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11/08/2007

AUBE, SAGA DE L'EUROPE, 70

... Sa pesanteur, sa couleur, sa musicalité l’indiquaient. Je tenais entre mes mains une arme sans pareille. Il me restait à le confirmer. Je la pointai vers Pewortor.
« Défends-toi ! »
... J’avais crié à ébranler les murs. Il ne se fit pas prier. Il prit la première lame qu’il trouva. Il était déjà, à l’époque, cette montagne de muscles. Il pesait, nu, plus lourd que moi armé et équipé de pied en cap. Ajoutes-y qu’il était un peu plus âgé, ce qui compte quand un combat oppose un adolescent à un homme déjà fait. N’importe qui, nous voyant, eût prédit ma défaite...
... Tu t’es cent fois mesuré à d’autres guerriers pour vérifier vos forces et la qualité ou l’entretien de votre armement. Tu choisis des adversaires à ta taille. Tu imagines ma confiance dans ce glaive pour lui proposer ce combat. Il mettrait un point d’honneur à me faire mettre genou à terre, et ne ménagerait pas ses efforts... Je n’avais, pour l’avenir du clan, pas d’autre choix. Cette arme était encore unique, mais son père pouvait nous en ouvrer des centaines. Que j’arrive à le vaincre, colossal et ivre de volonté de m’humilier, avec, prouverait notre capacité à devenir grands. Alors le vieux forgeron nous équiperait tous. À nous viendraient richesse et gloire...
... Je flattai encore une fois ma lame. Elle était à peine sortie de la cachette où l’armurier la tenait celée depuis presque une génération, et déjà je la connaissais de toute éternité. Je lui souris pour le remercier de me l’avoir gardée et entretenue en secret. Il avait su que je viendrais un jour la réclamer pour la brandir à la tête d’expéditions victorieuses. Et sans attendre, je me tournai vers son fils...
... J’étais prêt. Je me mis en garde. Il m’imita sur-le-champ. Çà, il était solide, il frappait fort. Avec une arme ordinaire, je me serais à l’instant retrouvé, meurtri et contusionné, à l’autre bout de la forge. Mon glaive changea tout. Il tenta, par la violence de ses coups, de me le faire lâcher. Je tins bon. Au bout de trois passes, il vint se briser contre le mien. Je m’attendais à le voir furieux et ulcéré. Après une grimace de contrariété pour sa piètre performance face à un gringalet comme moi, il prit l'air hilare et satisfait, puis de plus en plus enthousiaste. Il n’avait pas été vaincu sur sa valeur de combattant, et avait prouvé la valeur d'armurier de son père. Celui-ci, pour la première fois depuis mon arrivée, avait l’air rassuré...
... Je n’avais nulle part où me regarder... Inutile. Je resplendissais de joie. Les faces des héros morts au combat qui festoient avec les dieux eussent paru sinistres à côté. Je levai à nouveau mon glaive… Tant pis si le plafond trop bas ôtait toute ampleur à ce geste. Je poussai notre cri de victoire. J’en avais le droit. Notre honte allait finir...
... En veine de confidences, et pour l’immense bonheur qu’ils m’avaient apporté, je les félicitai. Notre clan serait riche et puissant s’ils forgeaient pour lui des glaives comme celui que je caressais...
« Je le ferai, si tu me procures le métal blanc nécessaire. »
« Et tu m’en feras un, non, des dizaines aussi beaux, pour nous équiper tous ? »
« Crois-tu que je l’ai trouvé dans le ruisseau, en passant ! ? Ma caste est moins haute que la tienne mais, tout roi sois-tu, tu dois respecter tout travail conforme au plan des dieux. Puisque, à leur mépris, tu doutes encore, écoute-moi ! J’en ai un peu. Ton père me l’avait apporté afin que, le mêlant au métal rouge, j’ouvre pour vous des glaives de bronze. Je ne pouvais rien en faire. Je le mélangeais à tout mon cuivre, ils n’en étaient guère plus solides, il doutait encore plus ; je ne forgeais que deux ou trois armes superbes, il me demandait où étaient passées les autres, il m'accusait d’avoir gaspillé cet étain ou de n’en avoir réussi que quelques-uns et d’être mauvais forgeron. Plutôt que de faire un alliage déplorable, offense aux dieux, ou de voir sali mon honneur, je l’avais gardé sans m’en servir. Ton père périrait de n’avoir que des lames trop fragiles. Un jour lui succéderait un roi conscient du besoin de confier à de grands guerriers des armes dignes d’eux. C’est à lui que je réservais ces lingots confiés, crois-moi, avec force regrets et récriminations...

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