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23/07/2007

AUBE, SAGA DE L'EUROPE, 51

Il dévoila un torse glabre, couvert d'une épaisse couche de graisse que sa nudité exposait. Ce matelas adipeux absorbait sans dommage des coups à ébranler un arbre. C'était un avantage, mais il était quand même trop gras ! S'il survivait, Kleworegs lui demanderait de faire un peu fondre tout ça. (« Un guerrier doit avoir des muscles, pas ce sain de porc au gavage ! »)
Il fit signe au vétéran de s'éloigner sur son cheval. Il ne se fit pas prier. Sitôt hors de vue, il s'envoya un fond d'outre d'hydromel pour étancher sa soif et se récompenser de n'avoir pas sacré une seule fois, malgré l'envie qui l'en tenaillait. La rosse avait semblé, un instant, vouloir le suivre. Kleworegs, aidé par les deux autres, l'avait, à temps, rappelée à l'ordre. Anticipant son mouvement inattendu, ils s'étaient précipités vers elle et l'avaient maintenue calme et droite.
– Il va nous faire des c*******, ce bestiau. Surveillez-le bien !
Il avait chuchoté, à la limite de l'audible, à l'oreille de chacun. Malgré le ton doux, c'était un ordre, tout aussi impératif qu'un hurlement.

Le vétéran qui s'était éloigné de l'arbre et en avait profité pour se rafraîchir glotte et idées n'était pas allé loin. Sa dernière gorgée engloutie, sans même s'être essuyé la moustache du dos de la main, il s'était dirigé vers le plus proche bivouac. Réunis autour d'un grand feu, ses frères l'alimentaient de branches mortes et d'herbe sèche. Le combustible ne manquait pas. Le brasier en imposait. Arrivé près des flammes, il sortit son glaive. Il en plongea la lame parmi les braises. L'arme était d'un seul bloc. Il guetta, à travers le cuir dont on gainait la poignée en pareille occasion – Il valait mieux éviter de se faire plus mal que le supplicié –, le moment où elle deviendrait quasi impossible à tenir.
Bientôt, la chaleur du brasier, passant par la lame, s'était transmise à tout le glaive. Il le brûlait. Il retira du feu, serrant les dents, son ami de cent combats. Il l'embrassait chaque fois qu'il l'avait aidé à occire un ennemi. Il le regardait en cet instant avec hostilité. Il avait toujours eu horreur du feu et même du chaud.
Il patienta un instant, faisant passer la poignée d'une main à l'autre. Sa chaleur était devenue supportable. Il le tiendrait. Il assura sa prise et se dirigea vers son cheval. Plus sage que les hommes, il se tenait à distance raisonnable du feu. Le vétéran ne voulait pas lâcher son glaive ardent. Il se fit aider pour remonter sur sa bête. Le brandissant haut, il revint vers Kleworegs. (« Je me taperai bien un nouveau petit coup d'hydromel quand ce sera fini ! ») Son roi fit signe à un autre guerrier de partir et de faire comme lui. En même temps, il tenait la rosse à l'œil : elle semblait avoir pris son parti de rester aussi immobile qu'une souche. On ne pouvait même pas se fier à sa folie.

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