Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

26/07/2007

AUBE, SAGA DE L'EUROPE, 54

Il était rassuré. Son deuxième tourmenteur arriva de l'autre côté. Sa lame se posa sur sa peau. Son intense chaleur, bien plus forte qu'il ne l'avait imaginée, le surprit. Elle venait de sortir du feu et n'avait pas eu le temps, comme l'autre, de se refroidir un peu. Comble de malchance, le propriétaire de ce deuxième glaive avait la paume de la main pleine de cals, quasi insensible à la douleur. Il n'avait jamais été aussi près de hurler ou de bondir. Soudain, prenant le relais de sa faible carcasse, une force l'immobilisa et lui bloqua les mâchoires. Il mordit son tampon de cuir avec violence... Ce craquement ! Ses dents qui se brisaient ? Il se contracta, voulut relever ses jambes pour prendre une position fœtale. Il aurait moins mal. La force qui le maintenait immobile et tétanisé prévint son geste. Il resta droit. La mort est un sein où ni peine, ni douleur n' atteignent plus. Elle a le défaut de ne jamais laisser sortir.
Pour la troisième et dieux merci dernière partie de son supplice, il s'attendait à une douleur pire encore. Il s’y prépara, toute volonté tendue. Il n'en fut rien. Le troisième bourreau n'avait pas le cuir insensible de son prédécesseur. Le condamné avait, sous le derme, une épaisse couche de graisse. La souffrance s'y noya. Il étouffa un énorme ouf de soulagement. Il n'avait qu'un regret. Sa douleur aurait été encore moindre s'il avait eu, comme certains de ses compagnons plus âgés, le torse bien velu. Il en revint. Il aurait perdu au change. Les chevaux, indifférents à l'odeur de chair grillée, réagissent avec une extrême violence à celle du poil brûlé. Ils hennissent et ruent comme des possédés. Sa vie valait bien un léger surcroît de peine. De l'avoir sauvée lui donna la force de le supporter.

L'épreuve était terminée, la faute oubliée. Nul ne dirait jamais que Medhwedmartor avait pu faillir, ne serait-ce qu'un instant, à l'honneur !
Kleworegs congédia ses vétérans et vint se placer à côté du héros du jour. Un hurlement d'approbation s'éleva.
La rosse s'était bien tenue jusqu'à présent. Prémonition de son sort, effroi causé par les cris des guerriers, brusque envie de se dégourdir les jambes, elle piqua soudain un démarrage foudroyant. Il n'eut que le temps de saisir les jambes du garçon avant que la corde ne lui brise le cou.
– Holà, venez vite, détachez-le !
Sous l'émotion, ou parce que la corde lui avait trop serré la gorge, il avait cessé de respirer. On lui sortit la tête du nœud coulant. Il était temps. Le pendu s'ébroua. Il regarda Kleworegs.
– Bhagos voulait sa proie, hein !
Il l'observa. Il souffrait. Malgré ses narines pincées et son teint cireux, et en dépit de son allure de petit tonneau, il avait tout du guerrier.
– Un vrai servant de Thonros ne laisse pas Bhagos reprendre comme ça les proies auxquelles il a renoncé par serment. Sa ruse a échoué.
– Oui, mais tu m'as sauvé la vie. Elle t'appartient.

Les commentaires sont fermés.