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28/07/2007

AUBE, SAGA DE L'EUROPE, 56

GUERRIER !

Le lendemain, la troupe reprit son chemin vers le nord. Le ciel écrasait la terre ; ils se sentaient des aigrettes au bout des doigts. Les nuages ventre de rat noyé crevèrent soudain en violent orage. Il eut beau être bref, ils pouvaient tenir pour bagatelle vent, pluie ou tempête, il ne fut pas le bienvenu. Éclairs et tonnerre effrayaient les chevaux, nerveux depuis l'immolation de la rosse. Plusieurs de ceux qui montaient des bêtes, encore mal dressées, du butin, churent dans la boue. On en rit un court instant. Le ciel, pour ne pas faire de jaloux, fit tomber, drus, de lourds grêlons, gros comme le bout du doigt et plus. Ils n'épargnèrent personne, du roi au captif. Les guerriers prirent leurs boucliers en épais cuir de vache pour s'en protéger... Un poing de glace, dur comme pierre, avait assommé l'un d'eux allant tête nue.
Arrosés d'abondance et de très mauvais gré, tous saluèrent la fin de la bourrasque avec de grands cris. Les nuages enfuis, le soleil frappa, comme pour se venger, de tout son éclat. Après un bref trajet, ils arrivèrent dans une zone de rochers. Les creux qui les parsemaient étaient secs. Pas une goutte n'y était tombée. La preuve était là : l'orage les avait choisis pour cible. Perkunos, le porteur de foudre, les avait trouvé négligents. Ils lui sacrifieraient au plus vite.
Ces pierres brûlantes tombaient à pic. Kleworegs ordonna une halte. Ses hommes se dévêtirent et étendirent leurs fourrures sur les rochers chauffés par l'ardent soleil. Sitôt posées, elles exhalèrent en vapeur toute l'eau dont elles s'étaient gorgées. Les chevaux fumaient eux aussi. Ils seraient bientôt secs.
Ils examinèrent les captifs. Bien que sans protection contre l'orage, ils n'avaient pas de blessures. Leurs ecchymoses sur les avant-bras ne méritaient pas ce nom. Elles ne pouvaient leur ôter la moindre valeur. Certains connaîtraient pire, aux mains de mauvais maîtres.
Rassurés sur leur état, les guerriers, nus, revinrent près de leurs vêtements. Debout – ceux qui s'étaient assis sur les pierres surchauffées s'y étaient brûlés –, ils s'étiraient au soleil. Pendant que leurs fourrures séchaient, ils jouèrent des muscles et se montrèrent leurs cicatrices glorieuses. Chacun proposait à l'admiration de ses voisins, de tous s'il les estimait valoir l'admiration générale, les marques et balafres reçues au combat, se gaussant des moins couturés.

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