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29/07/2007

AUBE, SAGA DE L'EUROPE, 57

Kleworegs, au corps à peu près intact, eut une moue navrée. Avec quel mépris, pas plus tard que l’avant-veille, ceux qui exhibaient, si fiers, leurs cicatrices avaient-ils moqué la coutume des Muets de se faire des blessures et de les présenter comme preuve de vaillance ! Avec quelle vigueur l'avaient-ils approuvé quand il avait expliqué combien, pour un vrai guerrier, l'important n'est pas celles reçues, mais infligées ! Deux jours avaient passé. Ils l’avaient oublié, et étaient tombés dans le même ridicule.
Il allait le leur rappeler et dauber sur leur légèreté. Un autre combattant, lui aussi au corps intact, connu de tous pour sa hardiesse et ses ravages, le devança. Certains vantards oubliaient les peu glorieuses circonstances de leurs cicatrices (Il ne parlait pas des marques d'épreuves. Un homme d'honneur les ignore.) Il interpella les deux qui riaient le plus fort. Un soir d'ivresse, ils s'étaient blessés l'un l'autre croyant frapper un ennemi. Plus très farauds, ils se turent. Il se tourna vers un autre groupe.
Ceux-là étaient connus pour leur hardiesse, et presque autant pour leur maladresse et leur raideur. La honte les stimula. Ils le prirent de haut. Ils avaient voulu faire sentir aux jeunes, participant à leur premier raid, combien il est digne et glorieux de mépriser la douleur et de se précipiter, malgré les risques, au plus fort du combat. Il était bien bête, ou bien malveillant, s'il ne l'avait compris.
Ils se calmèrent. Seul un petit malin plaisanta sur la petitesse du sexe du sermonneur. Sa remarque sortait du sujet. Elle tomba à plat. Nul ne se sentait assez belliqueux pour la reprendre ou l'exploiter. Tout se termina en péans à leur gloire.

Ils reconnaissaient ces bois, ces rivières. Leur village était, à moins d'un quartier, un peu à main gauche du levant en remontant du côté des mousses. Quoique guidés par le seul butin, ils ne s'étaient guère fourvoyés.
Le lendemain matin, ils croisèrent un petit groupe porteur des insignes du conseil royal de Kerdarya. Ils échangèrent de longs et cérémonieux saluts. Il écouta ensuite les nouvelles. Il pouvait être fier. Sa troupe était la dernière, là où il régnait, à revenir de campagne.
La patrouille semblait informée de tous les bruits et autres potins locaux. Son chef avait parlé avec de nombreux reges et neres. Le ton général était à la déception. Les raids, cette année, avaient peu rapporté. Dix captifs ici, un petit troupeau là, quelques ballots de peau à droite à gauche. Rien, au total, qui en vaille la peine. Tous étaient rentrés bien avant la fin de la saison chaude. Ce n'est pas dans leur butin qu'on trouverait le trésor promis !

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