007

AUBE, SAGA DE L'EUROPE, 74

... Nombre de guerriers, tous en armes comme je leur avais fait demander, étaient là. J’attendis que les plus gloutons, ou les plus sceptiques, arrivent, et que nous soyons au complet, pour parler. Je les haranguai du ton le plus pénétré et le plus grave. Je brandis mon glaive de bronze, imité en tous points par mes acolytes – roulant au surplus des yeux menaçants –, à l’appui de mes dires. Qu'ils se réjouissent ! Les choses allaient changer. Le premier signe en serait la fin de notre humiliation pendant ces tournois qui nous saignaient petit à petit, sans rémission, de nos richesses. Je ne le promis pas pour « Quand les dieux le voudront bien », mais pour l’année à venir.
Soucieux de savourer mon effet, j’observai les visages. J’en fus désarçonné. Ils reflétaient une telle variété, une telle confusion de sentiments ! J’y vis le bonheur et surtout la fierté, une immense fierté, mais aussi, hélas, une rare pitié à mon égard. On appréciait mon ambition, on moquait mes illusions.
Je les scrutai avec encore plus d’attention. Un détail m’apparut, qui ne m’avait pas frappé avant. Les plus éloignés, qui m’avaient écouté d’une oreille distraite, gardaient leur quant-à-soi. Les plus proches, en revanche, avaient vu nos glaives brandis. Ils les examinaient, s’interrogeaient. L’éclat du soleil sur nos lames avait attiré leurs regards. Elles n’avaient pas la couleur habituelle. Il y avait un rapport entre elles et mes prétentions... Elles n’étaient peut-être pas si folles...
... Je fis un troisième tour d’horizon. Je ne m’étonnai plus des différences d’attitude selon l’endroit. Les plus éloignés étaient ceux arrivés le plus tard, qui doutaient depuis le début. N’ayant que mes mots pour les convaincre, et ne prêtant, d’instinct ou par volonté délibérée, aucune intérêt à ce qui viendrait les appuyer, ils restaient plongés dans l’incrédulité. Les plus proches, eux, étaient mieux disposés et cherchaient, ou acceptaient, tout indice visant à conforter la confiance qu’ils me consentaient. Dans l’ensemble, la tonalité restait au doute, à la méfiance, au mieux à l’indulgence envers moi, pauvre garçon enthousiaste et souhaitant leur redonner espoir… La vie, cruelle, me détromperait vite de mes rêves généreux...

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