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27/07/2007

AUBE, SAGA DE L'EUROPE, 55

– Pas entre guerriers ! On n'en aurait jamais fini. Fais-moi un plaisir. Sois mon gardien d'armes.
Il hocha la tête. Bien sûr ! Kleworegs lui avait proposé une des fonctions les plus recherchées par les jeunes guerriers. À un tel poste, on est le confident du chef, son héraut, son messager privé. On est l'homme qui en connaît tous les secrets... son exécuteur, au besoin.
– Très bien. Mon premier ordre sera que tu maigrisses un peu.
Un des prêtres-guérisseurs de la troupe s'approcha du garçon.
– Viens un peu par ici que j'examine tes brûlures... Bon, je vais te passer une pommade dessus. Tu resteras torse nu jusqu'à ce que ça cicatrise. Après, pendant deux ou trois lunes, tu ne mettras sur ta poitrine rien d'autre que du lin pour couvrir ces blessures. Tu as bien compris ?
– Du lin ?
– Ne te crois pas devenu prêtre pour autant. Tu dépends juste un peu de nous, jusqu'à ta guérison. Mais si tu portais du cuir ou une peau sur ta brûlure, elle risquerait de s'infecter... Je dois maintenir les guerriers dans le meilleur état pour qu'ils se battent bien.
– Bon, je suivrai tes conseils.

Ceux lancés à la poursuite du cheval de l'exécution l'avaient rattrapé. Un lasso lancé d'une main sûre l'avait à moitié étranglé. La rosse, épuisée de sa course folle, n'avait plus opposé de résistance.
Ils la ramenèrent sous l'arbre. Kleworegs héla le supplicié. Il lui tendit un marteau de guerre. Il était en métal quand, s'agissant d'un sacrifice, il aurait dû être de pierre. Personne ne le releva.
– Tous tes crimes sont passés dans son corps. Tu dois l’immoler... Tu as une bonne raison. Alors que Thonros t'avait pardonné, tu as failli mourir par sa faute. Je te le dis comme ça, pour que tu frappes plus fort. En réalité, ça ne devrait pas entrer en ligne de compte.
Il prit la masse, la leva très haut au-dessus de sa tête, l'abattit. Elle retomba avec un bruit mat, lui fracassant le crâne.
– Reste ! Nous allons la démembrer et l'enterrer. Après, tu pourras aller dormir.
– J'ai mal au cou !
– Je vois ! Tu as une belle ligne rouge. Ça passera !
– Tu as vu, roi, je n'ai pas flanché. Mais je crois que tu n'aurais pas aimé perdre un de tes guerriers.
– Non, je t'aurais sauvé. Je l'ai toujours fait pour ceux qui canaient... C'est peut-être une cruauté inutile.
– ? ? ? ? ? ? ?
– De les laisser vivre. Un guerrier qui a craqué devant la mort disparaît du clan et devient serviteur. Il doit balayer le crottin des chevaux, laver le linge... Il en est même – j'en ai entendu parler – qui doivent servir de femmes. Ne crois-tu pas qu'il est plus doux de les faire périr ?
– Alors, si j'avais supplié ?
Il s'éloigna sans attendre la réponse. Elle ne viendrait pas.

– Tu veux tuer ton sanglier ? Il y en a tout plein du côté du puy aux aulnes.
Il entendit la nouvelle avec plaisir. Il n'avait pu participer – il était trop jeune – à la traque aux loups de l'hiver passé. Cela lui était resté sur le cœur. Pour échapper à l'ennui de son village, il allait chasser les porcs sauvages. Dire que des garçons de son âge participaient à des raids à des jours de cheval chez l'ennemi ! Un brin d’action relèverait un peu son morne quotidien.
Il prit son poignard et son épieu. Il se mit en route.
Il ne savait pas encore qui était Kleworegs, ni même qu'il existait. Cela attendrait son retour.

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