Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

22/07/2007

AUBE, SAGA DE L'EUROPE, 50

Il avait bien jugé. Kleworegs, sans plus s'intéresser à lui, se tourna vers ses guerriers. Il prit un ton emphatique, s'écoutant déclamer. Ses paroles semblaient plus destinées au condamné qu'à ceux qu'il regardait, mais chacun en ferait sa provende.
– Pendant que tu cheminais sur le cheval d'opprobre, lié et courbé sous le poids de ta méprisable faute, tu as réfléchi et regretté ton crime. En vrai guerrier fils d’un de nos guerriers que tu es resté, j'espère, au fond de toi, tu as détesté et maudit ta conduite et ses possibles conséquences pour la troupe, non ton juste châtiment...
... Nous allons vérifier que tu as eu une attitude digne de ton sang. Si cela est, tu ne mourras pas. Tu redeviendras une personne, digne de combattre pour la gloire des tiens. La loi dit que, sauf en combat loyal et singulier, aucun de nous ne tuera un de sa race. Tu as, en dormant pendant ta garde, trahi ton sang... Il se peut, cependant, que tu aies ressenti, ensuite, pendant ton sursis, une juste haine de ton laisser-aller, danger pour nous tous. Elle t'aura sans conteste ramené parmi nous...
... Mais comment savoir si tu l'as, au fond de ton cœur, éprouvée ? Je pourrais te le demander. Si tu es resté loin de nous, tu mentiras. Le mensonge te sera si naturel qu'il aura l'exacte apparence de la vérité. Le Muet menteur est aussi crédible que celui des nôtres qui dit vrai en jurant par les grands dieux. Cela correspond à leur nature respective...
... Dieux merci, nous avons le moyen de savoir si un homme ayant perdu aux vents mauvais son pur vêtement de vérité en est à nouveau recouvert et protégé.
Il fit venir vers l'arbre, d'un geste impérieux, ses trois plus vieux guerriers. Il leur désigna le condamné juché, sur la pointe des pieds, sur l'échine de la rosse. Il donna un ordre au plus proche.
– Ôte-lui sa tunique !
Pour dissimuler ses bourrelets, toujours disgracieux et ridicules, plus encore chez un adolescent, il avait ajusté et lacé très serré sa peau de loup. Ces lanières, couvertes de sueur et de graisse, étaient difficiles à dénouer. Le vétéran sortit son poignard pour les couper. Kleworegs s'y opposa. Il le rappela à l'ordre. Qu'il se souvienne de ce point du rituel des exécutions : Il fallait dénouer, non couper, pour dénuder les condamnés ! Il s'escrima longtemps sur les boucles, ce qui était méritoire. Vu les circonstances, il s'abstint aussi de jurer, ce qui pour lui était héroïque. Ses gros doigts gourds, aux ongles courts et rongés jusqu'au sang, ne trouvaient pas de prise. Malgré la faiblesse apparente de l'effort et la fraîcheur de la nuit tombée, la sueur lui dégoulinait du front. Il arriva à ses fins. Il arracha la tunique délacée.

Les commentaires sont fermés.