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19/07/2007

AUBE, SAGA DE L'EUROPE, 47

Les forgerons frétillaient d'aise à l'idée du proche spectacle. Il se crispa. Il eût été bien inspiré de les en priver eux aussi. N'étaient-ils pas d'un statut inférieur ? Mais ils étaient des leurs, avaient capturé nombre de ces Muets exilés derrière les chariots du butin, pris aux ennemis des trésors sans pareil. Les traiter comme leurs captifs eût été inconcevable. S'il leur en confiait la garde ? Ils y verraient une mesure vexatoire. Mieux valait l'oublier. Quel dommage que ces armuriers soient aussi capables, et aussi bons guerriers – S'être ainsi piégé ! – aussi bons combattants. Il les eût, sinon, avec plaisir et sans scrupule aucun, relégués à des tâches viles et inutiles, possédant toutes l'inestimable avantage de les tenir éloignés du gibet. Ce n'était qu'un rêve. Mettre à l'écart des hommes de cette trempe, à commencer par leur patriarche, n'était pas si facile.
Qu'importe, Il avait son plan – Il déplairait aux prêtres. C'était le moindre de ses soucis – pour résoudre le problème posé par ses prétentions. Il ferait, dès que l'occasion s'en présenterait, un don au colosse... Un don qui calmerait ses ardeurs et le disqualifierait... Oui, ça devrait marcher... Et il n'avait pas d'autre solution.

Le temps de la réflexion était passé. Son regard revint vers l'arbre gibet. Un autre vétéran, agile comme un écureuil malgré sa démarche claudicante, grimpait, s'aidant de ses excroissances maladives et de ses chancres, le long du tronc épais. Arrivé à la fourche d'où partait à angle droit la branche destinée à recevoir la corde, il s'y engagea sans crainte. Elle semblait solide, pleine de vie à voir les bouquets de feuilles roussissant, de taille à supporter sans se briser le poids de deux beaux taureaux. Même chargé de tous les crimes de la terre, un homme ne pèse jamais autant.
Il avança le plus loin possible. Il détacha de sa ceinture son long lasso de cuir tressé. C'était son meilleur ami. Il en usait avec une rare virtuosité et se disait capable d'arrêter avec lui un aurochs en pleine course. Il s'en était déjà souvent servi pour capturer de jeunes bovins ou des serviteurs évadés. Une fois, et il en était très fier, pour immobiliser un mange-miel furieux attaquant une troupe de petits paysans. Il l’était moins en ce jour. Il servirait, assujetti sur la maîtresse branche, à une trop sinistre besogne. Il oublierait de le reprendre si le jeune garde y périssait accroché.

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