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08/08/2007

AUBE, SAGA DE L'EUROPE, 67

... Là commençait la catastrophe, l’horreur, tout ce qu’il te plaira d’imaginer de triste et de sordide. Nous n’avions que des armes de cuivre pur, molles, flexibles, que le choc de l’airain suffisait à plier, voire à briser. On avait dit à mon père qu'il s’obtient en mélangeant l’étain qui se raye de l’ongle au métal rouge. Son bon gros sens lui avait soufflé que c'était impossible – impossible, avec l’aide des dieux ! ? – L’adjonction au cuivre rouge du tendre métal blanc ne pouvait donner l’airain puissant et sonore. Il en avait, cent fois, refusé à notre forgeron le moindre morceau. Il ne servirait pas à faire le bronze, mais à préparer des maléfices dont souffriraient les guerriers. Voilà pourquoi, face à tous les autres clans dont les armuriers, pourtant, n'avaient pas la science du nôtre, nous étions si mal équipés...
... Tout à la fin de sa vie, il avait admis, du bout des lèvres, la nécessité d’ajouter un métal au cuivre pour le transformer en bronze invincible. Il n’arrivait toujours pas à comprendre que ce soit l’étain. Notre forgeron essayait de le convaincre. Il jurait, par les jumeaux du serment et du châtiment du parjure, en avoir besoin pour de bons glaives. Il céda, à contrecœur. Il lui fournit, je ne sais comment vu nos ressources et son avarice, deux ou trois minuscules lingots de métal gris, vieux reste de butin... Trop peu, trop petits... Il ne put rien en faire...
... Ce qui est sûr, et m’a marqué dès que j’ai eu l’âge de comprendre la dignité de notre fonction, c’est qu’au moment des joutes finales, où chacun se bat avec ses armes rescapées des engagements précédents, les nôtres, brillants le premier jour, échouaient et s’inclinaient dès le début. Oh, leur défaite n’était pas lamentable ! ... Loin de là, même – on admirait leur courage et leur opiniâtreté –, mais rapide et inéluctable... Comment vaincre lorsque à l’issue des duels nous récupérions nos glaives émoussés, ébréchés, tordus, rompus ? Ni cœur ni force ne nous évitaient la déroute. Nous perdions toujours face à nos adversaires encore bien armés. Nous étions, à côté, à mains nues...
... L’échec succédant à l’échec, chaque saison nous voyait plus pauvres. Sans la générosité des vainqueurs, hommage à nos beaux combats, notre clan eût disparu. Je désespérais d’y obvier jamais. J’allais m’exiler. Mon père mourut... Un glaive de bronze n’assure pas toujours la victoire sur un couple de mange-miel, surtout quand le mâle est ivre de venger les blessures de sa femelle. Affronter deux de ces monstres au pelage et à la peau épais avec une lame de cuivre, c’est du suicide...

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